



{"id":1037,"date":"2002-04-04T00:00:00","date_gmt":"2002-04-03T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1037"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1037","title":{"rendered":"Pepe Carvalho est de ma famille"},"content":{"rendered":"<p>Bonne journ\u00e9e: Yasser Arafat r\u00e9siste encore \u00e0 Tsahal, Joseph Deiss signe deux accords de coop\u00e9ration avec son homologue ouzbek, Electrolux annonce la commercialisation d\u2019une machine \u00e0 laver parlante et je viens de lire \u00abL&rsquo;homme de ma vie\u00bb de Manuel V\u00e1zquez Montalb\u00e1n.<\/p>\n<p>Pour une surprise, c&rsquo;en est une: moi qui suis plus fid\u00e8le aux enqu\u00eates de Pepe Carvalho qu&rsquo;\u00e0 ma caisse d&rsquo;assurance maladie, je me suis pinc\u00e9 pour y croire. Cela faisait des ann\u00e9es que je partageais la morosit\u00e9 du priv\u00e9 barcelonais, que je poussais des soupirs avec lui, que je compatissais \u00e0 son bourdon depuis que Charo, la prostitu\u00e9e au grand c\u0153ur qui le faisait profiter de son fonds de commerce et de sa tendresse infinie, l&rsquo;avait plaqu\u00e9 pour filer s&rsquo;\u00e9tablir au paradis de l&rsquo;\u00e9lectro-m\u00e9nager d\u00e9tax\u00e9, \u00e0 Andorre.<\/p>\n<p>Et tout \u00e0 coup la voil\u00e0 de retour. En chair et en os. En rondeurs voluptueuses et en mal d&rsquo;amour: \u00abTu es l&rsquo;homme de ma vie\u00bb, balance-t-elle \u00e0 Carvalho d\u00e8s la troisi\u00e8me page et, comme cela \u00e9voque le titre du roman, on se dit que cette fois-ci le priv\u00e9 bougon n&rsquo;aura plus la moindre raison de br\u00fbler dans sa chemin\u00e9e les livres qui ne lui ont pas appris \u00e0 vivre. Pepe et Charo r\u00e9unis! Pour un peu, on aurait envie qu&rsquo;ils se marient\u2026 Mais gardons la t\u00eate froide: la suite prouvera qu&rsquo;il ne fallait pas s&#8217;emballer.<\/p>\n<p>Il est curieux cet attachement pour des personnages de fiction qui, \u00e0 force de revenir de livre en livre, finissent par avoir plus de consistance que nos voisins de palier. Oscar Wilde disait de la mort d&rsquo;un personnage balzacien, Lucien de Rubempr\u00e9, qu&rsquo;elle comptait au nombre des \u00e9v\u00e9nements les plus tragiques de sa vie.<\/p>\n<p>C&rsquo;est quelque chose que je parviens \u00e0 comprendre. Oserais-je avouer que la mort de Bromure (dans \u00abHors-jeu\u00bb) m&rsquo;a plus affect\u00e9 que ne saurait le faire celle d&rsquo;Ariel Sharon par exemple? Dans la petite soci\u00e9t\u00e9 imagin\u00e9e par Montalb\u00e1n, la disparition de ce cireur de chaussure &#8211; ainsi surnomm\u00e9 parce qu&rsquo;il soutenait l&rsquo;existence d&rsquo;une conspiration bromurique contre la virilit\u00e9 du m\u00e2le espagnol &#8211; a laiss\u00e9 un vide que ni la verve de Pepe Carvalho, ni ses insubordinations au Nouvel ordre di\u00e9t\u00e9tique ne parviennent \u00e0 combler enti\u00e8rement.<\/p>\n<p>Pour ceux qui auraient rat\u00e9 les \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents, je rappelle que cet anti-h\u00e9ros social a de l&rsquo;estomac. Il se signale par un go\u00fbt d&rsquo;expert, la haine de la nouvelle cuisine et quelque chose de prol\u00e9tarien dans son \u00e9chelle des valeurs gastronomiques. Il est capable d&rsquo;\u00e9merveillements sans fin devant ce prodige de simplicit\u00e9 qui illumine la cuisine catalane: le pain frott\u00e9 \u00e0 la tomate. C&rsquo;est si convaincant que, pour ma part, j&rsquo;en oublierais presque que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 nourri comme un cochon chaque fois que je me suis attabl\u00e9 dans un bistrot de Barcelone.<\/p>\n<p>Pepe Carvalho distille ainsi conseils, recettes et prises de positions dans des d\u00e9bats fondamentaux comme celui qui oppose les partisans de la truffe blanche de Villores \u00e0 ceux pr\u00e9f\u00e9rant celle, \u00e9trang\u00e8re, du Pi\u00e9mont. Carvalho se range parmi les seconds, ce qui d\u00e9montre bien qu&rsquo;il n&rsquo;est pas aveugl\u00e9 par la passion nationaliste.<\/p>\n<p>\u00abJe ne crois pas aux ind\u00e9pendances, mais je d\u00e9teste les d\u00e9pendances\u00bb, affirmera d&rsquo;ailleurs Carvalho au moment o\u00f9, dans \u00abL&rsquo;homme de ma vie\u00bb, il se retrouvera emp\u00eatr\u00e9 dans une sombre affaire qui m\u00eale le nationalisme catalan \u00e0 d&rsquo;obscures sectes sataniques. Comme les romans pr\u00e9c\u00e9dents, celui-ci accompagne les mutations d&rsquo;une Espagne post-franquiste qui ressemble de plus en plus \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;ombres. On y trouve des socialistes qui s&rsquo;\u00e9vertuent \u00e0 sauver le capitalisme. Et m\u00eame des sectateurs de Satan qui ne veulent pas perdre leur \u00e2me.<\/p>\n<p>A peine Charo retrouv\u00e9e, la voil\u00e0 pourtant d\u00e9j\u00e0 d\u00e9laiss\u00e9e. C&rsquo;est qu&rsquo;une autre femme surgie du pass\u00e9 de Pepe Carvalho a refait surface. Elle s&rsquo;appelle Yes. Elle encombre le fax du h\u00e9ros d&rsquo;une prose amoureuse, lyrique et un brin fatigante. Et, apr\u00e8s lui avoir d\u00e9clar\u00e9, elle aussi, qu&rsquo;il est l&rsquo;homme de sa vie, elle finit par lui arracher ces mots que je n&rsquo;aurais jamais imagin\u00e9 franchir les l\u00e8vres d&rsquo;un Carvalho blind\u00e9 comme un char isra\u00e9lien: \u00abJe t&rsquo;aime.\u00bb<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, ce nouveau Montalb\u00e1n r\u00e9serve des surprises. Bien s\u00fbr, il est un peu bavard. Bien s\u00fbr, l&rsquo;intrigue se dilue. Mais on pardonne beaucoup \u00e0 cette petite soci\u00e9t\u00e9 romanesque qu&rsquo;on retrouve \u00e0 chaque fois comme une famille.<\/p>\n<p>Et puis il y a des sc\u00e8nes qu&rsquo;on ne raterait pour rien au monde. Comme celle-ci o\u00f9 Carvalho se laisse prendre aux charmes de Charo tandis qu&rsquo;une charlotte aux pommes cuit dans le four. Que faire? B\u00e2cler le co\u00eft? Ou \u00e9teindre le four au risque de rater la cuisson? Le d\u00e9sir libidinal d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, les plaisirs gourmands de l&rsquo;autre: voil\u00e0 un dilemme plus s\u00e9rieux que celui offert aux Fran\u00e7ais quand on leur demande de choisir entre Chirac et Jospin.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abL&rsquo;homme de ma vie\u00bb, de Manuel V\u00e1zquez Montalb\u00e1n. Traduit de l&rsquo;espagnol par Denise Laroutis. Christian Bourgois. 298 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On croyait tout conna\u00eetre du h\u00e9ros de Montalb\u00e1n: ses go\u00fbts culinaires, ses d\u00e9primes, ses d\u00e9mons\u2026 Avec \u00abL&rsquo;homme de ma vie\u00bb, le d\u00e9tective barcelonais parvient pourtant \u00e0 cr\u00e9er la surprise.<\/p>\n","protected":false},"author":10313,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1037","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1037","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10313"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1037"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1037\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1037"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1037"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1037"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}