



{"id":10195,"date":"2020-01-14T22:18:50","date_gmt":"2020-01-14T21:18:50","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=10195"},"modified":"2020-02-07T10:44:42","modified_gmt":"2020-02-07T09:44:42","slug":"societe-42","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=10195","title":{"rendered":"La prostitution \u00e0 Gen\u00e8ve, du racolage de rue \u00e0 internet"},"content":{"rendered":"<p>Le \u00abRed Light District\u00bb d\u2019Amsterdam se distingue comme le quartier embl\u00e9matique de la prostitution en Europe. Mais son avenir est aujourd\u2019hui suspendu \u00e0 la d\u00e9cision de la maire Femke Halsema. La politicienne verte a propos\u00e9 en juillet dernier quatre pistes pour r\u00e9former en profondeur la zone, dont la suppression des 330 vitrines dans lesquelles les prostitu\u00e9es s\u2019exposent. En r\u00e9action, quelque 170 d\u2019entre elles ont cr\u00e9\u00e9 le comit\u00e9 Red Light United.<\/p>\n<p>En Suisse, la tendance est plut\u00f4t \u00e0 un encadrement l\u00e9gal plus pouss\u00e9 de la prostitution. Le canton de Vaud planche actuellement sur l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un registre cantonal des travailleurs et travailleuses du sexe ainsi que de s\u00e9ances d\u2019informations obligatoires pour les personnes nouvellement inscrites sur cette liste. \u00c0 Gen\u00e8ve, un tel dispositif existe depuis 2018. \u00abLe but de ces s\u00e9ances est de leur rappeler leurs droits et devoirs, mais aussi de parler des questions de sant\u00e9, explique Isabelle Boillat, coordinatrice de l\u2019association Aspasie qui organise cette r\u00e9union d\u2019information. Il s\u2019agit de les alerter sur les infections sexuellement transmissibles, ainsi que sur d\u2019autres risques tels que les addictions et le burnout, ou encore sur l\u2019importance de trouver un bon \u00e9quilibre entre vie priv\u00e9e et professionnelle.\u00bb Par ailleurs, le code p\u00e9nal punit d\u00e9j\u00e0 toute pression \u00e0 l\u2019\u00e9gard des personnes vendant des prestations sexuelles, qu\u2019il s\u2019agisse de contrainte, d\u2019encouragement \u00e0 la prostitution, de traite d\u2019\u00eatres humains, etc.<\/p>\n<p><strong>Un statut de travailleuses ind\u00e9pendantes<\/strong><\/p>\n<p>Les prostitu\u00e9es de Suisse sont ind\u00e9pendantes, rappelle Isabelle Boillat. \u00abElles sont libres de choisir elles-m\u00eames les horaires, les prestations, les tarifs, les clients, y compris si elles sont actives dans un salon.\u00bb Par ailleurs, elles doivent \u00eatre au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019une autorisation de travail (les ressortissantes europ\u00e9ennes exercent g\u00e9n\u00e9ralement avec l\u2019autorisation d\u2019activit\u00e9 lucrative de 90 jours) et d\u00e9clarer leurs revenus aux imp\u00f4ts.<\/p>\n<p>Le nombre de prostitu\u00e9es \u00e0 Gen\u00e8ve reste stable, avec environ 1250 inscriptions en 2017 au registre tenu par la Brigade de lutte contre la traite d\u2019\u00eatres humains et la prostitution illicite (BTPI) et pr\u00e8s de 1130 en 2018. Le registre comprenait, au 1<sup>er<\/sup> octobre 2019, environ 12&rsquo;300 personnes, contre quelque 12&rsquo;500 un an auparavant. \u00abIl s\u2019agit avant tout de femmes \u2013 seuls 4% d\u2019hommes figurent sur cette liste \u2013 ou de personnes transsexuelles identifi\u00e9es comme \u00e9tant de genre f\u00e9minin sur leur passeport, souligne le chef de la BTPI, qui ne souhaite pas \u00eatre cit\u00e9 nomm\u00e9ment, en raison du caract\u00e8re sensible des enqu\u00eates de la brigade. Elles viennent en majorit\u00e9, par ordre d\u2019importance, d\u2019Espagne (dont une partie avec des origines sud-am\u00e9ricaines), de Roumanie, de Hongrie et de France.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-10198\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/largeur_14012020.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/largeur_14012020.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/largeur_14012020-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2020\/01\/largeur_14012020-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Un march\u00e9 de plus de 500 millions de francs<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong>Au niveau suisse, le chiffre d\u2019affaires du secteur se situait entre 500 millions et un milliard de francs, pour pr\u00e8s de 5000 places de travail quotidiennes dans les rues et les salons de massage, selon une \u00e9tude command\u00e9e par FedPol en 2015. Gen\u00e8ve et Vaud figuraient en t\u00eate des cantons romands, avec environ 250 emplois de prostitu\u00e9es par jour, contre moins de 50 \u00e0 Fribourg, Neuch\u00e2tel et en Valais. \u00c0 titre de comparaison, le rapport en recensait 1500 dans le canton de Zurich.<\/p>\n<p>Les travailleuses du sexe \u00e0 Gen\u00e8ve sont toujours plus nombreuses \u00e0 accueillir leurs clients seules dans un appartement priv\u00e9, apr\u00e8s prise de contact via internet. Ces \u00abescorts\u00bb forment 11% des personnes fr\u00e9quentant les s\u00e9ances d\u2019information d\u2019Aspasie, contre 9% de femmes actives dans la rue, soit dans les deux zones autoris\u00e9es des P\u00e2quis et du Boulevard Helv\u00e9tique. Pr\u00e8s de 67% travaillent dans un des 121 salons genevois, soit un \u00e9tablissement h\u00e9bergeant plus d\u2019une prostitu\u00e9e et dont le responsable est enregistr\u00e9 \u00e0 la BTPI.<\/p>\n<p><strong>Les \u00abbienfaits\u00bb du web<\/strong><\/p>\n<p>Madame Lisa g\u00e8re le Venusia, un des plus grands salons de Gen\u00e8ve. Elle travaille avec un groupe d\u2019environ 80 prostitu\u00e9es: \u00abLes filles postent des annonces sur internet avec le nom du Venusia mis en avant. Cela est un gage de qualit\u00e9 pour nos clients, qui savent qu\u2019ils ne tomberont pas dans un traquenard. Le bouche-\u00e0-oreille et les visites spontan\u00e9es restent importants mais, gr\u00e2ce aux bienfaits du web, nous atteignons une plus large client\u00e8le.\u00bb Pr\u00e8s de 50% des clients sont des r\u00e9sidents genevois, environ 30 \u00e0 35% des frontaliers, et le reste des gens de passage. La patronne explique louer un espace de travail aux prostitu\u00e9es en fonction du temps d\u2019occupation. \u00abUne demi-heure de prestations sexuelles co\u00fbte 150 francs, dont un peu moins de 30% reviennent au salon. \u00c0 cela s\u2019ajoutent des extras qui ne sont pas sujets \u00e0 commission.\u00bb Dans la rue, la demi-heure avoisine plut\u00f4t les 100 francs, selon l\u2019association Aspasie.<\/p>\n<p>Il existe en Suisse des sites sp\u00e9cialis\u00e9s, mais aussi des sections d\u00e9di\u00e9es au sexe sur des sites g\u00e9n\u00e9ralistes. C\u2019est le cas d\u2019Anibis.ch qui dispose depuis plus de dix ans d\u2019une cat\u00e9gorie \u00e9rotique, recensant entre autres pr\u00e8s de 400 annonces d\u2019escorts \u00e0 Gen\u00e8ve. \u00abChaque annonce de cette cat\u00e9gorie est v\u00e9rifi\u00e9e en d\u00e9tail afin d&rsquo;assurer qu&rsquo;elle soit conforme aux r\u00e8gles d&rsquo;insertion, explique la porte-parole Nicole Riedo. Si une annonce pr\u00e9sente un caract\u00e8re ill\u00e9gal, nous l&rsquo;indiquons aux autorit\u00e9s. Signalons encore que les annonces dans cette cat\u00e9gorie sensible \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge sont payantes et que leur nombre est demeur\u00e9 inchang\u00e9 au cours des trois derni\u00e8res ann\u00e9es.\u00bb<\/p>\n<p>Pour faire de la pr\u00e9vention et \u00e9viter l\u2019isolement des prostitu\u00e9es actives sur internet, Aspasie et son \u00e9quivalent vaudois, Fleur de Pav\u00e9, ont lanc\u00e9 il y a une ann\u00e9e le site Call Me To Play. \u00abToutes et tous les escorts de Suisse peuvent y poster leurs annonces gratuitement, explique Isabelle Boillat. Des vignettes illustrent les pratiques \u00e0 risque. Rempla\u00e7ant en quelque sorte l\u2019\u00e9change entre paires dans la rue, un forum r\u00e9serv\u00e9 permet aux travailleurs et travailleuses du sexe de signaler par exemple des violences ou de discuter \u2018des ficelles du m\u00e9tier\u2019.\u00bb<\/p>\n<p>Des cas d\u2019exercices illicites de la prostitution, avec parfois des formes de contrainte, peuvent surgir en Suisse romande, notamment au sein de populations pr\u00e9caires originaires d\u2019Europe de l\u2019Est ou d\u2019Afrique subsaharienne, selon Aspasie. La BTPI ne communique pas de chiffres pr\u00e9cis sur ce sujet, mais reconna\u00eet avoir d\u00e9mantel\u00e9 plusieurs r\u00e9seaux internationaux illicites ces derni\u00e8res ann\u00e9es. \u00abOutre la pr\u00e9vention contre la prostitution ill\u00e9gale men\u00e9e avec les partenaires sociaux, les quinze inspecteurs patrouillent dans la rue et les salons pour v\u00e9rifier d\u2019abord les conditions de travail, ensuite les autorisations. Ce point est primordial afin de d\u00e9tecter des cas d\u2019exploitations sexuelles ill\u00e9gales (encouragement \u00e0 la prostitution, contraintes, traite d\u2019\u00eatres humains notamment). Ils suivent \u00e9galement ce qu\u2019il se passe sur internet.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par LargeNetwork est parue dans Entreprise Romande.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus d\u2019un millier de nouvelles travailleuses du sexe s\u2019inscrivent chaque ann\u00e9e au registre de la police genevoise. La plupart exercent ensuite leur activit\u00e9 sur le web, loin de la rue et des regards indiscrets.<\/p>\n","protected":false},"author":20165,"featured_media":10198,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[1303],"class_list":["post-10195","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-kapital","tag-choix-de-l-editeur","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10195","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20165"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10195"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10195\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":10199,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10195\/revisions\/10199"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/10198"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10195"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10195"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10195"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}