



{"id":1008,"date":"2002-02-26T00:00:00","date_gmt":"2002-02-25T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1008"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"hypothese","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1008","title":{"rendered":"Si Warhol n\u2019\u00e9tait pas cliniquement mort&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Printemps 2002 \u00e0 New York. Au coin de la 17e rue, dans sa vieille Factory du 860 Broadway aux murs rapi\u00e9c\u00e9s, Andy Warhol, 74 ans, cheveux gris sous le platine, travaille d\u00e9sormais sans assistant.<\/p>\n<p>Comme il y a quarante ans, le Slovaque recopie, sans fantaisie, des tas d\u2019objets que l\u2019on trouve dans les \u00abdeli\u00bb: des canettes de Red Bull align\u00e9es comme au supermarch\u00e9, des paquets de lessive grandeur nature, des bo\u00eetes de noodles sur le mod\u00e8le des soupes Campell&rsquo;s qui l\u2019a fait conna\u00eetre.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large270202art2.jpg><\/center><\/p>\n<p>Sa d\u00e9marche sommeillait \u2013 il fallait bien vivre. Elle reprend du sens depuis l\u2019attentat terroriste contre le World Trade Center: d\u00e9charger l\u2019art de toute \u00e9motion, faire de l\u2019artiste une machine \u00e0 reproduire, comme \u00e0 l\u2019usine, voil\u00e0 une r\u00e9ponse pertinente \u00e0 cette d\u00e9bauche d\u2019\u00e9motions. Il a patiemment collect\u00e9 les images des avions fracassants les tours et se les repasse, inlassablement, dans son atelier.<\/p>\n<p>Lui qui avait \u00e9rig\u00e9 l\u2019Empire State Building au rang de star en le filmant en plan fixe pendant toute une nuit s\u2019efforce de se d\u00e9tacher de sa fascination. Endosser l\u2019indiff\u00e9rence. Ce n\u2019est que la vie qui passe. Il arr\u00eate l\u2019image en contre-plong\u00e9e du Boeing p\u00e9n\u00e9trant dans la seconde tour, la projette sur la toile et l\u2019imprime en s\u00e9rigraphie. Il peut r\u00e9p\u00e9ter le crash \u00e0 l\u2019envi, comme \u00e0 la TV.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large270202art3.jpg><\/center><\/p>\n<p>Comme pour les \u00abChaises \u00e9lectriques\u00bb, \u00abAccidents\u00bb ou \u00abD\u00e9sastres\u00bb o\u00f9 il \u00e9tait all\u00e9 puiser des images de catastrophes \u00e0 la une du Daily News, il traite l\u2019attentat du 11 septembre avec le m\u00eame d\u00e9tachement que les objets manufactur\u00e9s. Comme le t\u00e9l\u00e9spectateur ordinaire qui s\u2019est command\u00e9 une pizza juste apr\u00e8s l\u2019attaque, avec la distance tranquille du consommateur surinform\u00e9 et repu.<\/p>\n<p>Warhol n\u2019a jamais cess\u00e9 de jouer avec la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. Il sait que sa glaciale attitude face au malheur, ses soir\u00e9es scandaleuses au Chelsea Hotel suscitent encore la pol\u00e9mique dans cette Am\u00e9rique boulevers\u00e9e. Il aime para\u00eetre, il aime mentir.<\/p>\n<p>Quand il r\u00e9p\u00e8te, comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque: \u00abA l\u2019avenir, tout le monde sera c\u00e9l\u00e8bre pendant 15 minutes\u00bb, il n\u2019en croit plus un mot. La c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 est m\u00eame la seule chose qui fascine encore ce fils de mineur. Comme il l\u2019avait fait en 1972 avec Nixon, il a particip\u00e9 \u00e0 sa fa\u00e7on \u00e0 la derni\u00e8re campagne pr\u00e9sidentielle: le visage de George W. Bush sur fond orange avec des l\u00e8vres jaunes et le teint vert. En dessous, il a \u00e9crit : \u00abVotez Al Gore!\u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019importent les opinions et les certitudes, le pop art mixe les discours de toutes tendances et danse sur leur variation. Ce qui reste, ce sont les visages.<\/p>\n<p>La v\u00e9ritable ic\u00f4ne aujourd\u2019hui est un personnage dont on ne sait pas s\u2019il est encore vif ou d\u00e9j\u00e0 mort. A l\u2019image de Mao il y a trente ans, Warhol consid\u00e8re Oussama Ben Laden comme l\u2019homme le plus c\u00e9l\u00e8bre d\u2019Am\u00e9rique. Qu\u2019importe qu\u2019il soit l\u2019ennemi. Warhol en fait des portraits grandiloquents, inspir\u00e9s de ceux que brandissaient les extr\u00e9mistes musulmans sur la cha\u00eene Al-Jazira. Et parce qu\u2019il a \u00e9chapp\u00e9 de justesse \u00e0 une attaque \u00e0 l\u2019anthrax lanc\u00e9e par une n\u00e9o-f\u00e9ministe am\u00e9ricaine, il a cr\u00e9\u00e9 sa s\u00e9rie \u00abWhite Madonna\u00bb, l\u2019artiste respirant la poudre blanche, comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque Marylin avec un trou entre les deux yeux.<\/p>\n<p><center><img src=images\/large270202art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>Dans cette Am\u00e9rique o\u00f9 la sc\u00e8ne artistique peine \u00e0 se trouver un nouveau souffle face \u00e0 la vague trash anglaise, le vieux Warhol, qui avoue avec cynisme qu\u2019il ach\u00e8te parfois ses id\u00e9es aux autres et qu\u2019il ne r\u00e9alise pas toujours ses \u0153uvres lui-m\u00eame, refait sa fortune en d\u00e9molissant ce que le monde de l\u2019art avait retrouv\u00e9 comme certitudes, \u00e0 savoir que le m\u00e9tier, le concept et le caract\u00e8re unique de l\u2019\u0153uvre priment sur tout le reste.<\/p>\n<p>Les galeries de New York et de Los Angeles ont recours au service d\u2019ordre quand elles organisent leur parties \u00e0 succ\u00e8s autour de ce nouveau visage de l\u2019Am\u00e9rique. Le commentaire de Warhol au sujet de retour fracassant ? \u00abWow, cool\u00bb.<\/p>\n<p>Au plus fort du d\u00e9bat sur le pop art, un critique s\u2019interrogeait il y a quarante ans: \u00abLes meilleures \u0153uvres de Warhol survivront-elles \u00e0 l\u2019actualit\u00e9 journalistique sur laquelle elles sont oblig\u00e9es de s\u2019appuyer?\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nAndy Warhol, 1928-1987, a peint ses premi\u00e8res \u00abCampbell\u2019s soup boxes\u00bb en 1962, \u00e0 New York. Aujourd\u2019hui, il est l\u2019artiste auquel les cr\u00e9ateurs contemporains se r\u00e9f\u00e8rent le plus souvent, avec Marcel Duchamp.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s Berlin et avant Los Angeles, Londres lui consacre une grande r\u00e9trospective en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e \u00e0 la Tate Modern (jusqu\u2019au 1er avril).<\/p>\n<p>\u00abWarhol\u00bb, une biographie \u00e9crite par le critique d\u2019art Michel Nuridsany, vient d\u2019\u00eatre publi\u00e9e chez Flammarion. Sur le march\u00e9 de l\u2019art, sa cote a \u00e9t\u00e9 multipli\u00e9e par cinq depuis sa mort.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nImages: \u00a9 Daily Mirror<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230;.il se r\u00e9fugierait dans les images de Ben Laden et du World Trade Center. Quinze ans apr\u00e8s l\u2019extinction de l\u2019artiste, le monde n\u2019a jamais paru aussi warholien.<\/p>\n","protected":false},"author":8492,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1008","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1008","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8492"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1008"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1008\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1008"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1008"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1008"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}