



{"id":1004,"date":"2002-02-20T00:00:00","date_gmt":"2002-02-19T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1004"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"dans le miroir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1004","title":{"rendered":"Marcello: \u00abJeu me joue 2\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Je ne crois pas vous avoir d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de Marcello, un de mes plus fid\u00e8les clients. C\u2019est un homme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es, directeur d\u2019import-export, bien de sa personne, \u00e9l\u00e9gant, s\u00e9ducteur et enthousiaste. Il pla\u00eet beaucoup aux femmes. Il n\u2019est pas insensible \u00e0 leur charme non plus, mais une passion bien plus grande encore le d\u00e9vore, une passion qui lui a d\u00e9j\u00e0 co\u00fbt\u00e9 un divorce, une faillite et une mise sous tutelle: le d\u00e9mon du jeu.<\/p>\n<p>Son vice a commenc\u00e9 il y a dix ans, \u00e0 Nice, o\u00f9 il \u00e9tait en voyages de noces avec sa toute jeune \u00e9pouse, Virginie. Du jeu, il ne savait rien, et n\u2019avait m\u00eame jamais mis les pieds dans un casino. Mais il a suffi d\u2019une fois pour que le virus le prenne et ne le l\u00e2che plus.<\/p>\n<p>\u00abC\u2019\u00e9tait le 20 f\u00e9vrier 1992, je m\u2019en souviens encore, me dit-il un matin de grand blues. Ce jour-l\u00e0, j\u2019ai gagn\u00e9 plus de 200\u2019000 francs fran\u00e7ais \u00e0 la table de la roulette. J\u2019y suis retourn\u00e9 le lendemain, puis tous les soirs de la semaine malgr\u00e9 les protestations de Virginie qui, \u00e9videmment, attendait autre chose de sa lune de miel! J\u2019avais la baraka. Mais le cinqui\u00e8me jour, en moins d\u2019une heure, je perdis tout l\u2019argent gagn\u00e9 les jours pr\u00e9c\u00e9dents, plus les \u00e9conomies que j\u2019avais mises de c\u00f4t\u00e9 pour notre s\u00e9jour! Ce fut notre premi\u00e8re sc\u00e8ne! Honteux, je jurai \u00e0 ma femme de ne plus jamais recommencer!\u00bb<\/p>\n<p>Mais de retour \u00e0 Gen\u00e8ve, Marcello continua de jouer: loto, sport toto, morpions \u00e0 gratter, billets de loterie, tierc\u00e9, bandits manchots et, au moins une fois par semaine, la roulette \u00e0 Divonne ou Evian. Pour assouvir son vice, il mentait. Un rendez-vous professionnel, une visite chez sa m\u00e8re, une partie de foot avec ses copains.<\/p>\n<p>Quand il gagnait un peu d\u2019argent, il offrait de beaux cadeaux \u00e0 sa femme. Plus par culpabilit\u00e9 que par envie r\u00e9elle. Quand il en perdait, il camouflait les comptes. Cela ne lui \u00e9tait pas trop difficile puisqu\u2019il \u00e9tait son propre patron. Marcello, graphiste de formation, avait en effet mont\u00e9 un petit bureau de publicit\u00e9 \u00e0 Plainpalais.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s deux ans de mariage, Marcello devint papa d\u2019une petite Maude. Au lieu de l\u2019assagir, cette paternit\u00e9 ne fit que renforcer son obsession. Marcello jouait des sommes toujours plus importantes et ses pertes \u00e9taient \u00e0 l\u2019image de ses mises: faramineuses.<\/p>\n<p>Sa femme d\u00e9couvrit alors que son mari puisait directement dans les caisses de l\u2019entreprise pour \u00e9ponger ses dettes et apaiser ses cr\u00e9anciers. Elle le mit au pied du mur. Soit il mettait un terme \u00e0 sa passion destructrice, soit elle demandait le divorce. Il lui jura d\u2019arr\u00eater mais recommen\u00e7a quelques mois plus tard, prenant toujours plus de risques. \u00abVous comprenez, ch\u00e8re Alice, je voulais me refaire. Je savais que je pouvais me refaire!\u00bb<\/p>\n<p>Je ne vais pas vous raconter par le menu ce que Marcello fit pendant les ann\u00e9es qui suivirent. Rien n\u2019est plus lassant que le comportement compulsif d\u2019un joueur, son irresponsabilit\u00e9 et sa na\u00efvet\u00e9 confondante. Sachez seulement que Virginie obtint facilement le divorce tandis que Marcello, accul\u00e9, dut mettre son entreprise en faillite. <\/p>\n<p>Au bout de quatre ans, Marcello avait \u00e9pong\u00e9 ses dettes, gr\u00e2ce notamment \u00e0 Chantal, sa nouvelle amie. Marcello a du charme, je vous l\u2019ai dit. Il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 difficile pour lui, m\u00eame au pire moment de son existence, de rencontrer de nouvelles personnes, de les s\u00e9duire et de b\u00e9n\u00e9ficier de leur aide. C\u2019est ainsi que Chantal lui permit de monter une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 d\u2019import-export et de se r\u00e9int\u00e9grer socialement.<\/p>\n<p>Tout allait pour le mieux quand Chantal d\u00e9couvrit \u00e0 son tour que l\u2019homme en qui elle avait plac\u00e9 toute sa confiance \u00e9tait un flambeur, un malade du jeu. Comme Viriginie quelques ann\u00e9es auparavant, elle le pla\u00e7a au pied du mur. Et comme avec Virginie, il promit de ne plus jamais recommencer \u00e0 miser, ni sur un cheval, ni sur un num\u00e9ro. C\u2019est ce qu\u2019il m\u2019avait promis \u00e0 moi aussi, il y a un mois, quand je lui demandai de solder son ardoise de plus de 5\u2019000 francs. Candide que j\u2019\u00e9tais!<\/p>\n<p>Avant-hier, Marcello a d\u00e9boul\u00e9 dans mon salon tout excit\u00e9. \u00abAlice, je crois que je vais tr\u00e8s bient\u00f4t pouvoir vous rembourser, et m\u00eame avec des int\u00e9r\u00eats!\u00bb<\/p>\n<p>-Vos affaires vont donc si bien? lui demandai-je.<\/p>\n<p>Il me regarda d\u2019un air \u00e9tonn\u00e9 et me sourit comme un gamin s\u00fbr de son talent.<\/p>\n<p>-Alice, c\u2019est beaucoup mieux que cela! Mercredi, nous serons le 20 f\u00e9vrier\u2026.<\/p>\n<p>-Oui, et alors?<\/p>\n<p>-Enfin, Alice, souvenez-vous! J\u2019ai jou\u00e9 et gagn\u00e9 pour la premi\u00e8re fois de ma vie un 20 f\u00e9vrier 1992. Le 2 est mon chiffre porte-bonheur. C\u2019est un signe du ciel qui n\u2019arrive qu\u2019une fois par si\u00e8cle. Je vais enfin pouvoir me refaire et devenir riche. Apr\u00e8s, jur\u00e9-crach\u00e9, j\u2019arr\u00eate!\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019ignore ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 Marcello aujourd\u2019hui. Mais je sais qu\u2019une nouvelle perte ne neutralisera pas son d\u00e9mon du jeu.<\/p>\n<p>D\u2019autant que vendredi, nous serons le 22.02.02&#8230;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alice Vinteuil, coiffeuse, nous raconte l\u2019histoire d&rsquo;un client que le d\u00e9mon du jeu d\u00e9vore en ce 20 f\u00e9vrier 2002.<\/p>\n","protected":false},"author":8843,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[],"tags":[],"class_list":["post-1004","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1004","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/8843"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1004"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1004\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1004"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1004"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1004"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}