Lors de sa parution en 2025, le livre Cuatro Letras a offert une perspective unique sur le cartel mexicain Jalisco Nueva Generación: une partie des photographies avait été réalisées par un fixer, un intermédiaire ayant gagné la confiance du cartel, tandis que d’autres ont été offertes par les membres de l’organisation eux-mêmes. Ce travail illustre l’approche originale développée par la maison d’édition 550BC: elle sollicite régulièrement des protagonistes sur les lignes de front ou issus de réseaux criminels pour obtenir des images inédites et procède aussi à la curation d’images tirés de leur présence en ligne. Elle publie également les travaux de photographes professionnels comme Sakir Khader, de l’agence Magnum.
«J’ai toujours été intéressé par les images rares, produites par les sujets eux-mêmes, et par les contenus a priori inaccessibles, explique le fondateur Pouria Khojastehpay. À l’ère numérique, c’est bien plus accessible qu’auparavant.»
Fondée à Amsterdam en 2018, la maison d’édition explore l’intersection entre les conflits, la criminalité et la photographie à travers un prisme anthropologique. La trentaine d’ouvrages publiés à ce jour nous plonge dans le quotidien des gangs de Rio de Janeiro, des membres de cartels mexicains, des rebelles syriens, ou encore du monde du crime organisé néerlandais. «L’idée consiste à montrer les choses telles qu’elles sont, dit Pouria Khojastehpay. Parfois, il s’agit de scènes ordinaires ou romantiques – ce sont rarement des images stéréotypées de gangsters ou de militants prêts à mourir. Certains de ces acteurs ont un emploi ordinaire à côté de leur activité criminelle.»
La question
Quels sont les enjeux du photoreportage à l’heure des images générées par IA?
«Le risque est qu’on en vienne à se méfier de toute image, craignant qu’elle soit généré par IA.»
Biographie
Né à Shiraz (Iran) en 1993, Pouria Khojastehpay vit aux Pays-Bas où il a fondé en 2018 la maison d’édition 550BC. La même année, il a consacré un livre au crime organisé iranien, Crime Wave Tehran.
Cet article est issu du numéro 18 de Météore, un journal consacré à la photographie contemporaine, qui paraît chaque lundi 13.
De la recherche du plaisir intense à la dépendance
«Tout a commencé le dernier samedi de septembre 2013. J’étais invité chez un ami dans la campagne genevoise. On était quatre. J’ai testé la MDPV (une drogue comparable à l’ecstasy) ça a complètement changé ma sexualité.» Depuis, Patrick n’a plus jamais eu de rapport sexuel sans substance. «Au début de ma carrière, les consultations étaient surtout liées à des addictions à la pornographie ou à la masturbation, observe le Docteur Ahmed Ben Hassouna, sexologue et addictologue, médecin responsable de l’unité hospitalière de médecine des addictions du CHUV. Aujourd’hui, c’est presque exclusivement pour du chemsex.» En cinq ans, il a suivi environ 150 patient-es, dont Patrick, pour une addiction à cette pratique qui consiste à consommer des drogues dans un contexte sexuel. Selon le Dr Ben Hassouna, le chemsex est en expansion, principalement au sein de la communauté gay, et plus particulièrement sur ces dernières années. L’organisation de relations sexuelles avec de la consommation de drogues a été facilitée par le développement des applications de rencontres qui permettent de rencontrer plus rapidement des partenaires adeptes du chemsex.
La majorité des personnes qui consomment de la drogue lors de leurs relations sexuelles n’en prennent pas indépendamment de cette pratique. Et pour nombre d’entre elles, cette habitude est tout à fait mesurée et ne pose pas de problèmes. Cependant, dans certains cas, le chemsex peut se transformer en addiction. Notamment lorsqu’il y a une perte de contrôle sur la fréquence de consommation ou lorsque la personne présente des vulnérabilités psychiques comme l’anxiété, la dépression ou encore des traumatismes.
Les risques du sexe sous substances
L’usage de substances peut aussi altérer la capacité à exprimer un consentement clair, ce qui pose problème dans les rapports sexuels. «Certain-es patient-es rapportent s’être retrouvé-es dans des situations qu’ils n’avaient pas anticipées, avec une difficulté à poser des limites sous l’effet des produits, précise le Dr Ben Hassouna. Certain-es se sont réveillé-es d’une expérience de chemsex avec une ou deux personnes en plus que ce qu’ils ou elles avaient accepté au départ», souligne le médecin. La perte de contrôle concerne à la fois le contexte des relations et le type de pratiques.
«Avec les drogues, on entre dans un univers avec des sensations toujours plus fortes. On devient un être sexuel», raconte Patrick. Mais cette quête d’intensité, de performance et de désinhibition peut s’accompagner de lourdes conséquences, comme la contraction d’infections sexuellement transmissibles, mais aussi l’isolement, des troubles psychiques, et surtout le surdosage. «C’est toujours un choc d’apprendre que des gens en sont morts, confie le quinquagénaire. Et ça fait réfléchir. J’espère être assez intelligent pour savoir mettre le curseur au bon endroit.»
Pour Patrick, sa pratique a également des répercussions financières. L’homme admet avoir dépensé jusqu’à 11’000 francs en un week-end comprenant la rémunération d’escorts, l’hôtel, la drogue pour lui et ses partenaires. En prendre conscience lui a permis de lever le pied un temps. D’autres addictions comportementales, comme l’addiction aux jeux d’argent, partagent d’ailleurs les mêmes critères d’addictologie que le trouble du comportement sexuel compulsif, tel que le fait de continuer la pratique en dépit des conséquences négatives.
Au-delà de la performance, la désinhibition et l’intensité, le sexe sous l’effet d’une drogue est aussi recherché pour faciliter l’intégration et la sociabilité. Une démarche qui peut sembler paradoxale, dans la mesure où la pratique peut aussi contribuer à isoler au quotidien les personnes qui la pratiquent. L’addiction sexuelle n’est pas encore considérée comme une addiction comportementale à part entière, ce que déplore le Dr Ben Hassouna: la drogue n’est pas toujours la cause du craving, soit le désir irrépressible de consommer un produit, mais le moyen de parvenir à une intensité sexuelle.
Une prise en charge complète et complexe
Comme pour toute addiction, sortir du chemsex reste un processus complexe. Le suivi comprend une dimension psychothérapeutique, un accompagnement médical, tandis que le soutien de l’entourage ou la pratique de nouvelles activités peuvent aussi faire partie des leviers pour vaincre l’addiction. «Je me rends compte que j’aimerais pouvoir désirer quelqu’un, l’admirer, confie Patrick. Faire l’amour, c’est beau et ça me manque souvent.» Entre la quête d’intensité et la perte progressive du lien à l’autre, le chemsex laisse entrevoir une réalité ambivalente, où le plaisir cède peu à peu la place à l’isolement. Pour accompagner au mieux les personnes concernées, le Dr Ben Hassouna nourrit l’espoir de développer un réseau de professionnel-les spécialisé-es. La consultation des HUG, spécialement dédiée au Chemsex est un premier pas en ce sens.
Dossier réalisé par Blandine Guignier, Erik Freudenreich, Julien Crevoisier et Gabriel Sigrist
Grands appartements: «j’y suis, j’y reste»
Alors que les familles peinent à trouver des logements abordables en Suisse, les communes et associations se demandent comment encourager les seniors vivant seuls ou à deux à quitter leurs foyers de plus de trois pièces.
La pénurie de maisons et d’appartements de toute taille s’est fortement accrue en Suisse, le taux de vacance ayant évolué de 1,47% à 1,08% entre 2000 et 2024. Dans certaines grandes villes comme Lausanne, Genève ou Zurich, quelques centaines d’objets seulement sont disponibles à la location. Une des pistes pour faire augmenter le taux d’occupation de 0,59 personne par pièce (stable depuis 2000 selon l’OFS) est de s’attaquer aux logements «sous-occupés». Autrement dit, des grandes habitations de trois, quatre, voire cinq pièces dans lesquelles vivent des locataires seuls ou à deux. Avec une flambée des loyers de 32% en 20 ans, ces personnes souvent âgées sont peu enclines à déménager dans un autre logement qui sera plus petit et très certainement plus cher.
Dans le privé, les échanges d’appartements ne sont pas aisés à mettre en place, estime Frédéric Dovat, secrétaire général de l’Union suisse des professionnels de l’immobilier (USPI). «La démarche reste délicate. Les seniors sont souvent attachés à leur environnement, où ils ont leur habitude depuis de nombreuses années.» Seule la moitié des plus de 56 ans ont déménagé durant les dix dernières années, contre 69% tous âges confondus, selon Comparis.
L’Association suisse des locataires (Asloca) propose de transposer les règles en vigueur pour les baux commerciaux, qui permettent au locataire d’imposer un successeur, aux baux de logement. «Les régies ne peuvent alors refuser qu’en cas de motifs valables», souligne Carlo Sommaruga, président de l’association. «Dans le locatif privé, les propriétaires ont souvent intérêt à refuser l’échange. Quand la personne âgée finit par partir avec une résiliation ordinaire, il est possible d’augmenter le prix du loyer. Pendant ce temps-là, la famille qui aurait pu profiter rapidement d’un échange doit attendre.»
Départ volontaire ou forcé
À Lausanne, un projet-pilote d’échange d’appartements a été porté par la municipalité. Sur 70 ménages intéressés de prime abord, deux échanges entre des seniors et des familles ont finalement eu lieu dans ce cadre. La Société Immobilière Lausannoise pour le Logement (SILL) tire trois leçons principales de cette expérience. «La première est qu’un modèle basé uniquement sur des échanges d’appartements n’est pas suffisamment souple», note Sylvie Traimond, codirectrice de la société. Le projet a donc évolué vers une logique de «déménagements optimisés»: les locataires (le plus souvent âgées) partent unilatéralement car on leur propose un logement plus adapté (avec une plus-value en échange). Ainsi, des familles peuvent postuler pour leur grand appartement devenu vacant. «Le deuxième enseignement concerne l’importance de l’accompagnement, par exemple en faisant appel à des acteurs capables d’épauler le public senior. Troisièmement, les incitatifs ciblés jouent un rôle clé: aides au déménagement, au tri et au débarras, ainsi que la prise en charge des travaux adaptations de logements pour les seniors.» À Zurich, on a opté pour une solution drastique: la régie de la ville donne une année aux personnes occupant des appartements trop grands pour les quitter, en leur proposant deux solutions de relogement pertinentes dans son parc immobilier.
Pour Frédéric Dovant, de l’USPI, les échanges doivent se faire uniquement sur une base volontaire. «D’ailleurs, ce qu’oublie parfois l’Asloca dans ses propositions d’imposer le transfert de logements au propriétaire comme pour les locaux commerciaux, c’est qu’en cas d’un transfert de bail commercial d’un locataire à un autre, le premier se porte garant du paiement du loyer pendant deux ans. Je ne suis pas sûr que cette garantie ravirait les candidats à l’échange de logements.» Le représentant des professionnels de l’immobilier estime que l’échange d’appartements n’aura qu’un effet marginal sur la pénurie de logements. «Il faut plutôt favoriser les constructions d’immeubles en assouplissant les procédures ainsi qu’en restreignant les possibilités d’oppositions. Il faut en outre augmenter la création de nouveaux logements à destination des seniors, accessibles et adaptés, en offrant par exemple des incitations fiscales pour les développeurs immobiliers réalisant ce type d’offres.»
Autre façon de mieux répartir l’espace habitable, l’initiative «1h par m2» permet depuis dix ans à des étudiants d’être logés à Genève par une personne âgée en échange de trois à cinq heures d’aide par semaine pour l’hôte. Le Canton veut aussi s’attaquer aux locations de type Airbnb qui ne respectent pas la limite de 90 jours par année sur la plateforme afin de libérer de grands logements. Le Conseil fédéral a aussi proposé le 15 avril dernier un train de mesures contre la pénurie, en restreignant notamment l’acquisition d’immeubles par des étrangers qui ne résident pas en Suisse. Tout doit être envisagé pour que le taux de vacances ne passe pas au-dessous de la barre des 1% en Suisse ces prochaines années.
La cave se rebiffe
Fini le lieu de stockage poussiéreux en sous-sol, avec sa terre battue et ses parois en lattes de bois. Les architectes repensent complètement sa localisation et son agencement pour répondre aux nouvelles attentes.
En 2026, on ne construit plus les caves en sous-sol mais à l’étage! Du moins, c’est le choix fait au Quai des Vernets à Genève, où elles sont situées sur chacun des paliers. D’assez grande dimension, elles permettent d’accueillir tout ce que les habitants jugent utiles mais ne veulent pas avoir sous les yeux tous les jours: matériel de sport ou de bricolage, stockage d’habits pour le prochain bébé ou la prochaine saison, conserves ou confitures maison. Alors que les espaces dévolus au stockage avaient tendance à diminuer depuis 100 ans en Suisse, cet exemple récent montre que les caves n’ont pas encore dit leur dernier mot.
Valentin Kunik, chargé de cours à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA), a ressorti des plans d’appartements lausannois des années 1930 à 1940. «À l’époque, chaque pièce avait son armoire. On trouvait un garde-manger dans la cuisine, un galetas sous les combles et une cave au sous-sol. Puis, pour diverses raisons sociologiques, écologiques mais surtout économiques, on a réduit, voire enlevé ces espaces. L’important était de gagner de la surface locative avec notamment les transformations des greniers en appartements. Parfois, les caves elles-mêmes ont été redécoupées et louées.»
L’architecte remarque toutefois un regain de créativité sur l’emplacement des caves. «Bien qu’il n’y ait pas d’obligation au niveau fédéral, les usages cantonaux continuent à accorder un espace de stockage minimal pour les appartements en construction. Celui-ci n’est pas forcément en sous-sol. Des architectes le placent parfois à l’étage, ce qui permet d’éviter d’excaver pour le maître d’œuvre et permet aux résidents d’y accéder rapidement. Il peut aussi être situé dans la cage d’escalier ou même dans l’appartement, comme une sorte de cagibi.»
La qualité de l’espace de stockage a aussi gagné en importance pour les habitants et leur confort. «Il est attendu que celui-ci soit à l’abri de la lumière et avec une température variant moins que dans le logement lui-même.» Si une cave est humide ou sale, il sera moins facile de désencombrer l’appartement et d’y placer des appareils électriques, des aliments ou du textile par exemple.
Au-delà de la rationalité de chaque projet architectural, Valentin Kunik appelle à ne pas s’éloigner totalement de la dimension presque poétique de la cave ou du galetas. «Ces lieux permettent de garder par exemple un bien familial de qualité qui trouvera à nouveau sa place dans la maison prochainement, ou de stocker les équipements d’été pendant l’hiver. Ils aident à lutter contre la surconsommation qui consiste à toujours jeter, puis racheter.»
Tiny Houses: réduire drastiquement son espace de vie
Le phénomène des «tiny houses» s’accélère en Suisse, avec la création ces dernières années de nouveaux lotissements de micro-maisons, à Gais (AR) ou à Zollikerberg (ZH) par exemple. Entre 400 et 600 seraient habitées sur le territoire, estime l’association Kleinwohnformen. Cette organisation, fondée en 2018 et comptant près de 1’500 membres aujourd’hui, les définit comme des solutions d’habitation compactes et économes en ressources, spécialement conçue pour la densification urbaine ou l’utilisation temporaire. Elles comportent une surface habitable maximale de 30 m² par personne, à laquelle s’ajoute 15 m² par habitant supplémentaire. Leurs défenseurs y voient plusieurs avantages: l’épanouissement en se limitant à l’essentiel, la réduction de l’empreinte écologique, l’aménagement de son propre intérieur ou encore le fait de devenir propriétaire sans s’endetter à vie. Il est à noter qu’en Suisse, il est nécessaire de déposer une demande officielle de permis de construire pour ce type de petits habitats. Des architectes et entreprises de constructions en font une branche de leur activité, à l’instar de Matthias Mösli, entrepreneur appenzellois à l’origine du projet de Gais. Pour lui, il s’agit d’une spécialité de niche porteuse dans le domaine de la construction en bois.
Un secteur transformé par les avancées technologiques
Grâce notamment à l’IA, la proptech redéfinit aussi bien les techniques de construction que la maintenance, la rénovation, le courtage ou la gestion de l’immobilier . Exemples avec trois start-up romandes .
La Suisse compte aujourd’hui environ 300 entreprises actives dans la «property technology», ou proptech. Un chiffre stable qui masque peut-être les innovations les plus en vue de ces dernières années. Urbio, spin-off de l’EPFL fondée à Sion en 2020, se penche sur la planification des réseaux de chaleur à distance, un domaine où les décisions d’investissement se chiffrent en dizaines de millions et où la modélisation préalable reste encore peu développée. La solution s’exporte d’ailleurs rapidement dans toute l’Europe, où l’adoption des systèmes de chauffage à distance progresse très rapidement sous la pression d’objectifs climatiques ambitieux. Dans un tout autre registre, Propfy, fondée en 2025 vise les courtiers immobiliers romands, un métier pour lequel les logiciels de gestion n’ont que peu évolué depuis 15 ans. Les deux projets partent de points de départ différents: la recherche académique d’un côté, l’expérience de terrain de l’autre. Mais ils répondent à une logique similaire: s’attaquer à une problématique très précise, voire à un marché «de niche».
Dans un registre proche, la genevoise Popety.io agrège des millions de données immobilières pour aider les professionnels à identifier et analyser les parcelles à fort potentiel, en s’appuyant également sur un partenariat avec l’EPFL autour de l’IA générative. Avec ces projets novateurs, la donnée et son traitement par la technologie deviennent progressivement l’un des matériaux essentiels au développement du bâti. Avec la promesse de décisions mieux informées, et des processus moins gourmands en ressources matérielles et financières.
Sébastien Cajot / cofondateur et directeur d’Urbio
Urbio, planifier les réseaux de chaleur grâce à l’IA
Simuler et visualiser l’ensemble d’un réseau de chaleur dans les moindres détails avant le premier coup de pioche, c’est ce que permet le logiciel développé par la start-up sédunoise Urbio. Spin-off de l’EPFL fondée en 2020, l’entreprise a développé une plateforme croisant des sources de différents acteurs (villes, constructeurs, énergéticien) pour constituer des jumeaux numériques à l’échelle d’une ville ou d’un quartier. Une couche d’intelligence artificielle permet de calculer le tracé le dimensionnement et les matériaux du réseau optimal. «Chaque projet peut donc être précisément évalué en amont. Cela permet d’évaluer les coûts mais aussi d’éviter de surdimensionner des projets et donc les gaspillages», résume Sébastien Cajot.
L’équipe, qui compte une dizaine d’employés spécialisés dans le développement de modèles énergétiques, dans le traitement des données et le développement logiciel, a également mis en place une interface accessible pour le grand public. «Il y a aussi une vocation à informer la population sur les projets en cours et leur portée. Cela peut permettre à des habitants de demander un raccordement au réseau de chauffage à distance, et d’éviter qu’ils n’installent une nouvelle chaudière dans leur maison.»
Le logiciel étant encore relativement récent, les retours sur investissements sont encore difficiles à chiffrer. «Mais nos clients nous font part des gains d’efficience très importants», assure Sébastien Cajot. Soutenue par Innosuisse, The Ark et des investisseurs privés, Urbio a levé 2 millions de francs lors d’un premier tour. Une seconde levée est en cours. Objectif: développer l’offre d’Urbio à l’échelle européenne, où l’entreprise est déjà présente dans une centaine de villes. «L’objectif de l’Europe est de construire près de 20’000 nouveaux réseaux de chauffage à distance pour décarboner le bâtiment. Il y a donc un très gros potentiel pour nous.»
Anouck Reber / fondatrice de Propfy
Propfy, un CRM immobilier 100% suisse
«Le métier de courtier a évolué, mais les outils informatiques n’ont pas suivi au même rythme.» Anouck Reber s’est donnée pour mission de «dépoussiérer l’informatique des courtiers romands» .La trentenaire vaudoise a fondé en 2025 Propfy, un logiciel de gestion des relations clients (ou «CRM») qu’elle a conceptualisée elle-même. Grâce à son expérience de quinze ans dans le secteur, elle a conceptualisé seule le logiciel avant de l’affiner avec l’agence Exponent, «un partenaire Swiss Software agréé». C’était important pour celle qui vise à développer une solution spécialement adaptée au monde du courtage immobilier local qu’elle connaît si bien.
Son système veut améliorer la coopération entre équipes, la transparence, le tracking et simplifier les solutions de comptabilité. «Le but est que le courtier passe moins temps à faire de l’administratif et plus de temps à conseiller sa clientèle», résume Anouck Reber.
Le logiciel de Propfy centralise l’ensemble du cycle de vie d’un bien: prospection, estimation, gestion du bien, matching vendeur-acheteur. L’entreprise a également élaboré une application à commande vocale pour rédiger des rapports de visite ou planifier des rendez-vous, et d’un module de veille immobilière. «Autre nouveauté: toutes les données sont enregistrées afin d’être analysées. Cela donnera une vision plus claire aux courtiers sur les raisons qui font qu’une vente aboutit ou pas.»
Basée à Lutry (VD) et fondée en juin 2025, Propfy a levé 500’000 francs lors d’un premier tour auprès de family offices et de business angels. Une seconde levée est en cours pour financer le lancement du logiciel prévu pour le printemps 2026. Le modèle d’affaires sera basé sur des abonnements payants. «Plus de 43 agences ont déjà signé 180 licences.»
Thibault Clément / fondateur de Popety.io
Popety.io, la plateforme de renseignement immobilier
Le projet a été lancé à partir d’un constat simple: au milieu de cette usine à gaz administrative que représente le recensement des terrains constructibles en Suisse, les régies immobilières avaient souvent bien du mal à s’y retrouver. «Certains les repéraient grâce à leur réseau, d’autres envoyaient carrément leurs apprentis arpenter les environs à scooter à la recherche de terrains», raconte Thibault Clément, fondateur et directeur de l’entreprise. «Les plus avancés s’en remettaient à Google Maps ou aux géoportails cantonaux».
Diplômé en analyse de données et en sciences informatiques, il passe cinq ans en Asie au sein d’un portail immobilier fondé par deux Suisses. À 29 ans, il s’installe à Genève pour donner naissance à un projet ambitieux de lancer un programme informatique permettant de recenser toutes les parcelles constructibles en Suisse. À la croisée du traitement de données, du développement informatique et de l’immobilier.
Il lui faudra quatre ans pour agréger les données fédérales (registre des bâtiments), cantonales (registre des parcelles) et communales (réglementation et zonage), ainsi que des paramètres additionnels influençant la valeur d’un bien, comme le bruit, la démographie et la desserte en transports publics. «Près de 300 clients, principalement des architectes, des courtiers ou des fonds d’investissement utilisent le logiciel, qui offrent deux prestations différentes: l’identification de parcelles à potentiel (études de faisabilité, droits à bâtir, possibilités de surélévation) et les dossiers d’estimation pour les régies, qui permettent aux courtiers de valoriser un bien sans passer des journées entières à collecter des données.»
Popety.io a mené deux campagnes de financement à succès, qui lui a permis d’obtenir des fonds de Vaudoise Assurances et de la Romande Energie et de lever 2 millions de francs. Désormais rentable et active dans les 26 cantons, l’entreprise emploie 13 personnes réparties entre Genève et Zurich.
«Nous passons d’une logique de construction à une logique de cycle de vie du bâtiment»
Virginie Galland, directrice générale du groupe Naef, décrypte les freins et les transformations à l’œuvre dans le secteur de la construction.
Active dans l’immobilier depuis 20 ans, Virginie Galland a débuté sa carrière dans le domaine de la gérance, puis est devenue directrice générale du groupe Naef en 2023. Par sa fonction, elle supervise l’activité du groupe actif dans la gérance, le courtage, la promotion et l’expertise, qui comprend dix agences en Suisse romande et plus de 500 collaborateurs. Elle revient sur les changements en cours entre nouvelles normes, matériaux alternatifs et évolution des usages.
Quelle est l’importance du développement durable dans les projets développés par Naef aujourd’hui?
Le développement durable est aujourd’hui au cœur de tous nos projets, en particulier dans la rénovation. Ce n’est plus un sujet annexe. Il influence concrètement nos choix de matériaux, nos méthodes de travail, mais aussi la manière dont on accompagne les locataires pendant les chantiers. On ne peut plus rénover comme avant. Nous nous appuyons aussi sur des partenaires spécialisés, comme les ingénieurs en construction durable Magenta Eko, pour intégrer ces enjeux de manière plus systématique dès la conception.
Avez-vous un exemple de cette nouvelle donne?
Un projet qui illustre bien l’habitat de demain est Atria, à la gare des Eaux-Vives à Genève. Ce bâtiment regroupe trois coopératives avec des publics différents: étudiants et jeunes actifs, familles et seniors. Ce qui est intéressant, c’est justement cette mixité organisée. On sort d’une logique de logement standardisé pour aller vers des lieux de vie plus ouverts, intergénérationnels, avec des espaces mutualisés et des usages qui évoluent dans le temps. C’est à mon sens une vraie réponse aux enjeux actuels, à la fois sociaux et environnementaux.
Le secteur immobilier évolue-t-il assez vite face aux enjeux climatiques et énergétiques?
Notre domaine d’activité avance, mais souvent sous contrainte. Pendant longtemps, les efforts ont été concentrés sur la consommation énergétique des bâtiments en exploitation. L’adoption en 2025 de la norme SIA 390/1 marque cependant un vrai tournant, puisqu’elle introduit une lecture complète du cycle de vie du bâtiment, de sa construction à sa déconstruction, en intégrant aussi les questions de mobilité. Cela oblige à repenser en profondeur la manière de concevoir et de réaliser les projets. Sur le terrain, cette évolution est désormais très concrète: rénover aujourd’hui ne consiste plus à remettre un bâtiment dans son état initial, mais à atteindre de nouveaux standards énergétiques et environnementaux. Cela implique des adaptations importantes pour toute la filière, ainsi qu’une coordination plus étroite avec les autorités. On observe d’ailleurs une accélération du rythme des rénovations, portée à la fois par les contraintes réglementaires et les incitations fiscales.
Les règles actuelles encouragent-elles suffisamment la construction durable?
Il existe encore des disparités entre les cantons. À Genève, les exigences en matière de bilan carbone vont devenir progressivement contraignantes d’ici 2034, avec une intégration directe dans la législation. Dans d’autres cantons, comme Vaud ou Neuchâtel, la norme SIA 390/1 reste pour l’instant une référence de bonne pratique, sans obligation légale stricte. Toutefois, la dynamique est clairement enclenchée, notamment avec des initiatives comme le Plan Climat vaudois ou les évolutions attendues de la loi sur l’énergie. Le cadre réglementaire joue un rôle clé: c’est souvent lui qui permet de faire évoluer rapidement les pratiques à l’échelle du secteur. Dans ce contexte, nous avons souhaité anticiper en structurant notre démarche interne. Au sein du groupe Naef, nous travaillons actuellement avec un mandataire spécialisé à l’élaboration d’un guide de durabilité, destiné à l’ensemble des parties prenantes de nos projets, afin de garantir une application concrète et cohérente de ces principes dès la phase de conception.
Que pensez-vous de l’usage du béton recyclé ou des matériaux alternatifs?
Sur les matériaux, les choses avancent, mais pas sans limites. Le béton recyclé, par exemple, est déjà utilisé et même en partie imposé à Genève, la réglementation exige en effet qu’au moins 20% des granulats de tout béton neuf proviennent de matériaux recyclés. Cela reste néanmoins une solution partiellecar ses propriétés techniques ne permettent pas de l’utiliser pour tous les éléments, notamment structurels. D’autres alternatives se développent, comme les bétons «bas carbone», le bois ou encore des solutions hybrides combinant plusieurs matériaux. Certaines innovations, comme les ciments sans clinker ou les bétons intégrant du CO₂, montrent qu’il existe un vrai potentiel, même si leur généralisation reste encore à confirmer.
Mais le principal frein aujourd’hui n’est pas uniquement technique ou économique, il est aussi culturel. On constate encore des réticences, notamment chez certains acquéreurs, vis-à-vis du bois ou du réemploi, avec cette perception de matériaux moins durables ou «d’occasion». Faire évoluer ces mentalités est un enjeu majeur pour l’ensemble des acteurs du secteur. Au sein du groupe Naef, nous avons progressivement intégré ces approches et développons actuellement des projets 100% bois en PPE, avec un impact carbone mesuré. Ils sont plus coûteux mais ils démontrent qu’il est possible de concilier durabilité, qualité de construction et attentes du marché.
L’impression 3D dans les projets de construction présente-t-elle un vrai potentiel?
L’impression 3D dans la construction reste aujourd’hui assez marginale. Il existe des expérimentations, notamment à l’international, mais on est encore loin d’un déploiement à grande échelle. À court terme, il nous semble plus pertinent de se concentrer sur le développement de la préfabrication hors site, qui permet de gagner en efficacité, de mieux maîtriser les délais et de réduire certains coûts. Dans un contexte où les techniques de construction durable peuvent générer des surcoûts, la capacité à construire plus rapidement devient un levier important.
Quelles seront les prochaines grandes innovations de votre domaine d’activité?
Dans les dix prochaines années, plusieurs évolutions vont profondément transformer le secteur. Le développement du réemploi constitue également un tournant important. De nombreux acteurs travaillent déjà sur les questions de stockage, de réhabilitation et d’assurance des matériaux. Cela reste complexe, notamment parce que les bâtiments existants n’ont pas été conçus à l’origine pour permettre cette réutilisation. Enfin, la réaffectation de bâtiments existants, en particulier la transformation de surfaces tertiaires en logements, représente une piste très intéressante pour répondre aux besoins tout en limitant l’impact environnemental. Plus largement, on assiste à une transformation en profondeur du secteur, avec le passage d’une logique de construction à une logique de cycle de vie du bâtiment. Et c’est probablement là que se situe la véritable rupture.
Une version de ce dossier réalisé par Large Network est parue dans le magazine PME.
Dossier réalisé par Blandine Guignier, Erik Freudenreich, Julien Crevoisier et Gabriel Sigrist
La construction opère une mutation importante en Suisse. Alors qu’il apparaît urgent de décarboner, toutes les têtes se tournent vers le béton et son liant vedette: le ciment, gros émetteur de carbone. Certains acteurs du bâtiment tentent désormais de réapprendre des méthodes employées jadis pour limiter l’usage de béton conventionnel en jouant sur les formes et les structures. D’autres inventent de nouveaux procédés pour rendre le bois ou les matériaux alternatifs, fabriqués le plus souvent à partir d’argiles, plus résistants, et leur permettre de jouer un rôle de premier plan dans l’architecture de demain. Grâce à sa constellation d’entreprises spécialisées dans chaque étape de la construction, la Suisse se place en première ligne de l’innovation mondiale en la matière. Le pays bénéficie par ailleurs d’un important et précieux réservoir d’ingénieurs et de chercheurs venus du monde entier.
Autre domaine clé, l’approvisionnement en énergie subit lui aussi de profonds changements, accélérés par l’entrée en vigueur de la loi sur l’électricité acceptée par la population en 2024. Réseaux de chauffage à distance et communautés électriques locales se multiplient, avec à la clé des économies d’énergie et de coûts, mais aussi des défis techniques et organisationnels qui restent à relever pour ancrer ces nouveaux schémas durablement dans les usages. Pour répondre aux défis techniques et écologiques, de nombreuses startup se sont imposées dans le secteur de ce que l’on appelle la «proptech», notamment en région lémanique.
Le contexte économique reste compliqué, avec un marché immobilier qui souffre d’une pénurie de logements qui semble devenue éternelle, systémique et insoluble. Ces fortes tensions pourraient cependant être soulagées si les ménages individuels ou les couples, souvent âgés, qui habitent un logement familial acceptaient de déménager vers un domicile plus adapté. Des solutions en ce sens sont esquissées à Genève, à Lausanne et à Zurich. La densification du logement dans les zones à bâtir reste également un enjeu majeur aussi bien pour les urbanistes que pour les maîtres d’ouvrage.
Au-delà du béton, des constructions plus sobres
Pour optimiser ses coûts et diminuer son empreinte sur l’environnement, le secteur développe de nouvelles techniques et des matériaux novateurs.
Le secteur de la construction rejette près de 10 millions de tonnes de CO2 chaque année en Suisse selon le groupe Serbeco, spécialiste du transport et de la gestion des déchets dans le canton de Genève, soit près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre imputables à la construction en Suisse. Une empreinte particulièrement profonde, aggravée par un facteur décisif: la fabrication de béton à partir de ciment conventionnel. Ce processus mobilise d’énormes quantités d’énergie pour alimenter des fours qui montent à près de 1’400 degrés pour calciner les matières premières qui lors de la cuisson émettent à leur tour des quantités importantes de dioxyde de carbone. En moyenne, le béton émet donc près de 200 kg de CO₂ par mètre cube. À titre de comparaison, la construction d’un immeuble résidentiel de quatre à cinq étages en requiert 400 à 800 m³, générant entre 80 à 160 tonnes de CO₂ pour le seul gros œuvre.
Revaloriser la maçonnerie
Les propriétés mécaniques du béton en font un allié de taille pour les constructeurs: il est maniable, solide, isophonique et peut tenir des décennies sans subir de déclin majeur. Mais depuis la fin du siècle passé, sa qualité décisive est sans doute devenue son prix. Peu cher, il est parfois perçu comme un matériau «par défaut» par de nombreux maîtres d’ouvrages. «Il n’est pas rare que l’on coule des dalles pleines ou des murs porteurs de 25 cm d’épaisseur pour des questions d’isolation phonique. On pourrait se contenter de nettement moins et obtenir une structure bien assez résistante pour le besoin du bâtiment», observe Nicolas Maulini, directeur de Maulini à Vernier (GE). Pour lui, il est clair que l’arbitrage entre prestations et impact environnemental devra être revu. À Genève, la loi sur la construction et les installations fixe la quantité d’émissions de carbone maximale par mètre carré nouvellement construit. La limite sera applicable dès 2029 sur les bâtiments publics, et en 2034 pour le reste du bâti. Pour Nicolas Maulini, ces normes obligeront les acteurs du bâtiment à revoir leur métier. Il a d’ailleurs commencé à travailler avec Hoffmann Green, une entreprise française de fabrication de ciment décarboné. «Une solution prometteuse mais limitée dans sa mise à l’échelle.» Les déchets industriels nécessaires à sa fabrication ne sont pas disponibles en quantité suffisante pour remplacer l’ensemble du ciment nécessaire aux activités de construction en Suisse.
Les promesses de l’impression 3D
À Mulegns, petit village grison, la «Tor Alva» s’est dressée en 2025 au terme de sept ans de collaboration entre l’EPFZ et la Nova Fundaziun Origen. Avec ses 30 mètres et ses 32 colonnes entièrement imprimées par des robots, elle est aujourd’hui la structure de ce type la plus haute du monde. Sans coffrage, avec moins de matières premières et une structure démontable, elle est entièrement reconstructible ailleurs. Autre réalisation notable à Saint-Gall: en 2024, Holcim a achevé pour Kobelt AG le premier bâtiment imprimé en 3D directement sur chantier en Suisse: un pavillon de 150 m² aux murs courbés de 6,2 mètres, coulé en seulement huit jours. Le béton utilisé, moins chargé en ciment que les mortiers habituels, affiche une empreinte carbone moindre que les bétons conventionnels. Sur le front de la recherche, l’Empa et l’EPFZ travaillent dans le cadre du projet européen CARBCOMN à des éléments sans ciment classique ni acier conventionnel, fabriqués à partir de déchets industriels et durcis au CO₂. Le premier prototype est attendu pour 2028.
Pour les spécialistes, le seul béton bas carbone ne suffira pas. Il faudra aussi revoir les structures elles-mêmes. Une transition qui nécessitera quelques transformations dans l’approche des maçons et des maîtres d’ouvrages. Le Genevois se montre toutefois enthousiaste. «C’est une occasion de revaloriser la maçonnerie. À l’époque où le ciment coûtait cher et la main-d’œuvre était plus économique, on utilisait des formes complexes pour économiser la matière, notamment avec des dalles à corps creux. Avec l’abondance du béton, ce savoir-faire s’est perdu. Nos métiers devront réapprendre du passé.»
Circulaire et économique
La solution passera également par les terres crues, et notamment les argiles. Les solutions essaiment, notamment avec la start-up Terrabloc, basée à Genève et disposant d’un site de production à Allaman (VD), qui utilise la terre excavée des chantiers pour fabriquer des briques destinées à construire des cloisons et des doublages de murs porteurs. Une logique circulaire que suit aussi Oxara, spin-off de l’EPFZ pionnière dans l’élaboration de ciment à base d’argile mélangé à des déchets issus de la démolition d’anciens bâtiments.
À l’aide de matières premières d’origine minérale, la start-up a mis au point un procédé qui permet de stabiliser l’argile pour le rendre plus résistant à l’eau et aux fissures. «Avec la terre, le défi réside toujours dans la résistance à l’usure et aux intempéries. Le béton ne disparaîtra pas complètement, mais doit être limité lorsqu’une alternative est possible. Notre matériau à base d’argile convient par exemple pour des sols intérieurs ou des murs en façades», explique Thibault Demoulin, cofondateur d’Oxara. La technique qui a déjà été employée sur une habitation à Vandœuvres et sur un bâtiment scolaire à Confignon (GE). L’entreprise est également en lice pour fabriquer la toiture de la nouvelle patinoire du Trèfle-Blanc à Plan-les-Ouates (GE). Quant à l’origine des matériaux, l’entreprise, qui emploie 12 personnes, se fournit en Europe. La terre provient des excavations réalisées pour des chantiers, ou de la boue de lavage issue de l’extraction du gravier des carrières pour fabriquer du ciment. «Outre la circularité et le moindre impact carbone, la terre présente d’excellentes propriétés de régulation des températures et de l’humidité», ajoute Thibault Demoulin. Côté prix, même si l’économie d’échelle est encore difficilement applicable à ces nouveaux matériaux, le mélange à base d’argile d’Oxara devrait rester à un niveau similaire au béton traditionnel.
Le bois à l’honneur
En plus d’abriter des entreprises à la pointe de l’innovation, la Suisse est aussi riche en ressources ligneuses. Et depuis quelques années, le bois redevient tendance. L’évolution des techniques anti-incendies permet désormais d’utiliser le bois dans les grandes structures. Les bâtiments Malley Phare et le projet de la tour Tillia à Prilly (VD) en sont sans doute les meilleurs exemples en Suisse romande. Outre ces projets emblématiques, le bois reste toutefois un outsider dans la construction. «Le béton est encore très bon marché, et peu de maîtres d’ouvrage sont donc incités à privilégier un autre matériau», observe Jean-Marc Ducret, directeur de JPF-Ducret, entreprise fribourgeoise de construction. «Il y a un intérêt en hausse, c’est net. Mais ce sont surtout les cantons qui sont à la manœuvre en fournissant des incitations via les plans de quartiers assortis de limites en termes d’impact carbone.» Les solutions alternatives abondent, mais le roi béton est encore loin d’avoir été détrôné.
L’énergie se décentralise
Chauffage à distance et communautés électriques locales redessinent les cartes du paysage énergétique romand.
Les flux d’énergie se réorganisent à mesure que l’électrification et les nouvelles techniques de gestion de l’énergie apparaissent. Ces solutions permettent aussi de déployer de nouveaux mécanismes de soutien politique aux énergies renouvelables.
Libéraliser le marché à petite échelle
A cause des prix de reprise de plus en plus bas, la stratégie passe désormais par de nouveaux mécanismes incitatifs à l’installation de modules solaires. Dernier en date: les communautés énergétiques locales (CEL). Depuis le 1er janvier 2026, le modèle dispose d’un cadre légal. Introduit par la loi sur l’électricité acceptée par la population en juin 2024, ce système permet de créer des micromarchés d’électricité renouvelable à l’échelle d’une commune. Une évolution qui s’inscrit dans la continuité des modèles d’autoconsommation qui permettaient déjà le partage de courant entre immeubles voisins. Organisés en circuits courts, les usagers économisent sur les coûts d’acheminement, et peuvent espérer bénéficier de tarifs entre 20% et 40% moins chers. «Ce rabais relève d’un choix politique et ne reflète pas les coûts effectifs que les gestionnaires des réseaux de distribution (GRD) devront prendre en charge pour adapter le réseau à ces nouvelles communautés, observe Christian Rod, expert indépendant en stratégie énergétique. Il s’agit donc clairement d’un mécanisme de subventionnement.» Les coûts seront répartis sur l’ensemble des utilisateurs du réseau. Christian Rod y voit toutefois une opportunité nette pour le photovoltaïque, en particulier pour les propriétaires disposant de grands toits. «Il s’agit principalement des communes et des entreprises, surtout en milieu rural.» Ces communautés induisent de fait une libéralisation du marché à petite échelle. «Avec les CEL, les petits consommateurs (moins de 100’000 MWh par an, ndlr.) ont le choix d’opter pour un modèle alternatif, avec des prix souvent moins chers que sur les grands réseaux de distribution. Les producteurs d’électricité sont aussi récompensés par un tarif plus élevé que les prix de reprise, qui ont beaucoup baissé ces dernières années.» Reste à savoir si le modèle séduira. «Il est encore trop tôt pour tirer un bilan.»
Pour accompagner cette transition, l’Institut pour les sciences des matériaux et le développement des technologies (EMPA) conduit un projet de recherche qui vise à tester comment optimiser les flux d’énergie au sein des CEL et leurs interactions avec le réseau extérieur. Chercheur en gestion des énergies renouvelables, Binod Koirala pilote le projet baptisé SOCIAREM sur le campus de l’institut à Dübendorf (ZH). L’objectif est de trouver comment tirer le meilleur parti de ces petits réseaux décentralisés pour tous les acteurs: producteurs, consommateurs et gestionnaires de distribution. «L’enjeu central, c’est le développement des algorithmes de gestion de l’énergie, précise le chercheur. L’infrastructure existe déjà. Il faut maintenant élaborer le système qui les fait fonctionner ensemble de la façon la plus intelligente et optimale.» En couplant la production solaire à d’autres usages flexibles: recharge des voitures la nuit, stockage thermique en journée, les usagers peuvent en effet lisser les pics de consommation et augmenter significativement l’autoconsommation locale. Un enjeu particulièrement important pour le photovoltaïque, qui ne produit de l’électricité que de façon intermittente.
Quand le cloud chauffe la ville
L’électricité n’est pas le seul bien énergétique à être collectivisé. Inauguré fin 2024, le dernier centre de données en date d’Infomaniak ne se contente pas de stocker des informations: la chaleur que dégage ses serveurs alimente les immeubles du quartier des Sciers à Plan-les-Ouates (GE). «Aujourd’hui, notre installation fournit l’équivalent énergétique nécessaire pour chauffer environ 4000 logements, explique Boris Siegenthaler, cofondateur et directeur stratégique d’Infomaniak. Une fois sa pleine capacité atteinte, d’ici à fin 2027, ses 10’000 serveurs fourniront au réseau de chaleur une capacité de 1,7 MW, et permettront d’éviter la combustion de gaz naturel équivalant à 3600 tonnes de CO2 par an.»
Le projet a nécessité plusieurs années de développement, notamment pour trouver un site approprié (une surface en sous-sol de 1800 m2), conclure les accords nécessaires avec les différentes parties prenantes et résoudre les défis techniques pour connecter l’infrastructure au réseau thermique du canton. «Un autre défi a consisté à trouver un modèle économique viable. À ce titre, il est essentiel de faire évoluer les mécanismes de soutien. Certaines solutions comme les réseaux de chaleur au bois sont toujours subventionnées aujourd’hui, alors qu’elles reposent sur la combustion. À l’inverse, des modèles basés sur la récupération d’énergie devraient être davantage encouragés afin d’accélérer la transition énergétique.»
Pour faciliter sa reproduction par d’autres acteurs, le fonctionnement du data center a été documenté par des étudiants de l’Université de Lausanne, l’IMD et l’EPFL, un travail dont les résultats sont disponibles librement sur le site d4project.org. «Cette expérience va aussi nous servir pour de futurs projets, notamment dans le canton de Fribourg où nous prévoyons d’installer un nouveau data center qui sera capable de chauffer jusqu’à 14’000 logements.»
Les rénovations énergétiques paient
Aucune contrainte légale n’existe pour forcer les propriétaires et les maîtres d’ouvrage à se tourner vers les techniques de construction et les méthodes de chauffage les moins émettrices de carbone. Il faut donc aussi compter sur les propriétaires pour réaliser les travaux à leur frais, avec le coup de pouce de subventions. Le système a fait ses preuves. Selon l’Office fédéral de l’énergie, le nombre d’installations solaires a été multiplié par 50 depuis l’introduction des subventions en 2010, passant de 6’000 à plus de 300’000. En outre, les rénovations énergétiques, également soutenues financièrement par les cantons, se révèlent rentables, surtout pour les maisons. La Banque du Léman estimait la plus-value dans une fourchette de 2% à 11% pour la vente d’un bien immobilier après travaux de rénovation énergétique. Mais les montants restent élevés. Avant de remplacer son système de chauffage, il est conseillé de rénover l’isolation thermique, ce qui peut coûter jusqu’à 450 francs par mètre carré. Selon une étude de la Raiffeisen parue en 2024, la rénovation énergétique complète d’une maison individuelle peut atteindre 232’000 francs pour une efficience énergétique de classe «A». Les périodes d’amortissements sont donc elles aussi importantes. À noter que l’abolition de l’impôt de la valeur locative qui entrera en vigueur en 2028 ou 2029 mettra fin à la défiscalisation des travaux de rénovation.
Une version de ce dossier réalisé par Large Network est parue dans le magazine PME.
«Un patient émergeant du coma est comme pris dans une avalanche. Il ne sait plus discerner le haut du bas, il est complètement engourdi et désorienté. » Karin Diserens est médecin adjointe responsable de l’Unité de neuro-rééducation aiguë (NRA) du CHUV. Son quotidien : aider les personnes qui sortent du coma à retrouver leurs capacités cérébrales par une stimulation des cinq sens : odeurs, musique, mouvements. Dans son unité – la seule du genre en Suisse –, les patients tentent de se remettre de leur accident au moyen d’une approche neurosensorielle, à l’instar du coureur automobile Michael Schumacher qui y avait été soigné après sa chute à skis. « Les connexions dans le cerveau entre la prédiction d’une action et sa réalisation concrète sont altérées, détaille Karin Diserens. Notre objectif est de rétablir ce lien en stimulant la création de nouvelles liaisons cérébrales, en insistant notamment sur les zones intactes pour que les progrès se répercutent sur les parties endommagées. » Répétés, familiers, individualisés, les soins thérapeutiques donnent des repères aux patient-e-s.
Contrairement au sommeil ou à une anesthésie, qui sont réversibles à court terme, le coma est un trouble de l’état de conscience sévère et pathologique. Selon l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM), « un-e patient-e dans le coma a les yeux fermés et est dépourvu de réactions cérébrales à des stimuli internes (végétatifs, émotionnels) et externes (douleurs, température) ». Pour établir la profondeur d’un trouble de l’état de conscience, les spécialistes utilisent une modélisation en deux axes. Elle repose sur un axe quantitatif, c’est-à-dire le degré d’éveil ou la capacité de mouvement, et un axe qualitatif, soit la perception et l’interaction avec l’environnement.
« Les raisons du coma peuvent être multiples, explique Andrea Rossetti, professeur associé en neurologie au CHUV. Il peut être dû à un traumatisme (accident de voiture, chute), à une infection (méningo-encéphalite), à une intoxication à des substances (drogues, alcool), à une attaque cérébrale, ou encore à un arrêt cardiaque (qui compromet l’oxygénation du cerveau). Dans tous les cas, plus on agit vite pour prendre en charge la ou le patient-e, plus on diminue ses risques de séquelles au cerveau, améliorant ainsi ses chances de survie. Mais c’est principalement la cause du coma qui détermine le pronostic. »
Mettre le cerveau au repos
Dans le Service de médecine intensive adulte du CHUV, 15 à 20% des patients arrivent dans un état comateux. En dehors de ces cas, il est possible que, dans des situations sévères touchant d’autres organes que le cerveau et nécessitant des gestes invasifs donc très inconfortables, il soit préférable d’endormir les patients. « Dans le cas du Covid-19 par exemple, une partie des patient-e-s gravement atteints étaient placés en coma artificiel afin d’être intubés pour faciliter leur ventilation, détaille le neurologue Andrea Rossetti. Les patients réveillés peuvent en effet avoir des réflexes de toux, de lutte, qui les empêchent d’être soignés correctement. » Une personne dans le coma peut avoir des organes en état de marche, mais aura pratiquement toujours besoin d’un soutien aux soins intensifs. Il faut la nourrir avec une sonde et la mouvoir régulièrement pour éviter les escarres ou des plaies dues à une pression prolongée.
Lors d’un coma artificiel, le cerveau est mis au repos. L’état est similaire à une anesthésie générale. Les médecins utilisent des sédatifs afin que le ou la patient-e perde conscience, des analgésiques pour diminuer ses douleurs, et des curares pour paralyser ses réflexes. Objectif : diminuer la demande d’énergie pour se concentrer sur le reste du corps et combattre l’inflammation ou l’infection qui affecte le patient. « Le coma artificiel est volontairement engendré par des médicaments, précise le professeur Rossetti. La cause est donc claire et il suffit de sevrer le patient pour induire son réveil. »
Le réveil peut néanmoins prendre du temps, complète Nawfel Ben Hamouda, médecin associé au Service de médecine intensive adulte au CHUV : « L’organisme a souvent accumulé de fortes doses de sédatifs. Les réveils de coma sont donc lents et progressifs. Un patient hospitalisé dans un coma induit pendant dix jours mettra par exemple trois à six jours
à se réveiller progressivement. »
La plongée dans le coma d’une personne se caractérise par le fait qu’elle n’arrive plus à interagir avec l’extérieur mais peut conserver une perception de son environnement, des sons et des odeurs par exemple. Toutefois, ces informations ne sont pas toujours traitées par le cerveau. L’incapacité à communiquer du patient empêche parfois le personnel médical de savoir s’il est véritablement conscient ou non. Ainsi, la professeure Diserens explique qu’il subsiste plus
de 30 à 40% de faux diagnostics, c’est-à-dire des situations où le patient ne répond pas et est considéré comme inconscient, mais a pourtant toujours une activité cérébrale supérieure.
Plantes aromatiques, sensation du vent ou du soleil sur la peau : pour aider les patients à recouvrer leurs capacités après un coma, un jardin extérieur thérapeutique de 300 m2
a été spécialement aménagé dans l’enceinte du CHUV. Pour Karin Diserens, « l’augmentation de la stimulation des cinq sens permet de relier les informations des lobes cérébraux et de favoriser l’interaction du patient ainsi que sa capacité de bouger et de communiquer ». Cet espace extérieur permet aussi aux malades de voir leurs proches et leurs animaux de compagnie, première porte d’entrée vers les souvenirs motivant la récupération motrice. Et les résultats sont au rendez-vous : « Nous avons eu une patiente qui a commencé à réagir lorsqu’elle a pu caresser son chien », se souvient Karin Diserens. Cette approche neuro-sensorielle innovante fait ainsi du CHUV un établissement précurseur puisque c’est le seul hôpital de Suisse à avoir développé un tel dispositif thérapeutique.
Un réveil difficile
« Le coma ne peut pas durer éternellement : soit l’état du patient s’aggrave et malheureusement il décède, soit il finit par ouvrir les yeux, explique Andrea Rossetti. Dès lors, son état peut varier, de séquelles légères à l’état d’éveil sans réponse, péjorativement appelé état végétatif (voir encadré). On peut toutefois affirmer que plus la ou le patient-e reste longtemps dans le coma, plus son pronostic sur le long terme est engagé. En effet, la guérison s’avérera souvent difficile et les séquelles profondes. »
Contrairement aux imaginaires des films, « les réveils tardifs sont extrêmement rares », ajoute le professeur.
Les séquelles potentielles sont des troubles cognitifs, autrement dit des difficultés de mémoire, de perception, un ralentissement de la pensée. Il peut aussi s’agir de problèmes de langage, de l’équilibre, de la marche. La question des séquelles reste néanmoins toujours débattue. « Nous n’avons pas un scénario unique puisque tout dépend surtout de la cause du trouble de l’état de conscience, mais aussi de la plasticité du cerveau, de l’âge, de l’état général des patient-e-s », ajoute Andrea Rossetti.
Les patient-e-s qui sortent du coma peuvent également présenter une faiblesse musculaire acquise. « Lorsqu’un patient reste et sédaté, ses muscles ne sont pas sollicités, donc leur masse diminue, développe Nawfel Ben Hamouda. Ces pertes peuvent atteindre 10% de la masse musculaire dès le troisième jour de coma. Tout le monde n’est toutefois pas concerné, la maladie en cause (en particulier les états infectieux), l’âge ou encore la santé physique entrent en ligne de compte. » Une personne jeune aura ainsi probablement plus de facilités à redévelopper ses muscles et à se remettre sur pied rapidement qu’une personne âgée.
Les conséquences des états comateux liés à une atteinte cérébrale (maladie, traumatisme, arrêt cardiaque) sont donc extrêmement variables. Pour Nawfel Ben Hamouda, spécialiste en neuro-réanimation, « la complexité réside dans cette zone grise, se situant entre l’état normal et l’état d’éveil sans réponse. Dans ces situations, nous avons recours à des examens complémentaires et à des évaluations neurologiques. En fonction de ces résultats, des avis des différents spécialistes et des directives anticipées du patient s’il en a préalablement émises, nous discutons, entre collègues et avec la famille, des chances de réveil et des séquelles potentielles. » Les comas peuvent donc prendre des formes et des profondeurs très différentes, mais le pronostic dépend toujours largement de la cause et de la sévérité de l’atteinte.
Les troubles de l’état de conscience
État normal: Activité cérébrale normale
Locked-in («enfermé»): en dépit d’une conscience réelle préservée, le patient ne peut pas bouger au-delà des yeux (verticalement). Cette situation particulière et rare se rencontre par exemple lors d’un AVC du tronc cérébral.
État de conscience minimale: comportements volontaires reproductibles, comme le suivi du regard, réponse à une stimulation émotionnelle.
État d’éveil sans réponse (ou «végétatif»): pas de perception consciente, pas de communication verbale et/ou non verbale, possible réaction réflexe aux stimulations comme les lumières, les bruits, ou les pincements. Les patients ont une alternance d’yeux ouverts et fermés sur la journée.
Coma: abolition de la conscience avec les yeux fermés constamment, aucune interaction avec l’environnement, aucune réaction aux stimulations.
Lorsque le Rhône quitte le lac Léman, en plein centre-ville de Genève, il est contenu entre des rives bétonnées, au bord d’axes routiers et de bâtiments. Mais très vite, à partir du pont du Seujet, le fleuve s’entoure de forêts, entrecoupées par des quartiers résidentiels ou des zones industrielles (cf. encadré). Après le barrage de Verbois, le Rhône change d’allure. Son cours s’élargit, ses abords se montrant de plus en plus sauvages.
Le Rhône se nourrit d’ailleurs de plusieurs affluents, dont, à un kilomètre environ du barrage, l’Allondon, qui mérite qu’on s’y attarde. Pour découvrir toute sa richesse, on peut commencer la balade au Centre Nature du Vallon de l’Allondon, tenu par Pro Natura Genève. Le centre propose de nombreuses activités et informe les promeneurs.
Paysages multiples et uniques
Le vallon de l’Allondon est classé à l’inventaire fédéral des paysages, grâce à ses caractéristiques uniques. «Il est considéré comme le joyau naturel du canton de Genève, évoque Pauline Verdan-Chabray, animatrice du Centre Nature. En effet, l’Allondon est une des dernières rivières du canton à n’avoir quasiment pas été canalisée. Elle a la place de déborder au fur et à mesure des crues, de se créer de nouveaux passages, elle change de visage chaque année.»
Le vallon a pris sa forme actuelle durant la dernière période glaciaire. Des plages de galets, typiques du coin, sont constituées de dépôts glaciaires et fluvio-glaciaires qui ont été érodés, déplacés et remaniés. Le Vallon de l’Allondon est d’ailleurs connu pour l’or alluvionnaire contenu dans ses sédiments déposé par le glacier du Rhône puis érodé par la rivière.
Informations pratiques
La balade peut s’effectuer en toute saison. On accède au Centre Nature du Vallon de l’Allondon avec le bus 74 (arrêt « Malval, centre nature »), qui relie le village de La Plaine à celui de Russin. De manière générale, il faut faire attention de n’emprunter que les sentiers balisés, pour ne pas perturber les milieux sensibles. Les gorges du Roulave ne sont d’ailleurs plus accessibles au public, afin de respecter les êtres qui y vivent. Enfin, sur les rives de l’Allondon, il est conseillé de rester sur les plages de galets, de sorte à ne pas marcher sur la flore.
Durée
Difficulté
Dénivelé
Distance
1h45
facile
150 m
6,7 km
Le caractère propre de la rivière s’observe surtout à partir du pont des Baillets, dans ce que l’on appelle la zone pionnière: la faille de Cruseilles oriente la rivière vers le Sud, ce qui la protège des forts vents. Un microclimat méditerranéen s’est alors créé à cet endroit. Cette zone est d’ailleurs nommée «la petite Provence genevoise». Elle est caractérisée par des prairies sèches.
Ainsi, la flore spécifique qui s’y développe se fait rare aussi, mais reste ainsi bien présente dans le Vallon de l’Allondon, à l’image des orchidées sauvages – il en compte une vingtaine d’espèces, dont le très rare ophrys élevé – etd’autres plantes comme l’arabette scabre. En parallèle de ces prairies sèches, on trouve aussi de grandes forêts sauvages. La région est donc notable pour tous ces aspects.
Des espèces rarissimes en Suisse
Le long de l’Allondon, vous aurez peut-être la chance d’apercevoir un lézard vert, le plus grand que l’on trouve en Suisse, à la couleur fluo. La couleuvre vipérine est aussi bien représentée dans le vallon, alors qu’on l’observe de plus en plus rarement en Suisse. En matière d’oiseaux, le cincle plongeur, ou merle d’eau, ainsi que le martin-pêcheur, s’observent aussi assez facilement et représentent d’excellents bio-indicateurs de la qualité de la rivière, puisqu’ils se nourrissent respectivement de larves d’insectes aquatiques et de poissons qui s’y trouvent.
Le vallon de l’Allondon est également l’un des 23 sites genevois d’importance nationale de reproduction pour les batraciens. Les grenouilles forestières, comme la grenouille rousse ou la grenouille agile, ainsi que le crapaud commun s’y déploient, même si la route qui longe le vallon s’avère passablement mortelle, surtout lors de périodes de pluie. Pour la salamandre tachetée également, le vallon de l’Allondon est l’un des trois derniers sites du canton où la population s’avère viable.
Le vallon du Roulave, témoin de l’histoire géologique
On peut poursuivre son exploration de la région en longeant le vallon du Roulave, lui-même affluent de l’Allondon. Au tout début du chemin, des saules couchés au-dessus du cours d’eau donnent lieu à un tableau assez insolite. «Ils sont arrachés quasiment chaque année, malmenés par les crues, détaille la spécialiste. Mais ils sont très bien adaptés à ce milieu perturbé et peuvent repousser par bouturage. Leurs racines dynamiques tiennent les berges de la rivière, prévenant ainsi l’érosion.» Les castors apprécient d’ailleurs beaucoup ces milieux.
Le vallon du Roulave s’avère d’ailleurs représentatif de l’histoire géologique du bassin genevois, parce qu’il garde des traces des trois formations d’âge et d’origine différents qui ont joué un rôle dans la construction du sous-sol genevois: la molasse rouge, de l’alluvion ancienne et de la moraine provenant de la dernière glaciation. Le vallon compte d’ailleurs quelques grottes, creusées dans la molasse, que l’on peut voir le long du chemin.
Il est possible de rejoindre le point de départ à travers de champs, apercevant de loin le hameau d’Essertines et traversant celui de Malval, dans et autour desquels les domaines viticoles sont légion. La vue du Jura tout proche s’avère également impressionnante.
Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans le web-magazine l’environnement.
La question de l’emploi des seniors révèle un grand paradoxe. Plus de 80% des 433 entreprises sondées en 2024 par le programme AvantAge de ProSenecute Vaud reconnaissent leur expertise et leur savoir-faire. Les employeurs saluent également la contribution des aînés à la diversité générationnelle et à la transmission des compétences. Néanmoins, une large majorité (70%) n’entre pas en matière, ou à certaines conditions seulement, lorsqu’il s’agit d’engager des personnes entre 60 et 65 ans. Et moins d’un quart (24%) dispose de programmes de planification de fin de carrière pour organiser au mieux les années de leurs employés avant la retraite, et au-delà s’ils le souhaitent.
«Ces résultats montrent que les entreprises, en particulier les PME, ne sont pas suffisamment préparées aux départs massifs des baby-boomers, explique Costantino Serafini, responsable d’AvantAge. Trop souvent, les employés partent à la «va-vite», à l’âge de la retraite ou même avant, car leur emploi n’est plus adapté et rien n’est mis en place pour envisager une autre issue.» D’après Economiesuisse, des mesures appropriées permettraient de garantir 37’000 équivalents temps plein par des travailleurs âgés de 65 à 69 ans, d’ici 2025. Un apport intéressant à l’économie du pays, sachant que plus de 295’000 travailleurs à temps plein viendront à manquer d’ici 2035.
Utilité sociale
Toujours plus de seniors souhaitent continuer à travailler au-delà de 65 ans. La part des actifs chez les 65-74 ans atteint désormais 18,8% de la population totale, et même 23% chez les hommes. Entreprise spécialisée en ressources humaines, Interiman Group a lancé une plateforme de recrutement dédiée à ce public. «Plus de 1’000 personnes nous ont contactés, dont un quart n’avaient pas encore atteint les 64 et 65 ans, détaille Frédérique Béguin, responsable des opérations de l’initiative appelée «Activis». Leurs principales motivations étaient de ne pas perdre leur utilité sociale, leurs capacités cognitives, ou encore de ne pas changer de rythme de vie du jour au lendemain. Pour une minorité, des considérations financières entraient en ligne de compte, telles que des rentes trop basses ou des situations de surendettement.»
La responsable d’Activis s’est entretenue avec des personnes aux profils très différents venant de secteurs variés (banque, santé, industrie, bâtiment, etc.). «Certaines étaient très expérimentées. Elles avaient auparavant des postes à responsabilités et cherchaient à faire du coaching de cadres, de l’accompagnement managérial, ou souhaitaient utiliser leurs compétences techniques pour aider à la gestion de projets. D’autres étaient peu qualifiées et prêtes à travailler dans de nombreux secteurs.» Presqu’aucune de ces personnes ne souhaitait travailler à temps plein, ce qui fait écho aux statistiques de l’OFS, selon lesquelles 85% des 65-74 ans actifs œuvrent à temps partiel
Livre de conseils
Un livre blanc, publié le 1er octobre 2025 par AvantAge et incluant des contributions de scientifiques (sociologue et médecin du travail) et d’acteurs de l’économie (Avenir Suisse, l’Union patronale suisse, etc.), cherche à dépasser ce paradoxe entre le potentiel de l’emploi des seniors et la réticence des entreprises. Il encourage par exemple les ressources humaines à instaurer des entretiens de fin de carrière et un suivi individualisé dès 50 ans. Il invite à valoriser les compétences des travailleurs âgés en mettant en place des programmes de mentorat avec leur appui, ainsi que des formations continues. Il propose aussi de créer un cadre inclusif en adaptant les conditions de travail, quand cela est possible et souhaité par les deux parties. Costantino Serafini prend pour exemple les offres de formation. «Il faut réfléchir à proposer les bonnes formations, peut-être que celle à Zurich de 8h à 18h avec seulement 30 minutes de pause, avec l’aller-retour dans la journée, n’est pas la plus adéquate pour tous. Mais le collaborateur senior doit lui aussi avoir accès aux connaissances qui y sont enseignées, par exemple via des cours en ligne ou des horaires plus adaptés.»
«Pour que ça fonctionne avec un vrai contrat de travail et un taux d’activité fixe, il faut bien planifier en amont les besoins de l’employeur et cerner les disponibilités et capacités de la personne intéressée», juge Frédérique Béguin. La responsable des opérations évoque divers succès de son programme, comme cet infirmier qui a été embauché à 50% dans un EMS, ou le recrutement d’un collaborateur administratif et d’un chauffeur recherché par un CEO romand.
Il convient en outre de réfléchir à la manière dont ces employés seniors peuvent servir au mieux la «silver economy», soit les produits et services répondant aux besoins des 50 ans et plus. «Il est souvent préférable d’avoir un banquier aux cheveux gris, plutôt qu’un jeune tout droit sorti d’HEC, même si ce dernier peut être tout aussi pointu sur les questions fiscales, souligne Jérôme Cosandey, ancien responsable de la politique sociale d’Avenir Suisse, dans un chapitre du livre dédié à cette thématique. Il en va de même pour l’achat d’appareils techniques ou des rénovations: les clients âgés préfèrent souvent être servis par des travailleurs plus âgés qu’eux, jugés plus aptes à comprendre leurs besoins.
Combattre les préjugés
Même lorsque les besoins du candidat senior et de l’employeur paraissent compatibles sur le papier, il faut réussir à lever les réticences des entreprises, selon Frédérique Béguin. «Les employeurs se montrent encore méfiants, car ils présupposent l’absence de compétences en nouvelles technologies et ne veulent pas organiser de formations comme ils le feraient avec un collaborateur plus jeune. Ils craignent parfois que les conditions physiques ne soient pas assez bonnes.» Dans sa liste des erreurs à éviter, le livre blanc met en garde contre d’autres préjugés, comme celui des seniors trop coûteux. Les cotisations de 9% à la LPP sont certes un peu plus élevés jusqu’à 65 ans, mais elles disparaissent au-delà, tout comme celles à l’assurance-chômage.
Il incombe alors aux départements RH de faire changer l’image des collaborateurs seniors, selon Martine Gauderon Alec et Emilie Joret du cabinet de recrutement Alec Allan et Associés. «Pour contrebalancer le jeunisme prévalant dans certains secteurs, comme celui des nouvelles technologies, les RH doivent s’engager à changer de cap. Il s’agit par exemple de rappeler que cette génération a des connaissances, une rigueur de travail, un calme et le ‘cuir solide’. Ces atouts sont précieux dans des négociations avec la clientèle ou une période de turbulences économiques.» Les chasseuses de tête pensent en outre que le respect d’un équilibre générationnel pourrait devenir un critère pertinent au sein des entreprises souhaitant montrer leur respect des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans le magazine PME.
5 conseils pour préparer son véhicule à la route des vacances
En 2026, plus de la moitié des Suisses partiront en vacances avec leur propre voiture. La plupart des vacanciers anticipent la préparation de leur séjour plusieurs mois à l’avance (80% avec plus d’un mois). Mais comment s’assurer de ne rien avoir oublié? Trois experts livrent leurs conseils pour une check-list complète.
Vérifier tous les paramètres techniques
Pneus bien gonflés, phares fonctionnels, réservoirs de liquide bien rempli, les préparatifs techniques sont indispensables. «Si le dernier service remonte à quelque temps, un contrôle vacances dans un garage est conseillé», dit Stefanie Gilgen, cheffe de projet sécurité routière au sein de l’Automobile Club de Suisse (ACS). Même avec un véhicule régulièrement inspecté, certains paramètres doivent être suivis de près. «Nous recommandons de vérifier la pression des pneus tous les deux pleins. Presque chaque station-service dispose d’un gonfleur. L’appareil indique la pression et permet de l’ajuster si besoin. En cas de regonflage, l’opération prend 5 à 10 minutes pour les quatre pneus», indique Laurent Pignot, porte-parole du TCS en Suisse romande. Pour connaître la pression adéquate pour sa voiture, il faut consulter la notice, qui indique généralement deux valeurs: à vide et avec un chargement important. «Si on part avec le coffre rempli et des passagers, il vaut mieux se calquer sur la pression recommandée avec pleine charge.» Pour vérifier l’état du revêtement extérieur des pneumatiques, le mieux est de sonder la profondeur des rainures. Pour cela, le plus simple est d’y poser une pièce de 2 francs à la verticale et regarder côté face. «Si le socle d’Helvetia est totalement recouvert par la rainure du pneu, alors tout est en ordre. Autrement, il faut envisager un remplacement.» Ensuite, il est conseillé de passer en revue tous les liquides: refroidissement, essuie-glaces et huile moteur. Attention également à la batterie, qui fournit l’énergie pour le démarrage, les phares, l’autoradio ou les essuie-glaces. «Sa durée de vie s’élève en général à 5 ans. Sur les véhicules qui servent souvent à des petits trajets, il se peut qu’elle soit usée. Avant d’entamer un long voyage, nous recommandons de vérifier son état assez tôt pour pouvoir la remplacer si besoin», dit Laurent Pignot.
Bien planifier son itinéraire
Les outils en ligne comme Google Maps ou le planificateur du TCS constituent un moyen fiable d’estimer la durée du trajet, mais aussi d’obtenir des tracés alternatifs et des estimations de coûts de péage, qui peuvent parfois se chiffrer en centaines de francs, notamment en France et en Italie. «Quelques jours avant le départ, il faut aussi consulter les plateformes de prévisions de trafic, comme Bison Futé en France ou ‘Autostrade per l’Italia’ en Italie.» Contrairement aux cartes numériques qui reprennent les informations en temps réel, ces sites fournissent de précieuses informations en amont, comme la présence de travaux ou les risques de bouchons liés aux départs en vacances dans les pays voisins. Aux dates d’affluence majeure, il peut être difficile d’échapper aux ralentissements, surtout si le trajet emprunte des tunnels où le trafic s’écoule au compte-goutte. Les experts déconseillent par ailleurs de céder à la tentation d’emprunter les petites routes. «Les itinéraires alternatifs n’offrent pas nécessairement un gain de temps et traversent souvent des localités. Dans la plupart des cas, il est préférable de rester sur les grands axes», souligne Stefanie Gilgen.
Eau, nourriture, jeux et repos
Plutôt que de chercher à contourner les embouteillages, mieux vaut donc les anticiper pour ne pas être pris de cours au cas où ils se manifestent. «Le mieux est de toujours prévoir au moins 1 litre d’eau par personne, et de quoi manger en attendant de repartir. En présence d’enfants, pensez au divertissement, et emportez des jeux», conseille Laurent Pignot. Lorsque la route est dégagée, un arrêt toutes les deux heures s’impose. «Même sans sensation de fatigue, au bout de 2 heures, le cerveau s’habitue et perçoit son environnement en deux dimensions au lieu de trois. En cas d’imprévu, le temps de réaction s’allonge, ce qui peut conduire à un accident.»
«Ne jamais signer un document qu’on ne comprend pas»
Et justement, en cas d’accrochage à l’étranger, comment réagir? «En plus du protocole habituel de sécurisation des lieux et d’alerte des secours en cas de besoin, il faut remplir le constat d’accident européen, un formulaire uniformisé identique dans toutes les langues», dit Stefanie Gilgen, de l’ACS. Avant de prendre la route mieux veut donc se fournir ce document gratuitement auprès de son assureur, et d’en avoir toujours un à portée de main dans la boîte à gants. «Il est important de ne signer aucun document dont on ne comprend pas le contenu. Même en cas de dommages mineurs, une documentation précise est essentielle: prenez les dégâts en photo et relevez les coordonnées de personnes impliquées et des témoins. Ensuite, on peut contacter son assurance ou son service d’assistance, le plus vite possible.»
Autocollant «CH» et extincteur
En principe, le gilet et le triangle de panne sont obligatoires dans tous les pays européens. Pour les véhicules immatriculés en Suisse, il faut aussi compter avec l’autocollant «CH», obligatoire hors des frontières helvétiques. «Tous les pays l’exigent en théorie. En Italie, les contrôles sont particulièrement fréquents et les amendes assez courantes», prévient Laurent Pignot. «Chaque pays a ses spécificités. La France a retiré l’obligation de disposer d’un éthylotest dans chaque véhicule en 2020, il existe encore beaucoup d’obligations, parfois étonnantes.» La Grèce, la Pologne et la Roumanie exigent de disposer d’un extincteur. En Autriche et en Hongrie on doit avoir des trousses de premiers secours à bord, et en Espagne, c’est même un petit gyrophare d’urgence qui est exigé. Sur leurs sites internet, le TCS et l’ACS proposent tous deux de plus amples informations sur les équipements obligatoires.
Porte-vélos: mode d’emploi
Emporter ses vélos avec soi en vacances requiert le plus souvent d’équiper son véhicule d’un porte-vélos extérieur. «Les plus recommandables sont généralement les porte-vélos posés sur le crochet d’attelage ou sur le haillon du véhicule», dit Mathieu Grésy, gérant du magasin Ciclissimo à Roche (VD). «La prise en main est plus aisée car elle ne requiert pas de monter le deux-roues sur le toit de la voiture. La présence de vélos sur le toit diminue également l’aérodynamisme et augmente la consommation.» Toutefois, les porte-vélos sur crochet d’attelage sont souvent plus onéreux. «Si on ne dispose pas déjà d’un crochet, le montant total risque de s’élever à plusieurs milliers de francs.» Pour une installation neuve et fiable, comptez entre 400 et 1’200 francs pour l’installation d’un porte-vélo en fonction du type, de la gamme et des fonctionnalités.
Une version de cet article réalisé par Large Network est parue dans la Tribune de Genève et dans «24 heures».