LATITUDES

La médecine traditionnelle, joyau de la Chine

L’Empire du Milieu se livre à une promotion active de sa médecine traditionnelle dans le monde entier et encourage vivement sa modernisation.

Plantes médicinales, acupuncture, ventouses, gymnastique thérapeutique Qi Gong… La médecine traditionnelle chinoise (MTC) représente un monde fascinant et mystérieux aux yeux des Occidentaux. La population chinoise privilégie encore largement ces pratiques ancestrales sophistiquées. En 2018, plus d’un milliard d’individus se sont soignés de cette manière selon des chiffres livrés par la Commission nationale de la santé du pays. Cet engouement s’observe également dans l’augmentation constante du nombre de praticiens et d’établissements médicaux. Au total, la Chine compte désormais 715’000 professionnels pour 61’000 lieux de soins traditionnels. Remboursée dans le pays et moins chère que les médicaments occidentaux, la MTC représente un marché d’environ 50 milliards de dollars.

Mais cette pratique vieille de deux millénaires n’oppose pas forcément de réticences aux technologies contemporaines encouragées par le gouvernement central chinois. Il n’est ainsi pas rare de trouver des hôpitaux dédiés à la MTC avec échographies, scanners et IRM en Chine comme dans d’autres pays où elle a été importée. «Si un patient se sent incommodé  par les aiguilles, il est possible d’utiliser des stylos avec des faisceaux laser afin d’agir sur les points d’acupuncture des méridiens ou en auriculothérapie», explique Sylvie Maury-Crouail, praticienne depuis douze ans  à La Chaux-de-Fonds et membre de l’Association professionnelle suisse de MTC. Cette ancienne infirmière puéricultrice a également recours à de l’électrothérapie basse fréquence en cas de muscles tétanisés.

Pour faciliter la promotion de la médecine chinoise, le gouvernement central souhaite légitimer ses approches à travers des travaux scientifiques. «Des recherches scientifiques chinoises ont pu mettre en évidence et apporter la preuve  de l’existence des méridiens et des points d’acupuncture», souligne Sylvie Maury- Crouail. En parallèle, les praticiens modernisent la pharmacopée ou les ingrédients d’origine animale. Provenant parfois d’espèces menacées, les composants sont remplacés par des produits de synthèse ou par des produits occidentaux.

Les défenseurs de la médecine traditionnelle chinoise ont remporté une grande victoire. Depuis 2018, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) inclut dans son recueil des données sur les médecines traditionnelles, dont la MTC. Cette décision, qui a suscité de vives critiques de scientifiques occidentaux, témoigne de l’importance grandissante de ces méthodes qui s’exportent de plus en plus.

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À lire

Antonio Garrido «Le lecteur de cadavres» (Le Livre de Poche, 2015)
L’auteur espagnol Antonio Garrido retrace dans ce roman la vie de Long Si, le premier médecin légiste qu’a connu la Chine. Au XIIIe siècle, le jeune homme était le premier à analyser les cadavres afin de connaître les causes de la mort. Une plongée dans la Chine médiévale et les débuts de la médecine légale.

National Geographic «Les promesses de la médecine chinoise» (Janvier 2019)
Dans ce dossier, le célèbre mensuel National Geographic montre l’influence grandissante de la médecine traditionnelle chinoise sur la médecine occidentale. L’enquête met notamment en avant les pratiques de l’acupuncture, du Qi Gong et du Tai-Chi-Chuan et leur combinaison avec des procédés comme la chimiothérapie.

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Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans In Vivo magazine (no 18).

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