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Prolonger la vie des greffes d’organes

L’allongement de l’espérance de vie pose des problèmes inédits pour les transplantations. Des recherches visent à limiter l’obsolescence de ces organes.

Les principales causes de décès des patients greffés sont le rejet et les infections. Après une transplantation, le système immunitaire du receveur s’attaque inévitablement à l’organe transplanté, reconnu comme étranger à l’organisme. Cette réaction peut provoquer des lésions suivies d’une perte progressive de fonction qui équivaut à un rejet. «Les traitements immunosuppresseurs ont pour but de limiter ces attaques, explique Manuel Pascual, médecin-chef du Service de transplantation d’organes du CHUV et directeur médical du Centre universitaire romand de transplantation. Mais, si l’immunosuppression est trop puissante, elle affaiblit le système immunitaire de manière globale et le risque d’infections ou de certaines tumeurs augmente.»

C’est la raison pour laquelle des stratégies alternatives sont à l’étude. L’une d’elles consiste à «éduquer» le système immunitaire de manière à ce qu’il considère l’organe greffé comme faisant partie de l’organisme en induisant une tolérance à ce corps étranger. «On pourrait alors diminuer les médicaments, voire peut-être les supprimer complètement, et on se retrouverait dans la situation du ‘vieillissement’ normal d’un organe. Si la recherche avance, cette stratégie ne sera probablement pas utilisable chez l’être humain avant dix ou quinze ans», prédit Manuel Pascual.

Dans l’intervalle, la prise régulière d’un traitement immunosuppresseur adapté reste donc cruciale pour que l’organe greffé fonctionne bien et longtemps. «Ces quinze dernières années, d’énormes progrès ont été faits pour trouver la juste dose entre prévention du rejet et absence d’infections», explique Manuel Pascual. Néanmoins, un organe greffé n’atteindra en principe jamais une durée de vie équivalente à celle qu’il aurait eue chez le donneur. «Toutes les greffes n’ont pas la même espérance de vie: un poumon dure en moyenne six à dix ans, un rein quinze à vingt ans, précise Christian Van Delden, responsable de l’Unité d’infectiologie de transplantation des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). L’organe qui survit le mieux est le foie.» L’état de santé général et l’hygiène de vie du donneur comme du receveur ont également une grande influence sur la qualité et donc la longévité de la greffe, ainsi que les facteurs de risques usuels: hypertension, obésité, alcool ou tabac. «Le manque d’organes nous oblige à les accepter de plus en plus âgés ou ‘marginaux’ (prélevés sur des personnes souffrant de pathologies comme le diabète et l’hypertension, ndlr)», explique Manuel Pascual.

L’emploi de ces organes de moindre qualité, associé à l’augmentation de l’espérance de vie, pourrait-il rendre nécessaire une éventuelle seconde transplantation chez un même patient, avec les risques et les coûts financiers que ces opérations complexes impliquent? «Cela arrive rarement, mais il faut mentionner que l’alternative serait de rester en liste d’attente avec les complications liées au traitement de dialyse (pour le rein), ou de décéder en liste d’attente faute d’avoir trouvé un organe à temps (pour le cœur, poumon ou foie)», souligne Manuel Pascual.

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Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans In Vivo magazine (no 17).

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