KAPITAL

Neuchâtel, un canton à l’économie réinventée

Ces trente dernières années, le canton a misé sur la haute valeur ajoutée et la technologie de pointe.

Une version de cet article réalisé par LargeNetwork est parue dans PME Magazine.

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Berceau de l’horlogerie, le canton de Neuchâtel a, en trois décennie, été le terrain de constants et profonds renouvellements. Après la grande crise horlogère des années 1980, le canton de Neuchâtel, 180’000 habitants, a diversifié son tissu économique. En restant fidèle à son héritage horloger et à sa tradition de terre industrielle (l’industrie représente 40% de son PIB), il a joué la carte du haut de gamme, en se tournant résolument vers l’export. «Le canton contribue à hauteur de plus de 20% à l’excédent de la balance commerciale du pays», souligne Jean-Kley Tullii, chef du Service de l’économie du canton.

«Nous nous sommes concentrés sur les produits de niche, à haute valeur ajoutée, et la technologie de pointe», renchérit Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d’Etat neuchâtelois en charge de l’économie. Dans le secteur de l’horlogerie (18% du PIB), les règles ont changé, avec des produits alliant les nouvelles technologies à un savoir-faire traditionnel et artisanal. Aux côtés de l’horlogerie, d’autres secteurs se sont beaucoup développés, dans un environnement marqué par la centralisation des compétences en matière de recherche appliquée, autour de Microcity (antenne de l’EPFL), du CSEM (Centre suisse d’électronique et de microtechnique), de l’Université de Neuchâtel ou de la Haute École Arc.

Parmi les branches gagnantes: la pharmacie (le niveau des exportations dans ce secteur dépasse désormais celui de l’horlogerie), les med tech, la microtechnique, la microélectronique, le photovoltaïque de pointe, et plus récemment la blockchain et la fintech. «Nous sommes présents sur toutes les grandes aventures technologiques», résume Jean-Nathanaël Karakash. Le conseiller d’Etat souligne que l’emploi industriel a progressé ces dernières années et que le taux de chômage (4,4%), qui était l’un des plus élevés de la Suisse, a baissé. Avoir une économie qui se réinvente en permanence rend toutefois plus sensible aux aléas conjoncturels. «Quand la conjoncture économique est favorable, nous en profitons davantage.»

L’industrie 4.0 constitue la prochaine étape pour ce canton qui a vu partir certains grands groupes internationaux. Il a désormais fait le choix de cibler ses efforts sur les entreprises déjà présentes sur son territoire. «Notre écosytème industriel va se renforcer, des secteurs d’activités différents vont collaborer, car certaines compétences seront les mêmes», assure Nicolas Babey, professeur et doyen de l’Institut du management des villes et du territoire à la Haute École Arc.

Reste un paradoxe à résoudre: «Le canton de Neuchâtel est un modèle de vertu, avec une grande concentration de savoir-faire, mais il n’arrive pas à garder sa substance financière», déplore Nicolas Babey. L’an dernier, la population du canton a diminué de 1142 personnes, principalement au profit de communes bernoises et fribourgeoises situées à proximité immédiate, aux conditions fiscales plus avantageuses. «Nous aimerions essayer de tirer un peu mieux parti du potentiel généré ici», admet Jean-Nathanël Karakash.