Un magazine qui fait le pari du slow journalisme

Les deux reporters suisses Delphine Riand et Maxime Fayet fabriquent de toutes pièces et à leur rythme la revue «Immersions».

Par Blandine Guignier

Prendre le temps de se fondre dans le décor, d’observer, de noter le petit détail qui a son importance. A chaque numéro de la revue Immersions, les journalistes Delphine Riand et Maxime Fayet proposent une plongée dans une région, un quartier ou encore une thématique différente. Ils ont déjà publié quatre éditions, soit près de 200 pages de textes et d’images. La dernière, parue fin 2018, baigne le lecteur dans la musique suisse. Elle réalise un grand écart entre la Chorale du Brassus et les rappeuses helvétiques, entre le folklore appenzellois et les espaces autogérés romands tels que L’Usine à Genève.

Sur fond de digitalisation et de crise de la presse, lancer un nouveau magazine papier en aurait découragé plus d’un en 2016. Et pourtant, les deux Romands, alors âgés de 25 et 26 ans, ont parié sur un journalisme lent et différent. «Prendre un angle original pour traiter un sujet déjà connu ou oser un mélange des genres, avec de la poésie ou de la photographie d’art par exemple, nous motivent», souligne Delphine.

Etudiants de l’Académie du journalisme de Neuchâtel à l’époque, ils souhaitaient aussi devenir leur propre patron. «Nous voulions faire nos propres expériences et développer des compétences», explique la Valaisanne. Un côté artisanal qui a marqué le numéro 0 sur le Val d’Hérens, paru en avril 2017: «De la rédaction aux photos, en passant par l’édition ou l’identité visuelle, nous avons tout réalisé nous-mêmes, précise Maxime, aussi photographe. Il nous manquait seulement l’argent pour l’impression, que nous avons levé grâce à un crowdfunding et l’organisation d’une raclette géante en Valais.»

Avec cette belle «carte de visite», les acolytes ont chacun trouvé un poste, chez 20 Minutes Web pour elle et dans un service de communication pour lui. Mais pas question d’arrêter Immersions: «Nous ne travaillons qu’à 80 et 70% afin de réserver du temps pour le magazine», détaille le Vaudois. Le duo écoule peu à peu, en librairie et sur son site web, les 3500 à 4000 exemplaires de chacun des numéros. Intemporels, ces derniers peuvent rester en rayon des années. «La bouche-à-oreille marche bien. L’important maintenant n’est pas d’en faire notre gagne-pain, mais d’avoir du plaisir et de faire vivre la revue aussi longtemps que possible.»