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Architecture: retour à l’organique

Pour répondre aux défis du développement durable, les architectes romands remettent à l‘honneur le bois, la terre ou même la paille. 

L’innovation en architecture passe par les matériaux naturels. «Revenir aux basiques comme la paille pour la construction peut paraitre anachronique, mais cela fait beaucoup de sens: c’est un processus entièrement écologique», dit Antoine Hahne, architecte associé chez Pont 12 à Lausanne, qui a édifié une habitation à l’isolation en paille dans le canton de Vaud. «La paille est un matériau qu’on trouve localement, dans les champs. Une fois associée à du crépis fait de terre, elle permet de construire la structure d’un bâtiment.» Des compositions similaires, en terre et en paille, ont aussi été utilisées en 2011 pour la construction du bâtiment administratif ECO46, érigé à l’entrée du centre horticole de la Bourdonnette, à Lausanne.

Cette évolution vers une architecture plus verte s’inscrit dans les objectifs du développement durable, visant notamment à diminuer les dépenses d’énergie. En 2012 le secteur du bâtiment était responsable de 46% de la consommation globale d’énergie du pays selon la Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA). Un mouvement qui répond aussi à la loi fédérale de 2011, qui veut réduire les émissions de CO2. Les matériaux végétaux permettent de limiter cette pollution, puisqu’ils consomment peu d’énergie grise, soit le coût énergétique nécessaire à la production puis au recyclage des matériaux.

Le bois incontournable

Le bois reste le matériau durable favori des architectes. «On peut tout faire avec le bois, les possibilités de construction sont infinies. Il permet l’isolation, le confort et l’esthétisme», explique Fabrice Macherel, directeur associé chez Lutz Architectes. Ce cabinet situé à Givisiez près de Fribourg travaille le bois depuis plus de 40 ans. La question du développement durable est essentielle dans l’activité du bureau fribourgeois. «Il est impératif de trouver des solutions à faible consommation d’énergie et de ressources. Le bois est le choix idéal pour construire dans le respect de l’environnement, puisqu’il pousse avec la seule énergie du soleil. En terme d’émission de CO2, le bois permet de rester neutre puisque c’est un matériau qui absorbe le gaz carbonique pour sa croissance, contrairement au béton qui en dégage et qui demande beaucoup d’énergie pour sa fabrication».

Grâce à de nouvelles normes de protection incendies, il est aujourd’hui possible de construire sur plusieurs étages en bois, à l’instar du siège du groupe de presse Tamedia à Zurich. D’une hauteur de sept étages, il a été conçu par l’architecte japonais Shigeru Ban et réalisé à partir de 2’000 m3 d’épicéa.

Terre crue, papier et champignons

L’architecture durable mise également sur les matériaux recyclés. Les déblais d’excavation peuvent par exemple être transformés en briques. Les cailloux sont enlevés de la terre crue qui est ensuite pressée puis stabilisée avec l’ajout de moins de 5% de ciment. Il est également possible d’utiliser la cellulose de journaux recyclés pour cloisonner une bâtisse, ou encore des fibres naturelles, de bois ou de chanvre qui une fois tissées constituent une laine naturelle et isolante.

Réfléchir de manière plus durable n’est pas une contrainte pour Antoine Hahne, architecte chez Pont 12. «Ces constructions ont une meilleure durabilité, et le confort que ces maison plus écologiques peuvent apporter est un réel atout, notamment  grâce à une qualité d’air supérieure».

L’idéal de l’architecture durable, ce sont les constructions à zéro watt, soit des maisons dites passives énergétiquement. Cela implique de mobiliser des solutions technologiques inédites, comme par exemple la création de fenêtres dont la superficie de vitres module en fonction de l’exposition au soleil. Pour suivre les saisons, les carreaux deviennent opaque en pleine exposition pour se protéger des rayons, puis transparents quand l‘intérieur a besoin d’être chauffé. L’architecture peut répondre aux défis du développement durable en s’inspirant des produits naturels, des techniques artisanales et des technologies de pointe.

Un moyen insolite d’isolation émerge aux Etats-Unis: les champignons. Les mycéliums, soit la partie souterraine du champignon, sont séchés et peuvent constituer un matériau très résistant pour la construction. Encore peu répandue en Suisse, cette technique montre une tendance vers une architecture utilisant de plus en plus les matériaux naturels.

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Une version de cet article est parue dans Entreprise Romande.