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MOOCs: le défi africain

Les cours en ligne peuvent généraliser l’accès à l’éducation supérieure. Mais ils doivent encore être intégrés à des universités locales pour permettre aux étudiants africains de trouver un emploi.

Suivre des cours issus des meilleures universités de n’importe où dans le monde grâce à des plateformes éducatives interactives: telle était la promesse des MOOCs («Massive Open Online Courses») lorsqu’ils ont conquis le monde académique il y a maintenant 6 ans. L’engouement provoqué – le New York Times titrait «The Year of the MOOC» en novembre 2012 – était accompagné de l’espoir de rendre l’éducation plus accessible dans les pays en voie de développement.

Cet espoir était surtout dirigé vers l’Afrique où seulement 6% des jeunes en âge d’étudier sont inscrits dans un établissement universitaire (en comparaison, l’Europe de l’Ouest affiche un taux de 72%). Le problème risque encore de s’accentuer à l’avenir puisque la population croissante (la moitié des pays africains doublera sa population d’ici à 2050) augmente le besoin en moyens d’enseignement.

Dans ce contexte, les MOOCs semblent offrir tous les avantages: ces cours en ligne sont gratuits, ils diffusent un enseignement de haute qualité, il peuvent être actualisés aussi souvent que nécessaire et leur potentiel de diffusion n’a pas de limite. Alors pourquoi sont-ils encore si peu utilisés dans les pays africains?

En 2014, à peine 2% des 30 millions d’usagers que comptait le leader de l’enseignement en ligne Coursera venaient d’Afrique. Cette proportion modeste s’explique notamment par les connexions à internet, encore peu développées sur le continent africain: 35% contre presque 60% en moyenne globale. Autre obstacle à la généralisation des MOOCs en Afrique: les étudiants qui se forment par ce biais obtiennent des diplômes qui ne sont pas reconnus sur le marché du travail. Leur utilité pour trouver un emploi est donc mis en question.

Les étudiants européens sont d’ailleurs confrontés au même problème mais les conséquences pour eux sont moins graves. «La plupart des usagers de MOOCs dans les pays développés ont déjà un diplôme universitaire. Ils utilisent donc ces cours pour compléter leur formation à distance», dit Dimitrios Noukakis, chef du programme «MOOCs Afrique» à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL).

Comment dès lors adapter les MOOCs pour permettre à leurs utilisateurs africains de trouver le chemin vers l’emploi? En intégrant ces cours en ligne aux infrastructures existantes, c’est-à-dire en les offrant aux universités locales. C’est l’approche qui a été adoptée par l’EPFL dès 2013 avec le programme MOOCs4DEV. L’institution lausannoise a été la première université européenne à développer de tels partenariats avec ses consoeurs d’Afrique sub-saharienne.

«Les universités partenaires peuvent intégrer nos MOOCs dans leurs cours, explique Dimitrios Noukakis. Leurs étudiants ont ainsi accès aux mêmes contenus que les nôtres ou que l’ensemble des usagers connectés via des plateformes comme edX. En parallèle, nous développons aussi des contenus spécifiques pour les besoins locaux».

Avec succès: 28 MOOCs conçus par (ou avec le soutien de) l’EPFL sont actuellement utilisés dans une quinzaine d’universités, touchant plus de 6000 étudiants.

Wanted: MOOCs africains

Les institutions académiques qui intègrent des MOOCs dans leur formation ne sont pas nécessairement des universités traditionnelles, avec tables et chaises dans des salles de classe. Elles peuvent aussi être des universités virtuelles qui proposent des études à distance. «Les jeunes, et particulièrement les jeunes femmes, en dehors des grandes villes peuvent ainsi accéder à un diplôme universitaire.» L’exemple de l’Université virtuelle du Sénégal (UVS) est éloquent. Créée en 2013 avec une première promotion de 2000 étudiants, elle en compte aujourd’hui plus de 15’000. De nombreux MOOCs de l’EPFL, comme un cours de programmation, font partie des enseignements proposés. De plus, pour assurer l’accès de leurs étudiants à ces contenus, l’UVS leur fournit un ordinateur ainsi qu’un accès à internet.

A terme, les universités africaines pourront développer de tels modèles de manière autonome, c’est-à-dire sans recourir aux enseignements d’institutions occidentales. Pour l’instant, cependant, seules les universités d’Afrique du Sud ont les moyens de créer leurs propres MOOCs. L’Université du Cape (UCT) par exemple a conçu 14 de ces formats, disponibles sur les plateformes Coursera et FutureLearn. «Réaliser un MOOC coûte trop cher pour la plupart des universités du continent», explique Janet Small, Course Development Manager à l’UCT.

Même si ses cours sont encore peu utilisés par des étudiants africains (ils ne constituent que 16% des 160’000 utilisateurs dans le monde), Janet Small se montre optimiste: «Le concept est encore méconnu. Mais je vois un grand potentiel à l’avenir pour des gens n’ayant ni l’argent, ni le temps pour faire des études dans une université et qui souhaitent simplement acquérir quelques compétences de base.»

L’axe Rwanda – Etats-Unis

Un modèle purement africain qui intègre des MOOCs dans son enseignement tout en proposant des diplômes reconnus a vu le jour en 2013 à Kigali (Rwanda) avec le programme Kepler. Trois filières sont proposées: le management en entreprise, la communication et le management dans le domaine de la santé. «Nos étudiants travaillent sur des projets créés par nos partenaires de l’Université du sud du New Hampshire aux Etats-Unis et ils reçoivent le feedback de la part de son équipe académique. Sur place, ils étudient avec des chargés de cours de Kepler», dit Teppo Jouthenus, vice-president of academic affairs.

En plus de ces cours, l’établissement propose des modules utilisant des MOOCs d’autres universités internationales. Ces modules exigent toutefois un travail d’accompagnement intense de la part des chargés de cours de Kepler. Les MOOCs peuvent enrichir des contenus académiques, mais Teppo Jouthenus estime qu’ils ne peuvent pas assurer à eux seuls une formation complète. «La discipline est souvent une barrière – beaucoup de MOOCs demandent d’étudier de manière indépendante, ce qui n’est pas toujours évident pour les étudiants en début de parcours».

Kepler compte aujourd’hui plus de 600 étudiants répartis sur deux campus – à Kigali et dans le camp de réfugiés de Kiziba, qui accueille surtout des personnes venant de la République démocratique du Congo. Selon Teppo Jouthenus, 90% des étudiants trouvent un travail dans les six mois suivants le diplôme.

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aCar: les études grâce à la mobilité

Avoir accès à l’éducation peut aussi être pour les Africains une question de mobilité. Pour ceux qui habitent loin des villes, aller à l’école ou à l’université est souvent compliqué à cause du manque d’infrastructures. La solution passe bien sûr par le développement de transports publics, mais une mobilité individuelle à bon marché peut également favoriser l’accès aux études. C’est dans cette optique qu’a été développé le projet «aCar» de l’Université technique de Munich.

Son principe: proposer une petite voiture aux Africains, et notamment aux étudiants, qui soit accessible financièrement (moins de 10’000 euros). Cette voiture électrique est modulable – et donc adaptable à différents besoins – et tout-terrain.

Le premier prototype a été testé avec succès au Ghana en 2017. En ce moment, les premiers modèles pour la vente sont fabriqués près de Munich. D’ici à 2020, 1’000 exemplaires devraient voir le jour, avec, à terme, une production en série en Afrique.

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Une version de cet article est parue dans le magazine en ligne Technologist, qui traite l’actualité de la recherche et de l’innovation en Europe.