LATITUDES

Être malade de Crohn et maman

Valerie Bopp, 35 ans, souffre de la maladie de Crohn depuis l’an 2000. Elle est aujourd’hui mère d’une petite Amelie, âgée de 16 mois, et ne regrette pas d’avoir franchi le pas.

«Sachant que j’étais touchée par la maladie de Crohn, lorsque j’ai commencé à avoir des envies de grossesse, j’ai un peu hésité. J’avais assisté à un congrès destiné aux patients, où on nous avait dit qu’il fallait arrêter son traitement lorsque l’on était enceinte. Cette perspective m’a fait peur et dans un premier temps, j’ai renoncé. J’étais très déstabilisée. Et puis, je me suis rendue à l’Inselspital de Berne, pour une consultation. Là, le corps médical m’a expliqué que je pouvais continuer mon traitement pendant la grossesse. Après de longues discussions, rassurés, mon mari et moi avons décidé de nous lancer.

Je suis tombée enceinte après deux semaines. C’est à ce moment que je me suis demandé ’Comment vais-je l’annoncer à ma famille?’ Mes proches me soutenaient, mais beaucoup croyaient que cela pouvait être dangereux d’être enceinte avec une maladie inflammatoire de l’intestin. Ma grossesse s’est bien passée, sans douleur particulière. J’avais une confiance aveugle dans le corps médical de l’Inselspital, ainsi que dans celui du Frauenspital de Berne. Cependant, comme ma grossesse était considérée comme ’à risque’, j’ai été un peu plus surveillée qu’une autre femme. J’ai dû accoucher par césarienne, parce que le bébé se présentait par le siège. J’ai pu allaiter mon enfant de façon tout à fait normale.

Aujourd’hui, ma vie est redevenue comme avant. Je sens naturellement que la maladie est toujours encore présente, mais je suis en bonne santé. Malgré une poussée en janvier, mon état reste très stable. Quand la maladie se manifeste, je me sens vraiment fatiguée et faible. Ce n’est pas évident avec la présence d’un bébé. Mais l’arrivée d’un nouveau-né est de toute façon bouleversante, pour n’importe quelle femme.

Amelie se porte très bien. Elle a peut-être un petit risque supplémentaire d’avoir une maladie comme la mienne, mais au moins je saurai comment l’aider, et elle saura comment cela se passe. C’est vrai que lorsqu’elle a la diarrhée, cela me stresse particulièrement. Après, je me dis que le risque est partout. Pour le moment, nous ne pensons pas avoir de deuxième enfant, pas à cause de la maladie de Crohn, mais parce que nous sommes pleinement engagés dans la reprise de l’entreprise familiale. Peut-être qu’il y aura un deuxième enfant plus tard, à un moment moins stressant.

Pour les femmes qui craignent de tomber enceinte, je n’ai qu’un conseil: trouvez le médecin avec lequel vous vous sentez en confiance. Si ma grossesse s’est bien passée, c’est aussi parce que j’étais détendue, en sachant que j’étais entre de bonnes mains.»

_______

Une version de cet article est parue dans SwissIBD Insight (no 1/2018)