La Ferrari de la génétique

La mouche «Drosophila melanogaster», à la reproduction rapide, est un modèle de choix pour l’étude des gènes.

Par Martine Brocard

La reine du campus, c’est elle. «Drosophila melanogaster», que l’on appelle vulgairement la mouche du vinaigre, est un moucheron de quelques millimètres qui se nourrit de fruits pourris. Quelque 10 millions d’individus peuplent ainsi l’EPFL et l’Université de Lausanne (UNIL).

«Grâce à sa petite taille, sa fécondité et son adaptabilité, elle est très facile à cultiver dans des flacons en plastique, explique Richard Benton, professeur ordinaire à la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL. Un laboratoire typique compte plusieurs centaines, voire des milliers de souches différentes.»

Cet insecte de la famille des drosophiles constitue l’un des plus anciens modèles utilisés pour la génétique. Son cycle de vie d’environ 12 jours, garant de quelque 25 générations par an, en fait un instrument de choix. «Dès le début du XXe siècle, on s’en est servi pour étudier l’hérédité et le rôle des gènes dans la construction du corps», poursuit le scientifique, qui s’intéresse plus particulièrement à son odorat et à son cerveau. Des recherches qui nous touchent directement, puisque 60% des gènes de l’humain possèdent des homologues chez la drosophile.

Aujourd’hui, celle que les scientifiques appellent tout simplement «la mouche» est utilisée dans le cadre de recherches en neurobiologie, sur le système immunitaire, le vieillissement ou encore le cancer. «Cette maladie peut prendre des formes très distinctes suivant les individus, pointe Richard Benton. On peut recréer ces mutations, voire ces cancers “personnels” chez la drosophile, pour mieux comprendre la maladie, et, peut-être, pour trouver des médicaments inhibant le gène en question.»

De tels exemples de médecine personnalisée ne sont imaginables qu’avec cet insecte, dont la création d’une lignée transgénique dure quelques semaines et coûte quelques centaines de francs.

C’est sûr, la prochaine fois qu’on la trouvera sur nos fruits, on la chassera avec respect.

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Une version de cet article est parue dans In Vivo magazine (no 15).

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