KAPITAL

Ils décident de monter leur ferme

Rien ne destinait Lomée Mévaux à l’agriculture. La diplômée en arts visuels s’est pourtant lancée dans l’élevage de vaches et la fabrication de fromages avec son compagnon.

Le fauchage des près devra attendre un peu. En cette belle matinée de juin, Lomée Mévaux et Mathieu Meylan, 26 et 31 ans, prennent le temps de raconter comment ils ont lancé leur petite exploitation, la Vacherie du Carre, à Meinier (Genève). La médiatrice culturelle, diplômée de la Haute école d’art et de design (HEAD) et l’ouvrier agricole, ingénieur de formation, rêvaient depuis un certain temps «d’avoir des bêtes».

«Nous sommes allés chercher nos six brunes des Alpes près de Zurich en décembre 2016, se souvient Lomée, tout en en tenant une de ses vaches par l’encolure. Cette race rustique se prête bien à l’agriculture biologique. Elle est solide et valorisable de bout en bout, que ce soit pour le lait ou la viande.»

Fabriquer du fromage à pâte dure ou raclé, de la tomme et du fromage frais, cela ne s’improvise pas. Lomée a suivi des stages et une formation continue en Valais pour apprendre les rudiments du métier. Mathieu a complété sa formation agricole par un module sur l’élevage.

La Vacherie du Carre s’est installée dans une partie de la ferme de Marc Jaquet. Ce dernier avait pourtant abandonné la production de lait, comme de nombreux agriculteurs genevois. «Pour certains, nous étions un peu fous de nous lancer dans le lait, reconnaît Mathieu. Mais il existe à Genève un vrai réseau de paysans, de consommateurs et de structures de vente qui sont convaincus par une agriculture biologique, à petite échelle et de proximité.»

Et le pari des deux Genevois fonctionne. Ils parviennent à écouler l’ensemble de leur production de fromages et de lait cru. «Nous vendons nos produits à la ferme, sur le marché, dans le panier TourneRêve ou auprès des collectivités et épiceries, détaille Mathieu. Les gens jouent le jeu. Nous avons toutes sortes de clients, des personnes du coin comme des citadins.»

Pour utiliser au mieux la centaine de litres de lait qu’il trait par jour et tirer un vrai revenu de leur travail, le couple acquiert actuellement une installation pour préparer des yogourts. Un investissement pouvant aller jusqu’à 50’000 francs. Ils sont aidés par la fondation Le Lombric, qui soutient les petites structures agricoles polyvalentes et l’installation de nouveaux paysans en Suisse.

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Une version de cet article est parue dans la Tribune de Genève