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La Réunion, terre de passions volcaniques

De tout temps, le département français isolé à 10’000 km de sa métropole a su attirer des aventuriers de tout poil. Sur terre, sur mer ou dans les airs: il y en a pour tous les goûts.

Première impression en foulant le tarmac: une chaleur moite qui vous accable, surtout l’été. Après avoir enfilé une tenue légère, on file au centre-ville de Saint-Denis, la capitale. Dans la rue de Paris, on admire les anciennes demeures coloniales, symboles du pouvoir central. Pour la nuit, un hôtel comme L’Austral, avec sa piscine rafraîchissante et ses chambres modestes mais fonctionnelles, fera l’affaire. Le lendemain, direction le bassin le plus proche. A Sainte-Suzanne, on peut se baigner à la cascade Niagara, et même escalader ses parois, en étant encadré par des professionnels.

Sur cette île, ce ne sont pas les bassins qui manquent. Un guide en a recensé 76, plus ou moins faciles d’accès. Celui qui préfère les eaux chaudes de l’océan Indien choisira une plage surveillée. On y pratique toutes les activités nautiques possibles et imaginables: plongée en bouteille, jet-ski, pêche au gros, stand up paddle, surf… Les récentes attaques de requins ont mis un frein à l’activité, mais les autorités prennent la question très au sérieux. Certains «spots» se voient désormais équipés de filets formant un enclos, pour pouvoir surfer en toute quiétude.

Hippolyte est auteur de bandes dessinées. Sa spécialité? Le récit graphique, ou BD reportage. Il a croqué une pratique bien présente dans l’île, les combats de coqs («Bataye Kok» en langue créole locale). «La Réunion est une île facile… au premier abord, raconte-t-il. Pour comprendre toutes ses subtilités, il faut du temps. Derrière la carte postale, les plages, les requins, les cirques, le volcan, il y a une société diverse et complexe.» La Réunion, île aux mille visages? La société moderne et ses mégatonnes de béton n’ont pas réussi à ensevelir totalement une culture multiple. Sur ce «galet» de 2’512 km2, les apports ont été nombreux et variés au cours du temps. C’est ainsi que trois siècles et demi après sa colonisation, le département français voit encore cohabiter rites païens et obédiences les plus strictes.

Emboîtant le pas aux premiers colons malgaches et européens, les Cafres venus de la côte est de l’Afrique ont été rejoints par les Malbars du sud-ouest de l’Inde, les Chinois de Canton et les «Zarabes», musulmans débarqués d’Inde, qui ne manquèrent pas d’importer leurs pratiques religieuses, culturelles et gastronomiques. «La société réunionnaise évolue toujours, son métissage n’est jamais terminé, témoigne Peggy Baichoo, impliquée au sein du Groupe de dialogue interreligieux réunionnais. C’est un microcosme du monde en quelque sorte. Lorsque des représentants d’autres pays viennent nous voir, ils nous demandent comment nous faisons.»

Au fond d’une salle spacieuse sobrement décorée, un juke-box prend la poussière. Les clients font la queue pour commander une portion de cari ou de rougail, repas créoles traditionnels composés de riz, grains (lentilles ou pois) et viande en sauce, ou un chop suey de porc, le plat chinois préféré des Réunionnais avec le sauté de mines (nouilles chinoises, ndlr). Quand il a hérité de la boutique de son père, Jean-Hugues Law-Tho a choisi d’ouvrir ce petit restaurant. A Trois-Bassins, sa cantine est devenue le rendez-vous incontournable des travailleurs, qu’ils soient du bâtiment ou fonctionnaires «métros» de passage.

Car il faut bien nourrir 865’000 bouches! La moitié des terres agricoles étant vouées à la culture de la canne à sucre, presque toutes les denrées alimentaires sont importées. Durant la saison sucrière qui s’étend de juillet à novembre, il n’est pas rare de croiser des cachalots sur les routes. Evoquant le cétacé géant, ces camions transportent la canne jusqu’aux usines. De ces installations jadis disséminées sur toute l’île, il n’en reste que deux en activité, et qui se visitent: Bois-Rouge et le Gol. Echappant aux ruines, les autres sont parfois reconverties en bureaux classieux ou… en musée, comme celui de Stella Matutina à Piton Saint-Leu, fraîchement rénové.

Egalement refondue, la Cité du Volcan. A Bourg-Murat, au bord de la route des plaines qui coupe l’île en deux, ses bâtiments insolites n’échappent pas au regard. Des pyramides de verre et d’acier entourent un corps principal faisant penser à un piton. On y découvre les mécanismes géologiques ayant formé l’île, des premières secousses aux colonisations des coulées de lave par les organismes vivants.

L’accent a été mis sur le côté ludique et interactif grâce aux technologies, comme le cinéma 4D: fauteuils vibrants et jets de vapeur d’eau parfumée, à la découverte des tunnels de lave. C’est la dernière lubie des passionnés de randonnée, lassés des sentiers pourtant magiques de Mafate, Cilaos et Salazie – les trois «cirques» formés au cœur de l’île par l’effondrement du massif volcanique du Piton des Neiges. Quand le volcan n’offre pas le spectacle mystique d’une éruption en cours, ils se lancent à l’assaut des tunnels laissés par les coulées de lave refroidies. A quelques centimètres seulement sous le plancher des vaches, c’est un monde nouveau qu’ils explorent. La Réunion n’a pas fini de surprendre par ses charmes cachés.

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La visite incontournable  le piton de la Fournaise
Sur la route du volcan, on croisera la Boutiketik et son artisanat éthiopien. Puis on causera avec Abdou, qui tient le QG, un restaurant immanquable. On roulera alors au pas à travers un paysage lunaire, celui de la plaine des Sables, sur les 20 km qui nous séparent du Pas de Bellecombe. Depuis le rempart qui borde son enclos, le Piton de la Fournaise offre du haut de ses 2’632 m d’altitude un spectacle à couper le souffle… et qui sait, peut-être la chance d’une éruption!

Au nord  la capitale
Chef-lieu du département, Saint-Denis est une ville commerçante, administrative et historique. A ne pas manquer: le Jardin de l’Etat et sa jolie sélection d’essences locales.

L’ouest  la côte balnéaire
Bienvenue à «Zorey Land»! Cette gentille boutade désigne les métropolitains, plus nombreux sur cette partie de l’île.
Pour un verre, un concert ou une partie d’échecs: le bar La Cerise à Saint-Paul.

Le sud  sauvage
Pour changer du cari quotidien, on ira déguster un tajine, un couscous ou un bon shawarma de poulet au restaurant marocain La Médina, sur le front de mer de Saint-Pierre.

L’est  la côte au vent
Dans ce paysage vert intense, on savourera un excellent canard à la vanille et quelques gorgées de rhum «arrangé» avant de regagner sa chambre chez Mme Annibal, à Bras-Panon.

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Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine.