Le prêtre qui s’est lancé dans la finance

Personnalité insolite, l’abbé Pascal-André Dumont a lancé un fonds d’investissement éthique. Sa mission: garantir la pérennité financière de sa communauté religieuse, basée dans le département français du Loir-et-Cher. Rencontre.

Par Erik Freudenreich

Pour assurer l’avenir financier de sa communauté religieuse, Pascal-André Dumont lance en 2012 le fonds d’investissement éthique Proclero, en collaboration avec la société de gestion Meeschaert. Un outil qui contribue aujourd’hui efficacement à la santé financière de la Communauté Saint-Martin, établie à Candé-sur-Beuvron (Loir-et-Cher). Il permet en outre à Pascal-André Dumont de propager le message éthique de l’Eglise Catholique en matière d’économie, à l’occasion des nombreuses conférences auxquelles il est invité.

Comment est né votre fonds d’investissement?

La création de notre fonds d’investissement, baptisé Proclero, a été dictée par la nécessité de trouver une source de financement régulière pour la Communauté St-Martin, dont je suis l’économe. Cette communauté forme annuellement près de 85 séminaristes. La gestion du fonds m’occupe environ un jour et demi par semaine.

Comment conciliez-vous cette activité avec votre engagement religieux?

Nous mettons l’humain au centre de nos critères d’investissement, en nous basant sur des critères d’éthique sociale des entreprises, mais aussi d’écologie. Selon la doctrine catholique, l’économie doit être au service de la personne humaine pour lui permettre d’assurer ses besoins vitaux. C’est pourquoi nous investissons essentiellement dans des domaines tels que l’alimentation, l’habitat, la santé, l’éducation et l’énergie. Même si notre démarche est une goutte d’eau dans l’océan, elle montre que l’on peut agir concrètement. Elle permet également de combattre les poncifs prétendant que les fonds éthiques ne rapportent rien. En termes de performance, le fonds Proclero a affiché un rendement de 8,21% sur l’année 2017.

Quelles entreprises ont aujourd’hui vos faveurs?

 Nous avons sélectionné dernièrement une entreprise qui fabrique des composants alimentaires naturels, qui se subsistent aux composants chimiques employés habituellement dans l’industrie alimentaire. Nous venons aussi de choisir deux entreprises actives dans la biomasse, qui représente aujourd’hui la deuxième source d’énergie renouvelable en France. Et en ce moment, nous commençons à étudier le domaine de la santé avec nos partenaires Ethifinance et Meeschaert. Nous aimerions identifier des entreprises qui traitent des questions de dépendance des personnes âgées, par exemple un fabriquant d’équipements médicaux favorisant le maintien à domicile des aînés.

Vous participez régulièrement à des conférences et des réunions avec des décideurs financiers. Comment accueillent-ils votre message?

Le discours de l’Eglise Catholique est très bien accueilli dans les manifestations où je suis invité à m’exprimer. Il faut dire que la crise financière de 2008 a marqué les esprits. Je sens un réel intérêt de la part de certains banquiers et directeurs d’entreprise que je rencontre, quelles que soient leur croyances par ailleurs. Notre message est celui du bon sens. Beaucoup de jeunes qui entrent dans le monde de la finance s’en rendent compte. Ils me disent souvent qu’il faut changer les choses.

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Prêtre investisseur

Né à Fribourg en 1967, ce fils de parents catholiques non pratiquants se tourne vers la prêtrise après avoir obtenu une maîtrise de droit à l’université de Fribourg en 1991. Après son ordination sacerdotale en 1997, il se met au service de la Communauté Saint-Martin, sise à Candé-sur-Beuvron, dans le département français du Loir-et-Cher, et en devient l’économe en 2001. Une position où il est rapidement confronté à une forte et coûteuse expansion du nombre de vocations, Saint-Martin étant devenu le premier séminaire de France.

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Une version de cet article est parue dans Swissquote Magazine.