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Silence dans les rangs, et surtout sur les routes!

La conseillère nationale verte Lisa Mazzone s’attaque à un solide moulin à vent: le vacarme du trafic automobile. Pas de souci: la benjamine du parlement en a sous la pédale (de vélo).

«Davantage de temps libre et de partage.» Voilà, dit-elle, son idéal et le cœur des valeurs qu’elle défend. Ne souriez pas, Lisa Mazzone y croit. C’est même comme si c’était fait. La recette est tellement simple: «Sortir de l’approche strictement productiviste qui prévaut aujourd’hui.»

Il faudrait être un peu de mauvaise foi et assez pascalien pour lui rétorquer que le temps libre est peut-être le principal ennemi de l’homme, qui le met face à sa condition, avec le risque de le plonger dans un abîme mêlé d’épouvante et d’ennui.

Surtout que du temps libre, on n’est pas trop sûr que Lisa Mazzone en ait beaucoup. Qu’on juge: CARPE, CODHA, CESAR, CIVIVA, de bien jolis acronymes pour les associations dont elle est membre ou qu’elle préside ou copréside. À savoir: «Coordination régionale pour un aéroport de Genève urbain, respectueux de l’environnement et de la population», «Coalition environnement et santé pour un transport aérien responsable», «Coopérative de l’habitat associatif», «Fédération suisse du service civil». À quoi il faut ajouter Pro natura, le WWF, Public Eye, HabitatDurable Suisse et bien sûr, les deux principales galaxies où elle gravite: Pro Velo, et l’Association transports et environnement (ATE).

C’est comme vice-présidente de l’ATE d’ailleurs qu’elle défend aujourd’hui une pétition contre le bruit. En attendant, demanderont les mauvaises langues, un réquisitoire contre la pluie ou les courants d’air?

Ce serait là encore faire preuve de mauvaise foi. On admettra volontiers avec Lisa Mazzone, que l’homme motorisé souvent passe les bornes et les passe à grande vitesse et gros fracas. Et surtout «dépasse les valeurs limites sur près de 2000 kilomètres sur les routes cantonales et près de 200 kilomètres sur les routes nationales». Il faut savoir en effet, et la pétition de l’ATE vient le rappeler à propos, qu’il existe des normes et des valeurs en la matière: «les routes dont le niveau sonore dépasse le seuil considéré comme nuisible à la santé des riverains sont illégales».

Des routes illégales parce que bruyantes, on se pincerait pour y croire, tant l’impunité semble générale. Tant chacun, vous, moi, participe à cette délinquance si bien partagée.

L’infraction est pourtant de taille. Selon l’OFEV, ce sont 1,6 million de personnes à travers le pays qui sont exposées à des nuisances sonores supérieures aux valeurs légales. Le Conseil fédéral reconnait lui-même que la circulation routière est «de loin» la source de bruit la plus importante. L’ATE préconise donc comme mesure principale des réductions de vitesse respectivement de 80 à 50 km/h et de 50 à 30. Bienvenue au pays des escargots, s’agaceront la plupart d’entre nous.

N’empêche, voilà un beau et noble combat, d’autant plus beau qu’il semble perdu d’avance. Exactement le genre de bagarres que la Genevoise paraît goûter. Dès ses débuts en politique, dans le microcosme du bout du lac, elle s’était attirée de vigoureuses inimitiés. «Esprit obtus» tranchait une élue radicale. «Ayatollah vert, génétiquement doctrinaire, sa seule vision politique se résume à supprimer tout ce qui a quatre roues et un moteur» se désolait l’alors président du MCG, le toujours délicat Eric Stauffer.

Prendre cela d’où ça vient, a dû se dire l’imperturbable Lisa. Qui se revendique aussi «féministe militante». Du genre à ne pas faire dans la dentelle. A aimer rappeler, en pleine affaire Buttet, que selon la loi, «une simple remarque constitue déjà du harcèlement». Les moulins à vent ont intérêt à ne pas y aller trop vite, ni trop fort, ni les fous du volant à se tromper de combat.