LATITUDES

Cannabis et curcuma pour soigner son intestin

Le cannabis et le curcuma offrent des perspectives intéressantes dans le domaine des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Tour d’horizon de l’état de la recherche.

Comme le traitement médica­menteux de la maladie de Crohn et autres maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) entraine divers effets secondaires plus ou moins graves, la recherche s’intéresse aujourd’hui à des solu­tions alternatives. Parmi elles, deux s’avèrent intéressantes en complémentarité du traitement médical de base pour moduler les effets de la maladie: le cannabis et le curcuma. Médecin-cadre du Service de gastro­entérologie à l’Hôpital de l’Ile de Berne, Pascal Juillerat relève la complexité de l’effet de la consommation de la plante cannabis sativa, qui contient plus de 60 composants cannabinoïdes: «Ces substances agissent sur notre organisme via le système endocannabinoïde.»

En ce qui concerne la gastro-enté­rologie, elles semblent avoir une influence importante tout d’abord sur la sécrétion et la vidange gastrique, puis sur la motilité intestinale via les récepteurs cannabi­noïdes de type 1. Via ces mêmes récepteurs de type 2, il existe un effet positif sur l’inflam­mation intestinale. C’est pourquoi ce sujet nous intéresse au plus haut point dans le cadre des maladies inflam­matoires intestinales de l’intestin.»

Pascal Juillerat coordonne un projet de recherche visant à évaluer la prévalence de la consommation de cannabis, ainsi que son impact sur le système digestif et immunitaire des patients atteints de MICI. D’abord, il s’agit d’identifier le nombre et les caractéristiques des consommateurs, puis l’effet de la plante dans le soulagement de leurs symptômes, en particulier douleur, diarrhée et inappétence. «Ensuite, nous apprécierons sur le long terme l’influence de cette consommation sur l’évolution de la maladie, souligne le médecin. Nous nous intéressons au nombre de poussées et d’hospi­talisations, ainsi qu’à la chirurgie et à la lourdeur du traitement médical nécessaires à l’obtention de la rémission.»

De son côté, le curcuma – un safran de la famille du gingembre – dispose de propriétés anti-oxydantes et anti-inflammatoires propres grâce à la curcumine qu’il contient. «Une étude incluant des patients atteints de colite ulcéreuse réalisée au Japon sur 89 patients suggère un rôle dans le maintien de la rémis­­sion à 2g de curcumine par jour, souligne Pascal Juillerat. Une étude israélienne estime l’induction de la rémis­sion en prise de 3g de curcumine combi­née à la mézalamine chez les colites d’activité légère à modérée. Il semblerait cependant qu’il soit nécessaire de prendre au moins 3g de curcumine par jour (soit 60g de curcuma), ce qui rend sa prise quotidienne relativement contraignante pour le patient.»

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Une version de cet article est parue dans SwissIBD Insight (no 1 / 2017)