Dans l’intimité d’une montre

Le mouvement d’un garde-temps se compose d’une multitude de pièces permettant de le faire fonctionner. Revue en détail.

Par Olivier Müller

L’analogie a été maintes fois reprise mais reste valable: une montre mécanique fonctionne à peu de choses près comme une voiture. Dans les deux cas, tout part d’une source d’énergie : en auto, une batterie ; en horlogerie un barillet. Cette énergie est ensuite conduite jusqu’à son point d’usage : en auto, par la transmission; en horlogerie par le train de rouages. Il faut ensuite découper cette énergie pour faire avancer la chaîne cinématique, par la boîte de vitesses dans une voiture, par l’échappement dans la montre. Enfin, l’ensemble se recharge par le mouvement: en roulant en voiture par l’alternateur, par le mouvement de poignet dans une montre grâce à la masse oscillante.

Création de l’énergie: la masse oscillante
Dans le cas d’une montre automatique, le remontage du barillet n’est pas seulement actionné par la tige de remontoir. Un garde-temps automatique comporte, la plupart du temps, un demi-disque – appelé masse oscillante ou rotor – au dos de son mouvement, qui tourne sur son axe central grâce aux mouvements du poignet. Il agit comme le moulinet d’une canne à pêche: en tournant, le rotor entraîne le ressort de barillet pour le contraindre à s’enrouler à nouveau sur lui-même. La montre reste ainsi correctement chargée tant qu’elle est en mouvement.

Stockage de l’énergie: le barillet
Son fonctionnement est simple: en tournant la tige de remontoir (sur les montres mécaniques) ou grâce à l’action de la masse oscillante, une lame de métal (le ressort de barillet) s’enroule sur un arbre de barillet dans un cylindre plat, semblable à une meule de fromage. Étant donné qu’un ressort cherche toujours à se détendre, cette lame va naturellement se dérouler et, par cette action, libérer de l’énergie. La libération de l’énergie ne s’effectue toutefois pas de façon linéaire. Elle est forte au début de la détente et s’atténue au fur et à mesure: lorsqu’il est totalement déployé, le ressort de barillet ne libère plus d’énergie et la montre s’arrête. On parle de «couple» pour qualifier la puissance d’énergie émise par le ressort.

Régulation de l’énergie: l’échappement
Une montre a besoin d’un apport en énergie constant pour permettre d’afficher un temps régulier (60 minutes par heure, 60 secondes par minute, etc.). Contrôler cet apport revient à l’échappement doté de son balancier spiral, lesquels absorbent l’énergie transmise par le barillet pour n’en laisser s’échapper qu’un flux maîtrisé et constant. Un barrage hydraulique est basé sur le même principe: une grande quantité d’énergie (l’eau) en amont, un système de régulation et, en aval, un débit contenu. Reste à transmettre l’énergie aux aiguilles. Le train de rouages assume ce rôle en égrenant le flux d’énergie constant sur une base sexagésimale, découpant ainsi le temps en 60 minutes, 60 secondes, etc.

_______

Une version de cet article est parue dans le magazine Les Ambassadeurs (no 21).