L’introduction en Bourse en sept questions

Loin d’être la chasse gardée des géants et des multinationales, la Bourse peut accélérer considérablement la croissance d’une société. A condition de bien préparer son entrée.

Par Jean-Christophe Piot

Quelles raisons poussent une entreprise à se lancer en Bourse?
A un certain stade de développement, les prêts bancaires classiques peuvent ne plus suffire. Si la stratégie d’entreprise nécessite des fonds importants, par exemple pour racheter un concurrent ou se lancer sur un nouveau créneau, la Bourse donne accès à un autre niveau de financement. Les avantages sont nombreux pour la société, qui multiplie le nombre d’acteurs intéressés à son développement, diversifie ses sources de financement, se passe d’intermédiaires et gagne en visibilité. Une introduction en Bourse sert aussi à motiver et à fidéliser ses dirigeants et ses employés, en leur offrant une participation.

Quel est le profil des sociétés concernées?
Il n’existe aucun modèle-type. Toutefois, il est préférable que l’entreprise soit d’ores et déjà rentable et existe depuis quelques années, ne serait-ce que pour rassurer les autorités de marché. L’essentiel est qu’elle présente de bonnes perspectives de croissance. A son introduction en mai 2012, Facebook a d’abord perdu des sommes considérables, mais est parvenu à rassurer ses actionnaires. Ceux-ci sont convaincus qu’à terme, Mark Zuckerberg saura monétiser son réseau social.

Quel est le bon moment pour se lancer?
Pour un bon timing, outre une réflexion approfondie à l’interne, il est essentiel de suivre de près l’activité boursière sur le marché en question, notamment celle de ses concurrents: une phase de morosité économique pousse les investisseurs à la prudence. Une fois la décision prise, il faut aussi veiller à choisir les bons partenaires: banques d’affaires, sociétés de Bourse, avocats…

Concrètement, comment se déroule l’IPO?
Il s’agit d’un long processus! Sa durée varie néanmoins selon le lieu de l’introduction: s’installer sur une place financière comme Zurich ou Francfort en moins de six mois relève de la gageure. Dans certains cas, l’IPO (Initial Public Offering) peut prendre plusieurs années. Avant même le lancement de l’opération, la décision doit être prise par l’assemblée générale des actionnaires. Vient ensuite le choix de la place de cotation et des partenaires qui accompagneront l’entreprise sur le plan technique. Parallèlement, celle-ci doit se mettre en ordre de marche: choix d’une stratégie, réorganisation éventuelle de la gouvernance et des services, production des états financiers, plan de communication, documents fiscaux.

A partir de là seulement commence la phase d’introduction proprement dite, qui passe par le dépôt d’un dossier auprès de l’opérateur boursier de la place de cotation choisie. Une fois validé, ce dernier permet d’obtenir un visa du régulateur, rôle assuré en Suisse par la Finma. Certains marchés, comme Wall Street, imposent alors une «quiet period»: 30 jours avant l’introduction et 25 jours après, la société introduite a l’interdiction de communiquer auprès du public et des institutionnels. Dans la pratique, cela donne lieu à d’importants échanges de titres et à des spéculations à la fin de cette période…

Comment se fixe le prix de l’action?
Sans surprise, il s’agit surtout d’une question de marketing: la fourchette à l’introduction s’établit au cours d’un «roadshow», lors duquel l’entreprise rencontre les investisseurs potentiels. Une fois cette phase terminée, la période de souscription est ouverte. Le premier jour de cotation est déterminant pour constater la réussite ou l’échec de l’opération. Le deuxième valide déjà les premières tendances. Un prix haut n’est pas toujours une bonne nouvelle: il peut conduire certains acteurs à considérer que la marge de croissance du cours de l’action est diminuée d’autant.

Quelles places boursières ont les faveurs des entrepreneurs?
Les candidats à l’entrée en Bourse ont tendance à se lancer là où ils sont le plus connus des investisseurs potentiels: bien souvent dans leur propre pays. Pour des raisons stratégiques, certaines peuvent aussi faire le pari de se lancer sur une place étrangère. C’est le cas de Prada ou de l’Occitane, deux sociétés cotées à Hong Kong pour favoriser la commercialisation de leurs produits sur un marché asiatique qui ne connaît pas la crise. D’autres encore choisissent de se lancer sur des places spécialisées, à l’image du NASDAQ new-yorkais dédié aux nouvelles technologies.

Quels sont les risques de l’IPO pour une société?
Entrer en Bourse revient par définition à partager le pouvoir. Avec le temps, le risque de perte de contrôle n’est jamais à écarter: les héritiers du constructeur Peugeot, aujourd’hui minoritaires dans leur propre société, peuvent en témoigner. Mais à court terme, le principal risque tient surtout au caractère public de l’activité de l’entreprise. Une fois celle-ci cotée, communiquer de façon régulière devient une obligation. Scrutée en permanence, la société peut subir l’impact de commentaires négatifs et voir son cours de marché varier en conséquence.

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Une version de cet article est parue dans le magazine Swissquote (no 24).