La santé retrouvée du fret aérien

Le transport de marchandises par avion connaît une forte croissance ces dernières années, y compris à l’aéroport de Genève.

Par William Türler

Cinquante nouveaux avions-cargos pour un total de 1,3 milliard de dollars. C’est la commande passée début novembre par FedEx, le leader mondial du transport express, au constructeur aéronautique italien ATR. Une annonce qui illustre la bonne santé retrouvée du fret aérien. Ainsi selon les chiffres publiés par l’IATA (Association du transport aérien international), le trafic mondial de fret a augmenté de 10,4% au premier semestre 2017 par rapport à l’année précédente, une performance inédite depuis la crise financière de 2010.

A l’échelle locale, l’aéroport de Genève bénéficie de cette croissance. Au total, ce sont plus de 83’000 tonnes de marchandises qui seront transportées (arrivées et départs) en 2017, contre 69’000 tonnes en 2016, soit une hausse de 19%. Les cinq principaux pays (hors Europe) destinataires du fret au départ de Genève sont la Chine, les Etats-Unis, Hong Kong, le Japon et Singapour. Le volume reste modeste par rapport aux grands centres européens (Frankfort totalise plus de 1,5 millions de tonnes par année), mais la progression est très importante.

«Plusieurs facteurs expliquent cette bonne santé, explique Samer Jrab, responsable du développement réseau et fret à l’aéroport de Genève. Le développement du réseau long courrier à Genève devient plus intéressant. Par ailleurs, la conjoncture économique dans la région est restée dynamique. Enfin, la qualité des infrastructures, le niveau de sécurité et la rapidité à Genève sont élevés, aussi bien au niveau de la remise que pour la réception des marchandises.»

Horlogerie et produits chimiques

L’essentiel du fret aérien se fait dans les avions de grande capacité, les compagnies ayant besoin de cet activité pour garantir la rentabilité de leurs vols long courrier. En moyenne, on compte 15 à 16 tonnes de marchandises par mouvement sur un vol de 240 places.  Le fret aérien est choisi de préférence pour des produits de luxe ou pour lesquels les notions d’urgence ou de non rupture de chaîne (tels que vaccins ou des échantillons sanguins), sont importants. Selon la faitière European Logistics Association, la valeur moyenne d’un kilo transporté par avion est de 114 euros à l’importation, contre 1,15 euros pour tous les autres modes confondus.

Les marchandises qui sont transportées depuis Genève sont essentiellement des produits à haute, voire très haute valeur ajoutée. A l’export, il s’agit notamment d’horlogerie, de produits chimiques, d’équipements médicaux, de machines ou de transport humanitaire. Pour l’import, on trouve par exemple des pièces détachées pour machines, ainsi que des fruits et légumes exotiques ou lointains. Parmi ses principaux clients transitaires, qui opèrent comme des agences de voyages, l’aéroport de Genève compte DHL, le CICR et la société Bolloré. Dans le secteur industriel, on peut mentionner le groupe Richemont, Rolex, Firmenich, Givaudan, Bobst ou Sicpa.

En 2016, pour un chiffre d’affaires total de 445 millions de francs, l’aéroport de Genève a totalisé 12 millions pour le fret, soit une part de 2,7%. «Comme pour le reste de la plateforme, notre principal défi pour les années à venir concerne la gestion de l’espace, compte tenu de notre croissance, relève Samer Jrab. Par ailleurs, le secteur de la pharma, ainsi que le développement du réseau long-courrier, vont continuer à nous demander une attention croissante.»

Basée à Carouge et active depuis 2010 dans le transport de marchandises, la société NV Logistics emploie 15 personnes à Genève. Elle compte parmi ses clients des entreprises comme Bobst, Nidecker, Fedex, ou Lacoste. Son chiffre d’affaires se situe entre 12 et 13 millions de francs, avec une croissance régulière de 5 à 10% par année.

Pour son directeur, Thierry Moreno, les défis pour les années à venir sont multiples. Il cite notamment la digitalisation et la facilitation du secteur, la délocalisation industrielle en Europe de l’Est ou en Asie, l’augmentation de la fiscalité pour les entreprises, la complexité grandissante de l’administration, mais aussi la pénurie de personnel local qualifié. «Nous sommes obligés de recruter en France, notamment en raison du manque de vocations pour notre métier de transitaire.»

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Une version de cet article est parue dans le magazine Entreprise Romande.