La Chine, superpuissance scientifique

La recherche chinoise se donne les moyens de dominer le champ académique mondial. Les Européens tentent de se raccrocher à cette locomotive, à l’image des universités danoises, qui disposent d’un centre à Pékin.

Par Julie Zaugg

La Chine se positionne comme un acteur incontournable dans le monde académique. Elle figure désormais en deuxième position, juste derrière les états-Unis, en nombre de papiers publiés dans les revues scientifiques. L’an dernier, le volume des patentes qu’elle a soumis a crû de 45%. Certaines institutions chinoises, comme l’Université Tsinghua, Fudan, de Pékin ou du Zhejiang, commencent à figurer au sommet des classements internationaux.

Une émergence favorisée par les investissements importants consentis par l’État. Pékin consacre désormais 2% de son PIB à la recherche, soit davantage que l’ensemble de l’Union européenne. «Le gouvernement a aussi mis en place des programmes attractifs destinés à faire revenir les académiciens chinois exilés», précise Chunfang Zhou une chercheuse de l’Université Aalborg au Danemark. L’initiative Thousand Talents, lancée en 2011, propose un bonus de 1 million de yuans et 3 millions de yuans de fonds de recherche aux chercheurs chinois qui rentrent au pays.

L’effervescence du milieu académique chinois n’est pas passée inaperçue en Occident. De nombreuses universités européennes ont noué des partenariats avec leurs homologues chinois. Le Centre sino-danois pour l’éducation et la recherche, qui vient de s’installer dans de nouveaux locaux au nord de Pékin, est l’un de ces projets. «Conscients que, comme petit État, nous aurions de la peine à attirer l’attention d’un grand partenaire comme la Chine, nous avons créé une plateforme unique qui regroupe les huit universités du pays et coordonne leurs interactions avec des institutions chinoises», détaille Morten Laugesen, le directeur adjoint du centre.

Parmi les projets communs figurent des échanges de doctorants, des collaborations de recherche portant sur des thèmes comme les énergies renouvelables, l’eau ou les sciences de la vie, ainsi que sept masters conjoints.

Reste que la culture académique chinoise demeure très focalisée sur la quête de résultats immédiats, la recherche fondamentale n’étant que peu valorisée. «Les universités fixent des quotas annuels de publications que chaque chercheur doit atteindre», indique Chunfang Zhou. Pour maximiser leur productivité, des chercheurs font appel à des nègres littéraires ou se paient les services de faux réviseurs.

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Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 15).