La chaleur urbaine, un défi de taille

Il faut d’urgence faire baisser la température des villes. Mais comment? Batiments qui «respirents», matériaux de construction refléchissants et réorganisation urbaine font partie des pistes étudiées par les chercheurs pour résoudre cette question.

Par Jean-Christophe Piot

Des avenues brûlantes, des quartiers entiers transformés en fours et des habitants épuisés par une chaleur qui reste étouffante au cœur de la nuit: «L’augmentation des températures en ville est une réalité de plus en plus sensible, surtout la nuit», observe Thomas Auer, expert en construction durable à la Technische Universität München (TUM). «La chaleur produite par le soleil, la circulation et les systèmes de climatisation est absorbée par l’asphalte et les parois des immeubles pendant la journée avant de ressortir la nuit.»

Aggravée par les revêtements de couleur sombre et le manque d’espaces verts favorables au refroidissement, la formation de ces îlots de chaleur urbains (ICU) devient une préoccupation d’autant plus importante que les changements climatiques devraient encore aggraver ce phénomène déjà alarmant. Ainsi, lors de la canicule de 2003, responsable de la mort prématurée de 70’000 personnes en Europe, les écarts entre les grandes métropoles européennes et les zones rurales dépassaient déjà 8 degrés.

Comment lutter? «La réflexivité des matériaux de construction peut minimiser les ICU», relève Thomas Auer. D’autres, comme Philipp Molter, testent des «peaux» destinées à habiller les immeubles. Dans son laboratoire de la TUM, lui et ses équipes travaillent sur le projet Flexcover, des fenêtres autorégulées copiées sur la peau humaine. À l’image des pores de cette dernière, capables de s’ouvrir ou de se refermer en fonction de la température, elles forment une enveloppe qui «respire» si nécessaire, adaptant ainsi la température d’un bâtiment aux conditions extérieures.

Repenser l’urbanisme

Reste que la véritable réponse ne se situe pas à l’échelle d’un seul bâtiment, ni même d’un quartier, souligne Thomas Auer. C’est tout l’urbanisme qui doit être repensé, particulièrement dans les nouveaux quartiers: «Réduire la densité urbaine n’est pas forcément utile. En revanche, il faut élaborer une feuille de route capable d’adapter la ville au climat, favoriser la circulation du vent dans les nouvelles zones urbaines grâce à des couloirs adaptés, comme à Hong Kong, ou jouer sur la surface des espaces verts, en prenant soin de les répartir dans toute la ville.»

Une transformation qui prendra des décennies, mais que plusieurs grandes métropoles ont déjà engagée. La ville de New York par exemple teste depuis 2010 des toits rafraîchissants pour réduire la consommation énergétique de son parc immobilier. Dans le cadre du programme «CoolRoofs», les toits d’une centaine de bâtiments ont été repeints en blanc: à la clé, une facture d’air conditionné en baisse de 10% pour les immeubles de cinq étages. Alors qu’Helsinki et Copenhague font figure de villes pilotes en Europe, Paris s’y intéresse depuis une dizaine d’années et Moscou prévoit de redessiner 3000 artères dans le cadre du projet My Street, un vaste programme de rénovation urbaine engagé en 2015.

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Une version de cet article est parue dans Technologist Magazine (no 15).