Il ne manquait plus que ça. Après le nettoyage ethnique, les bombes et les bavures, voici maintenant les vedettes du show-biz qui surgissent dans l’actualité balkanique.
Roger Moore s’est rendu jeudi dans un camp macédonien pour amener des poupées de Teletubbies aux enfants réfugiés. Au même moment, et dans le même camp, Bianca Jagger distribuait du pain aux adultes, rapporte le «Times». Quelques jours plus tôt, c’était Vanessa Redgrave et Richard Gere qui sillonnaient les Balkans avec les meilleures intentions du monde.
On pouvait le prévoir: le débat sur la guerre s’est aussi emparé de la Croisette. Depuis mercredi, les célébrités du Festival multiplient les déclarations profondément concernées. Pendant la cérémonie d’ouverture, Kristin Scott Thomas a lâché quelques mots comme «Kosovo» et «réfugiés» en fronçant les sourcils, dans le but de ramener les convives à l’actualité sérieuse.
Toujours à Cannes, lors d’une interview donnée à l’AFP, le cinéaste russe Nikita Mikhalkov a déclaré que «déclencher une guerre en Yougoslavie est une erreur dramatique.»
Reste à savoir qui, aux yeux de Mikhalkov, a déclenché les hostilités. On le devine en lisant la suite de ses propos: «Cette guerre, pour les uns, ce sont des souffrances terribles, la mort, la destruction, les larmes. Pour d’autres, c’est comme un jeu sur ordinateur. Le pilote est assis dans son fauteuil comme devant une playstation. Vingt minutes plus tard, il est rentré à sa base et les bombes ont détruit ou abîmé des vies pour toujours.»
Dimanche, c’était au tour du cinéaste chinois Chen Kaige d’évoquer le conflit: «Je suis venu ici avec tristesse, en essayant de me souvenir des gens qui sont morts récemment dans les guerres. Je suis ici pour montrer mon amour et combien je hais la violence.» Comment ne pas être d’accord avec lui?
Certains reporters de la Croisette s’en sont donné à coeur-joie. Trop heureux de pouvoir interroger les gens du show-biz sur une question d’actualité, ils ont tendu leurs micros dans toutes les directions. Au point d’exaspérer l’acteur et réalisateur serbe Lazar Ristovski: «Je n’ai aucune envie d’expliquer la situation en deux minutes à des gens tranquillement assis en train de siroter un whisky ou un café», a-t-il déclaré aux journalistes qui voyaient en lui le commentateur idéal du conflit.
On peut effectivement trouver ridicule cette agitation cannoise autour du drame des Balkans. Mais on peut aussi se réjouir du fait que des artistes osent s’emparer d’une question aussi délicate.
Dans leurs palaces en bord de mer, ils auraient pu rester à l’écart du débat, et s’amuser comme si la paix régnait en Europe. Cela aurait sans doute été beaucoup plus confortable pour eux, et moins risqué pour leur image de marque.
Kristin Scott Thomas, Chen Kaige et Nikita Mikhalkov ont voulu s’exprimer, ils l’ont fait: tant mieux. La banalité de leurs déclarations n’a finalement pas grande importance. S’ils peuvent alimenter le débat et susciter de l’attention («raise attention» en anglais), personne ne s’en plaindra. On peut simplement regretter que ces préoccupations contemporaines n’apparaissent pas plus souvent dans leurs films.
Les voyages effectués en Macédoine par Richard Gere, Roger Moore et Vanessa Redgrave paraissent en revanche beaucoup plus discutables. Ces visites de camp ne servent à rien, sinon à flatter le narcissisme de ceux qui les font.
Richard Gere a joué dans «Peur primale», Roger Moore dans «Dangereusement vôtre» et Vanessa Redgrave dans «Dieu que la guerre est jolie». Ces titres évoquent sans doute quelque chose aux populations déplacées.