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Vague verte sur les océans

Le 20ème siècle a été catastrophique du point de vue environnemental pour les océans. De nouvelles technologies cherchent à contrôler les abus et à rendre plus vertueuse l’exploitation des ressources marines.

Si les océans étaient un pays, ils se placeraient au septième rang des puissances économiques mondiales, avec un PIB de 2’100 milliards d’euros. L’Unesco, l’auteur de ce calcul, note qu’avec les ressources naturelles marines et les produits de la mer, les écosystèmes marins représentent environ deux tiers du total des services écosystémiques. L’exploitation de ces richesses a suscité des pratiques abusives, à l’instar de la surpêche. On estime ainsi que jusqu’à 85% des ressources halieutiques de la planète seraient surexploitées, épuisées ou en cours de reconstitution.

Sur le plan politique, la protection des océans dépend de diverses parties prenantes aux intérêts divergents. Ainsi, en octobre 2017, un projet de sanctuaire marin en Antarctique porté par la France et l’Australie s’est heurté à un désaccord au sein de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique; une illustration au goût amer des difficultés à mobiliser la communauté internationale pour lutter en faveur de l’environnement.

«Des pratiques humaines non viables ont épuisé les océans», résume Salvatore Aricò, de l’Unesco. Leur protection consiste à adapter les usages des humains à la capacité des éléments liquides: «Pour concilier les attentes de nombreux acteurs de la société, il est urgent de planifier les activités humaines dans les océans, dans le temps et dans l’espace.»

La croissance exponentielle de la population mondiale rend nos sociétés davantage dépendantes des ressources halieutiques, alors que les océans entament une mutation à un rythme inédit. L’acidification et le réchauffement des eaux (les températures moyennes à la surface dépassent de 1° C les données de 1971-2000) affectent la vie marine et la biodiversité.

Algues et déchets

Les dommages subis par les océans sont largement documentés. Il y a le vortex de détritus du Pacifique nord, un vaste amas de déchets plastiques à la dérive. Le secteur du bâtiment surexploite également le sable des fonds marins, ce qui a pour conséquence l’érosion des côtes et la destruction des habitats d’organismes marins, notamment en Afrique. Les côtes britanniques et françaises sont régulièrement recouvertes d’algues vertes pestilentielles nourries par l’azote de l’agriculture.

Même la santé des abysses, que l’on pensait épargnés par l’activité humaine, soulève de graves inquiétudes. Une équipe de chercheurs de l’Université d’Aberdeen a ainsi détecté des polluants organiques persistants dans la faune la plus profonde des océans, au nord-ouest des îles Mariannes et dans la fosse des Kermadec dans le Pacifique. Dans la zone hadale (6000-11’000 mètres sous le niveau de la mer), ils ont relevé des niveaux extrêmement élevés de polluants organiques persistants dans deux espèces de petits crustacés appelés amphipodes endémiques.

Le taux de polychlorobiphényles (PCB) était 50 fois plus élevé que sur des crabes du fleuve chinois Liao, l’une des voies navigables les plus polluées au monde. Selon des estimations, un tiers de la production mondiale de PCB, un composé chimique très utilisé dans l’industrie jusqu’à son interdiction en 1987, s’est répandue dans les profondeurs océaniques. Le cheminement de ces polluants jusqu’aux abysses reste encore à étudier.

Innovations technologiques

Point positif, de nombreuses initiatives, dont certaines subventionnées par l’Union européenne, visent à transformer notre rapport aux océans, trop longtemps considérés, et de manière paradoxale, à la fois comme un garde-manger inépuisable et une poubelle. Quelques-unes des innovations technologiques les plus importantes sont en réalité toutes simples. Elles cherchent à comprendre ce qui se passe sous la surface de l’eau: où vivent les poissons, comment ils se déplacent, quels processus chimiques et biologiques s’opèrent.

Grâce à ces informations, les scientifiques et les hommes politiques peuvent faire avancer la protection marine: éviter les abus, nettoyer les océans et imaginer des pratiques réellement durables.

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Collaboration: Conor Paul Purcell et Joe Dodgshun

Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (n°15).