KAPITAL

Limogeage.ch dans un journal dominical

La valse continue dans la presse romande. Jean-Philippe Ceppi, capitaine de l’hebdomadaire dimanche.ch, a été viré lundi avec effet immédiat. Il sera remplacé par Jacques Pilet.

Sale printemps pour les rédacteurs en chef romands. Après Le Matin il y a deux semaines, c’est dimanche.ch qui s’est fait décapiter. Jean-Philippe Ceppi, à la tête de l’hebdomadaire dominical du groupe Ringier, a été limogé avec effet immédiat lundi soir.

Les deux affaires ne se rejoignent qu’en apparence: si Daniel Pillard a été congédié par Edipresse suite aux pressions de journalistes opposés aux réformes, du côté de dimanche.ch, c’est une divergence concernant la ligne éditoriale qui est à l’origine du licenciement.

Jacques Pilet, responsable des nouveaux projets de Ringier, assurera l’intérim en attendant qu’un sucesseur soit trouvé. Un retour naturel aux commandes pour celui qui fut l’instigateur du journal dominical peu après sa nomination au sein de la direction du groupe alémanique.

Lancé en automne 1999, dimanche.ch se vend chaque semaine à 45’000 exemplaires, comme l’indiquent les chiffres officiels annoncés lundi. L’objectif initial du groupe était d’atteindre 50’000 exemplaires après un an, et 70’000 à terme. Mais la direction, avec un sens très soviétique des relations publiques, s’est déclarée mardi «très satisfaite de l´évolution de dimanche.ch», estimant sans rire que le titre a «dépassé le tirage espéré».

C’est quelques minutes après l’annonce de ces chiffres que Jean-Philippe Ceppi a été convoqué lundi soir dans le bureau de Michael Ringier, président de la direction du groupe, pour se faire virer. «Il est paradoxal et incompréhensible de s’estimer satisfait du travail d’un rédacteur en chef et de le congédier, constate amèrement Jean-Philippe Ceppi. J’ai été vraiment surpris par cette décision, d’autant que je réclamais depuis longtemps une discussion avec l’éditeur au sujet de l’avenir du journal.»

Peu amène envers son subordonné, Jacques Pilet dit vouloir «passer à la vitesse supérieure avec dimanche.ch». «Nous devons séduire davantage de lecteurs même si nous n’avons pas fixé d’objectif précis, ajoute-t-il. Par ailleurs, nous voulons que ce journal occupe une plus grande place sur le champ politique. Cette volonté s’accompagne d’un certain nombre de réformes: nous allons remodeler les rubriques et mettre l’accent sur d’autres thématiques, donner une plus grande place aux sujets exclusifs.»

Le motif du licenciement de Jean-Philippe Ceppi reste peu clair. «Nous sommes tout à fait satisfaits de son travail…», déclare Jacques Pilet, qui ajoute aussitôt: «…mais nous pensons qu’il faut un autre homme pour mener à bien la prochaine étape.»

Lors de son lancement, dimanche.ch résumait son positionnement en une formule: le «boulevard-chic», soit l’utilisation de la forme du journal populaire (maquette éclatée, grandes photos, sujets et titres chocs) tout en conservant une exigence éditoriale et un journalisme branché.

«Nous ne voulons pas changer cette ligne, ni le positionnement du journal, détaille Jacques Pilet. Il n’est pas question de suivre l’exemple d’un SonntagsBlick (hebdomadaire vedette du groupe Ringier, ndlr), qui est le résultat d’une longue tradition de la presse dominicale alémanique populaire. Au contraire, nous voulons augmenter nos exigences, améliorer dimanche.ch, y compris dans la reflexion et l’approfondissement des sujets. Mieux maîtriser son approche et son poids politique aussi, pour en faire un acteur médiatique plus important.»

En filigrane, le groupe zurichois espère ainsi gagner des parts de marché sur Le Matin dimanche, bulldozer vendu à 220’000 exemplaires que Jacques Pilet fait mine d’ignorer: «Je me fous du Matin et de ses projets. Je ne m’occupe que de mener dimanche.ch vers la qualité.»

En coulisses, on reproche à Jean-Philippe Ceppi d’avoir développé l’autonomie et l’indépendance de son journal – la singularité romande – au lieu de privilégier les collaborations et les synergies avec Zurich, notamment avec les autres journaux du groupe dont Blick et Cash. La décision de limoger Jean-Philippe Ceppi aurait notamment été liée à une divergence à propos du traitement journalistique de la liaison entre Rolf Knie et Stéph’ de Monac’. Connu pour son tempérament bouillonnant, Ceppi aurait refusé de consacrer à l’affaire tout l’espace rédactionnel que le groupe zurichois souhaitait.

«Jacques Pilet veut reprendre son bébé, je lui souhaite bonne chance, dit Jean-Philippe Ceppi, dépité. J’ai la sensation d’avoir rempli ma mission.»

L’amertume du journaliste est d’autant plus grande que Ringier avait déployé une énergie considérable pour le débaucher de son poste d’enquêteur au quotidien Le Temps. La situation avait été particulièrement compliquée puisque, à l’époque, Jean-Philippe Ceppi avait été chargé de réfléchir au lancement d’une édition dominicale du Temps. Son départ pour un projet concurrent avait été considéré comme un acte particulièrement déloyal par sa hiérarchie. Le Temps a d’ailleurs attaqué Jean-Philippe Ceppi en justice, l’accusant d’avoir emmené dans ses bagages de précieuses informations confidentielles – accusations que Ceppi a toujours démenties. La plainte a été retirée récemment.

Des responsabilités au sein de Ringier ont été proposées à Jean-Philippe Ceppi, notamment dans des projets en Roumanie et en Hongrie. Le journaliste a préféré quitter le groupe, en échange d’une indemnité.