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La gale gratte, encore et encore

Associée au Moyen Âge, la gale refait parler d’elle en Suisse. A quoi est dû le retour de cette infection parasitaire hautement contagieuse, et comment limiter sa propagation?

Il creuse un tunnel dans la couche cornée de l’épiderme de l’homme. Dans son petit sillon, le sarcopte avance d’1 à 2 millimètres par jour. À l’intérieur de ces galeries, le minuscule acarien pond alors entre trois et cinq œufs par jour. Une fois écloses, les larves s’accouplent. Le mâle meurt, tandis que la femelle reprend sa balade. S’il n’est pas visible à l’œil nu, ce curieux manège provoque des démangeaisons bien réelles, souvent insoutenables.

Objet de nombreux traités médicaux au Moyen Âge, la gale est de retour sur la scène médiatique depuis quelques mois. Elle toucherait actuellement 300 millions de personnes dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Faute d’obligation de la déclarer, des chiffres précis manquent pour la Suisse. Au CHUV, on estime que quelques cas surviennent chaque semaine, et à Genève, les affections auraient été multipliées par trois ces quatre dernières années. En 2016, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) dénombraient en moyenne 13 cas par mois, touchant une personne, une famille ou
un groupe de personnes vivant sous le même toit.

Outre des démangeaisons insupportables, la gale a en effet la fâcheuse particularité d’être hautement contagieuse en cas de contact peau à peau prolongé. Le parasite ne vit pas longtemps en dehors du corps humain et «se serrer la main ne représente aucun risque», indique Olivier Gaide, médecin adjoint en dermatologie au CHUV, mais il peut se transmettre de manière indirecte, par les linges ou la literie.

Les EMS, les crèches ou les centres pour requérants sont particulièrement susceptibles d’être touchés en raison de la promiscuité qui peut y régner. Aux HUG, Emmanuel Laffitte, médecin adjoint au Service de dermatologie, a vu le nombre de cas augmenter ces dernières années, mais n’attribue pas cette recrudescence aux seuls migrants. La maladie touche aussi les personnes revenues d’un séjour à l’étranger. Dans une colocation d’étudiants ou une grande maisonnée, une fois une personne infectée, la gale peut vite en atteindre une dizaine, «y compris celles qui affichent une hygiène irréprochable».

Diagnostic à l’encre de Chine

«Pas grave, mais embêtante», la gale est une affection bégnine, explique Olivier Gaide. En cas de doute, et pour éviter de consulter à chaque prurit, on peut examiner plus particulièrement deux parties du corps: en effet, le sarcopte ne s’attaque ni au visage ni au cuir chevelu (excepté chez les patients immunosupprimés), et si le doute subsiste, par exemple après un voyage, c’est le fait que d’autres membres du cercle familial se grattent qui devrait mettre la puce à l’oreille.

Lorsque la consultation s’impose, plusieurs moyens sont utilisés pour poser le diagnostic. Le test à l’encre de Chine, qui consiste à appliquer de l’encre – de nos jours un stylo chirurgical – sur la peau, est une première étape. Après l’avoir essuyé avec un coton imbibé d’alcool, le liquide restant fait apparaître le canal creusé par le parasite.

Ce procédé est désormais complété par le dermatoscope. Il permet de trouver la forme d’aile delta, dessinée par la tête et les quatre pattes avant du sarcopte. De nouveaux microscopes indolores, que l’on peut poser à même la peau, permettent aussi d’observer des détails de la peau sans effectuer de biopsie. Un seul sarcopte trouvé est suffisant pour prouver l’infection.

Le traitement, enfin, est réalisé à l’aide d’ivermectine. La voie orale est la plus efficace. Mais comme le médicament n’est plus produit en Suisse, il peut être difficile à trouver. À Lausanne, les patients peuvent se le procurer à la Pharmacie Internationale. «Comme le médicament doit être importé, il n’est pas remboursé par l’assurance maladie», précise toutefois Emmanuel Laffitte.

Au traitement médicamenteux s’ajoute un lavage à 60 °C de tout textile qui a été en contact avec la peau du patient, de manière à réduire les risques de transmission du parasite. Plus ennuyeuse que grave, la gale se soigne bien, conclut Olivier Gaide: «Pas besoin, donc, d’en faire une psychose!»

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La gale
La gale est une maladie infectieuse de la peau. Son agent est le sarcopte, un minuscule acarien. Il en existe des variétés spécifiques à certains mammifères, mais celui qui attaque l’homme se nomme le Sarcoptes scabiei var hominis. Entre la gale commune de l’adulte, celle du nourrisson, la profuse, ou encore l’hyperkératosique, ce sont les deux dernières qui sont les plus contagieuses. La plus difficile à diagnostiquer est la gale dite des «gens propres».

Le prurit
Du latin pruritus, le prurit désigne la sensation de démangeaison. Il constitue le principal symptôme en cas de gale et il est provoqué par les déjections et les œufs du sarcopte. Les démangeaisons peuvent être si féroces qu’elles sont susceptibles de conduire les malades à l’épuisement, les empêchant de dormir. Chez les enfants, de rares cas peuvent mener les lésions cutanées à se surinfecter.

Le dermatoscope
Il s’agit d’un appareil comportant des lentilles grossissantes. Cette loupe médicale dotée d’un système d’éclairage sert à observer la peau. Dans le cas de la gale, l’instrument permet de constater, dans 80% des cas, l’aile delta du sarcopte.

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Une version de cet article est parue dans In Vivo Magazine (n°13).

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