LATITUDES

Entrepreneurs au féminin

Elles ont moins de 35 ans et ont lancé leur affaire, avec une démarche mûrie. Rencontres.

Les jumelles genevoises qui prêchent le rangement

Eliette et Marieke Staub ont inventé un nouveau métier en Suisse: coach en désencombrement. Une idée originale qui leur est venue en «désintoxiquant» leurs propres appartements.

Le top départ pour Eliette et Marieke Staub aura été une formation de coach en désencombrement, donnée en août 2016 à New York par Marie Kondo, l’auteure du best-seller mondial La Magie du rangement. De retour des Etats-Unis, les deux Genevoises ont lancé leur entreprise Clarity Home Detox, avec un objectif: aider les Suisses à faire place nette.

Contrairement à l’auteure japonaise, les sœurs de 32 ans ne sont pas obsédées par le rangement depuis l’enfance. «Nous sommes au contraire passées par cette phase de désencombrement et comprenons ce que nos clients traversent.» Pour Eliette, le grand tri a eu lieu en 2015, alors qu’elle devait déménager à l’étranger. «Je souhaitais passer d’un 60m2 à quatre valises. J’ai donc dû sélectionner les objets qui étaient vraiment importants pour moi et la méthode de Marie Kondo m’a beaucoup aidée à le faire.»

Quant à Marieke, c’est la naissance de son enfant qui l’a obligée à dépouiller son intérieur.  «Je croulais sous les objets alors que j’entrais dans une nouvelle phase de mon existence. Je me sentais sous l’eau, dans mon appartement comme dans ma vie.» La lecture de l’ouvrage de Marie Kondo a alors constitué «un moment magique». La jeune femme, diplômée de la HEAD en architecture d’intérieure, a décidé d’appliquer les principes du bouquin à la lettre. «Au terme de ce processus, j’ai à nouveau osé inviter des amis à la maison ou simplement prendre soin de moi. J’ai eu le sentiment de reprendre le contrôle.»

Aujourd’hui, les jumelles se consacrent à leur société à mi-temps, en marge de leurs emplois respectifs dans une étude d’avocats et dans le social. Elles conseillent des personnes de tout âge en Suisse romande et en France voisine. «Nous travaillons par tranches de six heures. Dans une première phase, nous aidons nos clients à trier entre objets à garder ou à donner, puis nous leur laissons une marche à suivre afin qu’ils continuent leur Home Detox.»

Avec un coaching plus long, elles aident leurs clients à réaménager leur intérieur. «Le but est de retomber amoureux de son appartement, d’atteindre la sérénité, l’ordre, l’harmonie.» Un style de vie que les deux jeunes femmes entendent défendre encore longtemps.

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Créatrices de sacs «made in Geneva»

Conçus par deux artistes genevoises, les accessoires Worn accumulent les distinctions prestigieuses en Suisse ou à l’étranger.

La saison des moissons se prolonge pour la marque genevoise d’accessoires Worn – qui signifie littéralement «porté», «usé». Des Vogue Talents à Pro Helvetia, qui soutient leur développement à l’international, elle collectionne les prix. L’aventure trouve pourtant sa source loin des podiums, des tapis rouges et des institutions fédérales, dans un atelier des Grottes où Pauline Famy, 31 ans, travaille le cuir.

Tombée amoureuse de l’artisanat lors d’un séjour au Laos, la jeune femme originaire de Thonon-les-Bains s’oriente vers la maroquinerie, s’appuyant sur les notions déjà acquises durant son bachelor à la HEAD en design de mode et accessoires. Elle se forme chez Hermès, à Lyon, pendant deux ans, puis chez Alpha Cuir aux Acacias pour deux autres années. A la fin de son apprentissage, elle maîtrise le patronage comme le travail du cuir sur machine.

Assez rapidement, une seconde envie se fait sentir: celle de ne plus créer pour les autres mais pour sa propre entreprise. Le timing était idéal pour renouer avec une ancienne camarade de bachelor, Magdalena Brozda. Elle aide la styliste de 32 ans à concrétiser sa collection de vêtements en cuir, qui remporte le prestigieux Prix du public du H&M Design Award 2015. Les deux créatrices décident alors, en janvier 2016, de lancer ensemble leur société, Worn, avec le soutien de la fondation Ahead.

L’alliance entre la technique de Pauline et le design épuré de Magda est l’une des clés de la réussite de Worn. L’originalité de leurs sacs à mains réside dans les grandes franges de cuir qui les habillent ou encore dans l’absence de coutures sur certains modèles. «Il doit y avoir une part de magie, il faut que nos clients soient attirés par ces formes peu communes, sans savoir quelle technique permet cet effet. L’indépendance créatrice est à la base du travail de celles qui refusent de copier le style des grandes marques à la mode.»

Grâce aux prix remportés récemment, le duo prépare, d’ici janvier 2018, le lancement de son magasin en ligne. Il complétera la vente des sacs – dont le prix oscille entre 500 et 3000 francs – en boutique aux Etats-Unis et en Asie. Une manière pour les créatrices de gagner encore en indépendance, en orchestrant un maximum depuis leur atelier des Grottes.

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Elle mène conjointement l’enseignement et sa start-up

Professeure de français, Dina Mottiez, 32 ans, lance une application de réservation de répétiteurs. Résultat de deux ans de travail après les cours.

Nourrir plusieurs passions en parallèle, c’est une seconde nature chez Dina Mottiez. Elle n’a pas passé un, mais trois masters, en communication et médias, français et pédagogie. A 32 ans, poussée par un intérêt pour l’entrepreneuriat et le digital, elle a lancé Bulbee, une application qui met en relation élèves et répétiteurs. L’app propose notamment un calendrier pour les rendez-vous, un carnet de contacts et de tarifs, ainsi qu’un contrôle parental pour les utilisateurs mineurs. Disponible à Genève, l’offre va s’étendre prochainement à d’autres villes universitaires suisses.

Dans cette aventure, l’enseignante de français dans un collège genevois a mis beaucoup d’elle-même. A commencer par sa propre expérience: «Elève, je n’osais pas dire à mes parents quand un répétiteur ne me convenait pas, car je savais la difficulté d’en trouver un. Lorsque j’ai moi-même donné des cours de soutien durant mes études, c’était une source de revenu importante bien que difficile à prévoir. Désormais, comme enseignante, j’entends parfois des parents préoccupés quant aux difficultés rencontrées par leurs enfants à la maison.» De ces observations est née la conviction qu’il fallait simplifier l’accès au soutien scolaire. «Les coupons à la Coop, c’est bien, mais le smartphone est plus pratique et flexible.»

Bûcheuse, un brin «workaholic», la Genevoise a travaillé soirs et weekends pour que Bulbee voit le jour. Elle a engagé un coach pour start-ups pendant quatre mois. Puis, deux ans lui ont été nécessaires pour créer sa société et sa marque, constituer l’équipe de développement informatique et faire accepter à Apple et Androïd l’entrée de l’appli sur leurs boutiques en ligne.

Une prise de risque, financière et psychologique, qui s’est avérée payante. La start-up a remporté le premier prix de l’Aideas Forum de l’Université de Genève et intégré l’incubateur de l’EPFL, Swiss EdTech Collider. «La pression et la peur de l’échec, je les aime autant que je les honnis, confie-t-elle. C’est gratifiant de faire preuve d’endurance et de réussir.»

Dina Mottiez consacrera-t-elle tant d’énergie à son entreprise qu’elle abandonnera son métier d’enseignante? «Je ne le lâcherais pour rien au monde! C’est ma première passion. L’important pour moi désormais est de bien cloisonner ces activités et de trouver un équilibre entre les deux.»

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Une version de cet article est parue dans la page Nouvelle Vague de la Tribune de Genève.