Recherche en quête de rigueur

Des études ont démontré la difficulté de reproduire certaines expériences scientifiques importantes. Comment tendre vers une meilleure objectivité et éviter les biais?

Par Ben McCluskey

Plus de 70% des chercheurs ont déjà tenté de réitérer l’expérience d’un autre scientifique sans y parvenir, selon une enquête réalisée par Nature en 2016. Et plus de 50% n’ont pas réussi à reproduire leurs propres conclusions. Pourtant, la reproductibilité est essentielle à la science. Une étude produit des résultats qui sont repris par d’autres et testés à nouveau. Si ce nouvel examen débouche sur un succès, la validité d’une étude se confirme. Un échec, en revanche, implique des recherches complémentaires. Du moins, en théorie.

«Davantage que les résultats, nous devons privilégier la rigueur méthodologique et les analyses de données solides», souligne Michèle Nuijten, spécialiste en métascience à l’Université de Tilbourg, aux Pays-Bas. Malheureusement, les revues préfèrent les découvertes susceptibles de faire les gros titres. Les reproductions infructueuses font rarement l’objet d’une publication: seuls 13% des chercheurs interrogés par Nature ont vu de tels articles acceptés.

Chercheurs humiliés

Plusieurs exemples ont contraint les scientifiques à repenser l’évaluation des résultats. En 2011, Bayer a reconnu que deux tiers de ses expériences portant sur les cibles médicamenteuses ne pouvaient être reproduites. En 2015, le Reproductibility Project du psychologue Brian Nosek a montré que sur 100 études en psychologie publiées en 2008, seuls 36% se sont révélées reproductibles. La même année, PLOS Biology a indiqué que les états-Unis allouaient environ 28 milliards de dollars par an à des recherches non reproductibles.Des chercheurs se sont sentis humiliés, d’autres ont insinué que ceux qui avaient tenté de répéter leur étude étaient incompétents.

Néanmoins, de nombreux scientifiques y ont vu une opportunité pour améliorer les analyses de données. Selon Michèle Nuijten, «la transparence est la clé. Plusieurs revues imposent désormais le partage des données, un moyen efficace pour s’assurer que les règles sont respectées.» Autre initiative: des organismes de financement néerlandais encouragent désormais les reproductions d’études. En 2016, l’Organisation néerlandaise pour la recherche scientifique a lancé le premier programme de bourses dédié à ces travaux, pour un total de 3 millions d’euros. «Le montant est faible, admet Michèle Nuijten, mais l’annonce a suscité beaucoup d’intérêt et a démontré que les organismes de financement étaient disposés à investir dans ces recherches indispensables.»

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Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 14).