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Parlons encore un peu d’Ellen MacArthur

On n’a pas fini de mesurer l’importance de cette deuxième place remportée par la navigatrice lors du Vendée Globe. Elle bousille joyeusement quelques idées reçues.

Vous en connaissez beaucoup, vous, des sports où les femmes concourent dans la même catégorie que les hommes? Des compétitions où de frêles demoiselles se mesurent à de solides messieurs? Il y en a peu et c’est compréhensible: toute l’histoire du sport, scindée en compétitions masculines et féminines, semble vouloir démontrer que la femme est moins forte que l’homme.

Mine de rien, la deuxième place remportée par Ellen MacArthur au Vendée Globe pourrait bien changer cette idée un peu simplette qu’on se fait de la force. A 24 ans, la benjamine de la course a réussi à battre un escadron de vieux loups de mer blanchis aux haubans (sauf un seul: Michel Desjoyeaux). La jeune femme s’est montrée plus robuste qu’eux. Comment a-t-elle fait?

Ellen a sans doute déployé toutes ces compétences qu’on dit «plutôt féminines» (finesse d’analyse, capacité de calcul, intuition), mais cela n’aura pas suffi. Une course autour du monde en solitaire, sans escale ni assistance, n’est pas précisément une compétition de cerveaux. Ni une épreuve de concentration. C’est une course qui fait appel à la force dans toutes ses acceptions: la force physique, la force de caractère, la force de résistance, la tenacité, le courage.

Plusieurs navigateurs y ont laissé leur peau – on se souvient des disparitions tragiques de Nigel Burgess et de Mike Plant en 1993, de Gerry Roufs en 1997. Quand on veut effectuer le tour du monde en solitaire, on doit savoir maîtriser sa peur, tenir le cap, rester éveillé pendant des jours, on doit savoir aussi grimper au mât pendant la tempête.

Ellen MacArthur, qui mesure 157 centimètres et pèse tout juste 50 kilos, a appris tout cela. Elle a aussi longuement travaillé avec le chronobiologiste Claudio Stampi pour savoir dormir par tranches de 20 minutes. On dit que sa gestion du sommeil, et donc de sa force physique, a constitué un sérieux atout.

En se lançant dans la course, Ellen MacArthur a également démontré qu’elle n’avait pas peur des défis techniques. Quand son agenda électronique tombe en panne, elle saisit un couteau pour le démonter. Ellen aime les instruments. Dans un courrier électronique envoyé pendant la course, elle a déclaré qu’elle naviguait notamment pour cela: «la liberté, la compétition, la technologie et une longue liste de compétences à acquérir».

Avec cette performance au Vendée Globe, elle rejoint la conductrice Michèle Mouton (première femme à remporter une épreuve du championnat du monde des rallyes, en 1981) et la navigatrice Isabelle Autissier dans le club encore très restreint des championnes du sport unisexe.

En se montrant meilleure que des hommes plus expérimentés qu’elle dans une compétition faisant appel à la force, Ellen MacArthur démolit joyeusement quelques idées préconçues. Pour toutes ces raisons, j’ai envie de l’embrasser sur ses deux joues rouges. Et aussi, surtout, pour la féliciter.

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A consulter:

KingFisher, le bateau.

EllenMacArthur.com, le site personnel.

La page de Libération consacrée à Ellen MacArthur.