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Mon collègue est un cobot

Les robots collaboratifs nous permettent de gagner en productivité, et nous poussent à repenser la manière dont nous travaillons.


Lʼindustrie utilise des robots depuis des dizaines d’années, mais une nouvelle génération de machines intelligentes voit le jour: les «collaborative robots», ou cobots. Capables de travailler aux côtés des humains, ils accomplissent des tâches pour les assister, et réciproquement. Dans l’usine de BMW à Dingolfing, par exemple, un cobot du fabricant allemand Kuka attaché au plafond se charge du montage répétitif et épuisant des transmissions, tandis que les ouvriers peaufinent l’assemblage avec précision et flexibilité, en toute sécurité.

Les premiers cobots ont été brevetés en 1999 par General Motors, qui avait besoin de systèmes de levage intelligents dans ses usines pour limiter les risques d’accidents dans le cadre de tâches difficiles. En 2015, les cobots agiles de petite taille ne représentaient que 5% des ventes totales de robots. Mais Barclays Equity Research estime que ce marché évalué à 120 millions de dollars pourrait passer à 3,1 milliards en 2020, puis atteindre 12 milliards en 2025. Cela correspond à 150’000 cobots vendus en 2020 et 700’000 en 2025.

Relation d’entraide

Sebastian Pfotenhauer, professeur en recherche et innovation à la Technische Universität München (TUM), s’intéresse de près à cette tendance: «Les cobots vont non seulement révolutionner le monde du travail, mais pourraient aussi transformer les espaces et les services publics.» Cette transformation soulève toutefois une question importante: si nous créons des robots capables de travailler avec nous, ne devrions-nous pas être formés à travailler avec eux?

Il faut voir les cobots comme des partenaires qui influent sur nos rôles et nos identités, et non pas comme des machines, selon Sebastian Pfotenhauer. «La collaboration n’est pas à sens unique, explique-t-il. C’est une relation d’entraide.» Sebastian Pfotenhauer pense qu’il faudrait pour cela apprendre à bien gérer les cobots dans leur environnement de travail, voire, dans les cas les plus complexes, repenser totalement la dynamique sociale au travail et au quotidien.

Maarten Steinbuch, directeur des technologies de systèmes de contrôle à l’Eindhoven University of Technology, prévoit également une hausse des interactions humains-cobots, mais n’est pas convaincu que les avancées du secteur se traduisent par une adoption généralisée des robots en entreprise. «Il est bien sûr possible de programmer des tâches de précision avec le cobot tandis que l’ouvrier se concentre sur d’autres missions nécessitant plus de flexibilité, mais ce cas de figure ne représente que 5% des situations dans l’industrie. La plupart du temps, les robots sont installés pour optimiser les lignes de production, et les équipes se consacrent à d’autres tâches comme la formation de ces machines.»

La collaboration en hôpital

Maarten Steinbuch pense qu’il est néanmoins important de réévaluer continuellement nos interactions avec la technologie: «La start-up néerlandaise Smart Robotics sensibilise les équipes qui travaillent dans les ateliers des usines à la collaboration avec les robots», explique-t-il. Son objectif: former 30’000 personnes au cours des prochaines années pour leur apprendre à programmer et commander les robots ainsi qu’à travailler en synergie avec eux. Les cobots les plus appréciés des acteurs de l’industrie sont le système YuMi d’ABB Robotics (Suisse) pour l’électronique grand public, les humanoïdes à commande tactile Sawyer et Baxter de Rethink Robotics (très polyvalents, ils peuvent par exemple gérer la logistique et l’inspection), et enfin les bras robotiques de la société danoise Universal Robots, qui permettent d’automatiser les tâches de production.

Cependant, l’avenir des cobots se profile principalement dans les environnements plus sociaux comme les hôpitaux, les organismes de santé et les services clients, estime Maarten Steinbuch. En médecine, les chirurgiens s’appuient déjà sur des machines sophistiquées pour réaliser des opérations complexes qu’ils ne pourraient pas effectuer seuls. Bien qu’intelligents, ces systèmes dits «maître-esclave» relèvent plus de l’outil que du robot.

C’est le cas de Da Vinci, qui permet de réaliser des opérations de précision en répliquant les gestes du chirurgien de manière plus minutieuse, plus précise et plus stable. Mais cette différence pourrait bientôt disparaître. «Mon groupe de recherche développe un robot pour les implants cochléaires proches de l’oreille, explique Maarten Steinbuch. La solution pourrait directement se baser sur les radios au lieu de répliquer les gestes: en allant au-delà du système maître-esclave, la machine opère de manière autonome sous surveillance, comme un vrai robot.»

Dans le monde du travail du futur, Maarten Steinbuch prévoit une montée en puissance des ingénieurs ainsi que des «compétences de maintenance robotique basique». Sebastian Pfotenhauer pense que les collaborateurs de demain devront également savoir coder et se perfectionner en permanence, tout en «suivant les évolutions sociales et politiques de près pour contribuer à la révolution robotique collaborative».

Habituer les enfants aux robots

L’augmentation des postes collaboratifs au cours des prochaines années devra, selon Sebastian Pfotenhauer, s’accompagner d’une approche responsable vis-à-vis des cobots. Les universités devraient par exemple aborder les conséquences sociales dans des domaines techniques comme l’ingénierie. Les pays dépendant économiquement d’industries fortement automatisées devront quant à eux encourager les formations créatives et spécialisées. «Lorsqu’il faudra repenser ou supprimer certains types de postes, la valeur apportée par les humains se retrouvera surtout dans les activités créatives ou sociales où l’interaction humaine est importante.»

Les deux professeurs estiment qu’il est important de sensibiliser les enfants aux risques et aux avantages de la technologie pour stimuler leur intérêt. Ils pourraient pour cela s’appuyer sur Roboy, un robot humanoïde de la taille d’un enfant doté de muscles et tendons synthétiques protégeant ses composants, pour des interactions sûres avec les plus jeunes. Développé dans un laboratoire d’intelligence artificielle à Zurich, ce petit compagnon est le fruit d’une collaboration interdisciplinaire de la TUM, et a déjà fait le tour du monde aux côtés d’un expert de la robotique pour dissiper les préjugés et les appréhensions sur les robots.

De l’autre côté de l’Atlantique, les chercheurs du MIT et de l’Université de Boston développent un système permettant de corriger les erreurs des robots à l’aide de signaux cérébraux. Des capteurs suivent l’activité cérébrale de la personne regardant un cobot Baxter à la tâche, et identifient les signaux liés aux erreurs pour permettre à la machine d’apprendre. Les chercheurs espèrent que cela nous permettra un jour d’interagir avec les cobots sans geste ni parole.

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Quatre postes d’avenir liés à la robotique

Ingénieur localisation pour cobots
S’assurer que les cobots sont adaptés au marché cible et à ses valeurs culturelles et comportementales.

Gestionnaire de drones de livraison
Garantir le respect des réglementations d’aviation civile et des délais de livraison, coordonner les réparations et les enlèvements.

Représentant commercial pour exosquelettes
Aider les clients à trouver le meilleur exosquelette possible, pour la santé comme pour les loisirs.

Enseignant spécialisé dans les robots
Présenter aux étudiants, aux collaborateurs des entreprises et au grand public les avantages et les défis liés aux robots.

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Une version de cet article est parue dans le magazine Technologist (no 13).

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