L’affaire des gendarmes brûleurs de paillote suscite des réactions étranges dans le camp socialiste. Inventaire de quelques petites phrases révélatrices.
«Je me bats contre Milosevic, moi, Monsieur. J’ai quand même autre chose à foutre que de demander à des gendarmes d’aller faire cramer une paillote en Corse.» C’est, en substance, ce que Lionel Jospin a déclaré mercredi soir à Patrick Poivre d’Arvor dans le journal de TF1.
La méthode de défense vaut ce qu’elle vaut, mais la question n’est pas là. Dans cette interview télévisée, le chef du gouvernement a aussi prononcé une phrase en forme de voeu pieu: «Pour la première fois, a-t-il dit, la justice peut faire son travail en toute indépendance.»
Ah bon? On penserait plutôt le contraire en écoutant Elisabeth Guigou. Quelques heures avant l’apparition de son patron à l’écran, la ministre de la Justice déclarait ceci: «C’est une affaire qui a été commanditée, ordonnée en Corse (…). Le gouvernement n’est évidemment pas impliqué.» Point final.
On veut bien la croire, Elisabeth Guigou. Mais on peut aussi regretter ses façons précipitées de voler au secours de sa propre équipe gouvernementale avant même d’obtenir les résultats de l’enquête. Est-ce une manière raisonnable de «garder les Sceaux»?
Cette phrase d’Elisabeth Guigou est sans doute révélatrice de l’affolement qui s’est emparé de l’équipe au pouvoir. Mais c’est le sénateur socialiste Michel Charasse qui recevra la statuette de la déclaration la plus glaçante: «Vous n’imaginez quand même pas que Lionel Jospin, avec son tempérament, son caractère protestant et rigoureux, un homme malade d’honnêteté, a menti comme ça», a-t-il déclaré mercredi.
L’honnêteté considérée comme une maladie? Il faut sans doute lui souhaiter un prompt rétablissement.
