Il m’est arrivé mardi une chose tout à fait exceptionnelle: pour une fois je me suis trouvé d’accord avec le président de la Confédération Adolf Ogi qui, soutenant enfin son collègue Leuenberger, s’est déclaré en faveur des articles constitutionnels sur l’énergie: «On ne peut pas se comporter n’importe comment avec la nature et il est trop facile de prétendre que ces articles constitutionnels ne représentent en fait que de nouveaux impôts.» Remarquez qu’il n’a pas annoncé une suspension des vols des avions militaires pour protéger l’environnement mais, il a fait un petit pas dans la bonne direction. Il me semble même l’avoir entendu à la radio regretter la fonte des glaciers, c’est dire à quel point il a subitement ouvert les yeux!
Mais ce qui me surprend tout de même, c’est la mollesse de la campagne menée par nos gouvernants sur un sujet que la brûlante actualité de la hausse du prix du pétrole propulse en tête des préoccupations du commun des mortels. Il est assez fascinant de voir à quel point nos politiciens arrivent à dépolitiser tout ce qu’ils touchent. Chacun sent que cette crise du pétrole ne fait que commencer, nous avons la chance grâce au hasard d’un calendrier électoral, de pouvoir discuter des questions énergétiques et chacun fait comme si la question ne le concernait pas.
Ecoutons Leuenberger qui, je le rappelle, est notre ministre de l’énergie. Selon l’agence AP, il a insisté «sur le fait que les votations du 24 septembre offraient à la Suisse la possibilité de donner une impulsion décisive à sa politique énergétique. La redevance incitative et la redevance en faveur de l’environnement revêtent une grande importance, tant pour la force hydraulique de la Suisse que pour son environnement et son climat, sans oublier les secteurs novateurs de l’économie.»
Cela vous donne à réfléchir? Cela vous pousse à aller voter? Moi non plus.
Mais ce que je sais, c’est que cela fait bientôt 30 ans que la question du pétrole est posée. Malheureusement, le choc pétrolier est entré dans la mémoire collective par son côté anecdotique, les fameux dimanches sans voiture que l’Helvète, enfin ancien combattant dûment patenté, ne se lasse pas d’évoquer autour de la broche dominicale.
Au-delà de l’anecdote, la réalité est que personne ne peut ignorer que le pétrole est une énergie non renouvelable et que, surtout, il est produit en grande quantité par un petit nombre de pays. La crise de 1973 a provoqué une certaine prise de conscience écologique liée au problème de la voiture et de la consommation de pétrole. Je ne sais que nous sommes nombreux à avoir découvert à cette époque-là les avantages considérables de l’abonnement général des entreprises suisses de transport et à y être restés fidèles. Mais les écologistes ont aussi commis une erreur monumentale par leur faux alarmisme: il ne faut pas oublier qu’en 1973/74, des scientifiques réputés sérieux annonçaient l’épuisement des réserves pétrolières mondiales pour les années 1990!
N’empêche, les réserves ne sont pas éternelles et si les deux grands pôles de développement industriel que sont les USA et l’Union européenne continuent à développer leur consommation de pétrole au rythme actuel (11% au cours de la dernière décennie) nous allons droit dans le mur.
Je ne suis pas partisan du retour à la chandelle et du couvre-feu à l’heure qui fut celle des poules. Mais nous avons en Suisse des ressources certaines en énergie renouvelable (vent, soleil et eau). Pour le moment, seule l’eau est exploitée systématiquement. Si les autres possibilités sont mal utilisées, cela tient à un manque de volonté politique dont le Conseil fédéral nous administre ces jours-ci une preuve supplémentaire en défendant mal sa politique énergétique. Et cela tient surtout au prix du pétrole qui, malgré les hausses récentes, est encore beaucoup trop bas par rapport à sa valeur réelle.
L’Europe, de l’Espagne à la Pologne, est aujourd’hui en rébellion ouverte contre les prix en prenant surtout pour cible les taxes gouvernementales. Or il suffit de regarder autour de soi pour constater que ces taxes ne sont pas encore suffisamment dissuasives pour obtenir des changements de comportements tant au niveau individuel qu’à celui des entreprises.
Je signale juste au passage que le ferroutage, qui est une grande et belle idée, ne se développe pas faute d’incitations économiques et que dans les Alpes, le transport des voitures sur le train n’existe (sauf erreur) qu’au Lötchberg parce qu’on ne peut pas faire autrement, mais qu’ailleurs il a été supprimé!
Un espoir est permis. Si la crise qui est en train de se développer ébranle vigoureusement l’Europe, il est possible que les vraies alternatives soient posées depuis Bruxelles: ferroutage obligatoire sur les grands axes européens, taxes violemment dissuasives sur l’essence et le gazole portant le prix du litre de benzine au niveau de celui du paquet de cigarette, investissements massifs dans les énergies renouvelables et les transports propres.
Mais je rêve… Dans deux mois, les Américains votent. Et aucun des deux candidats ne peut se mettre les automobilistes sur le dos. Donc les prix ne monteront pas trop…