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De Lausanne jusqu’à Madonna: le long chemin de Mirwais

Pour un musicien électronique, cela ressemble à la consécration suprême: Mirwais Ahmadzai, après vingt ans de galère sur les scènes parisiennes, a été choisi par Madonna pour assurer la direction artistique de six de ses nouvelles chansons. Le premier fruit de leur alliance, «Music», vient de sortir en single. Les cinq autres titres figureront sur l’album du même nom prévu pour le 19 septembre.

Du coup, tous les journaux s’intéressent à lui: qui est ce Mirwais? Il y a plusieurs réponses possibles. Son CV indique qu’il est né à Lausanne d’un père afghan et d’une mère italienne, qu’il a vécu les six premières années de sa vie en Afghanistan et qu’il est devenu musicien à Paris.

Madonna, elle, répond simplement: «Mirwais is the future».

La première fois que j’ai entendu parler de lui, c’était au tout début des années 80, à une époque où Madonna était une parfaite inconnue qui s’agitait dans la troupe de Patrick Hernandez. Le mouvement punk venait de secouer l’industrie musicale et Mirwais griffait sa guitare dans un groupe adolescent énervé: Taxi Girl.

Si les prestations scéniques du groupe provoquaient souvent le scandale – je me souviens d’un concert au Palace où le chanteur Daniel Darc s’était tailladé les veines pour asperger les premiers rangs de son sang -, ses disques restaient étonamment sages: des chansons pop garnies de claviers électriques, assez proches de ce que faisaient les Stranglers de l’autre côté de la Manche.

J’aimais bien la musique de Taxi Girl mais je ne supportais pas la naïveté des textes, ni ce Darc qui chantait très faux – une incompétence vocale qui n’a pas empêché leur deuxième 45 tours, «Cherchez le garçon», de devenir un tube et leur premier album, «Seppuku», de connaître un succès critique.

Et puis le groupe s’est effiloché: le batteur est mort, le pianiste est parti ailleurs et Taxi Girl s’est résumé à un duo: Darc et Mirwais. A l’époque, leurs pochettes et leurs vidéo étaient réalisées par un Jean-Baptiste Mondino qui, bien plus tard, travaillera avec Madonna sur les clips de «Open Your Heart» et «Justify My Love».

C’est l’amateurisme de l’industrie musicale française qui a finalement eu raison de Taxi Girl. Le groupe n’a jamais bénéficié des moyens qui lui auraient permis de toucher un large public. Mirwais s’est retrouvé seul à Paris avec une réputation de loser définitif et un compte à zéro. Pendant ce temps, la notoriété de Madonna ne cessait de croître.

A la fin des années 80, le guitariste montait un nouveau groupe, Juliette et les Indépendants, qui publiait dans l’indifférence générale deux albums de pop française insipide. Je n’aimais pas du tout leurs chansons mais je gardais une certaine admiration pour le talent de mélodiste et d’arrangeur de Mirwais. Lequel, en 1991, sortait son premier album solo, un disque tellement confidentiel que personne ne s’en est aperçu.

Et puis, je n’ai plus du tout entendu parler de lui. Mirwais paraissait fini, lessivé, dégoûté par une scène française décidément trop coincée pour remarquer son talent. J’ai appris plus tard qu’il avait arrêté totalement la musique, qu’il élevait ses deux enfants et qu’il travaillait pour un institut de sondage. Son histoire publique aurait pu s’arrêter là. Personne ne se serait douté qu’en l’an 2000, il tiendrait sa revanche et occuperait la place la plus enviée des producteurs d’electro.

Lire la suite de l’histoire de Mirwais ici.