Que les tribunaux américains parviennent ou non à mettre un terme à l’échange en masse de fichiers MP3 sur le Net, l’industrie du disque n’a pas fini de compter ses nuits blanches, ni ses avocats.
Au cœur de Bangkok, où je me trouve depuis quelques semaines, j’ai pu voir de face le monde des pirates technologiques, dont les filières étaient organisées bien avant l’apparition de Napster.
On entend souvent dire que la Thaïlande est la capitale mondiale de la contrefaçon électronique. Cette réputation est très vite confirmée par une visite sur Petchburi Road où s’élève sur cinq larges étages le Pantip Plaza, l’un des plus célèbres centres commerciaux de la cité. Plus proche du souk que de la galerie à l’américaine, Pantip réunit plusieurs centaines de stands proposant des CD musicaux, des films vidéos ou des logiciels.
Ici, le manque à gagner de l’industrie hollywoodienne se chiffre en millions de dollars.
Dans la grande majorité des échoppes, on trouve des «inédits», comme cette collection complète des disques de U2 enregistrée sur un seul CD au format MP3 et vendue pour une bouchée de pain (moins de 7 francs suisses). De telles compilations artisanales jouxtent des copies conformes des albums de toute les stars internationales.
On trouve aussi des films au Pantip Plaza, enregistrés sur VideoCD, un format populaire en Asie qui ressemble au DVD (même taille de disque) mais qui est moins performant, moins cher et plus facile à produire. N’importe quel film récent est disponible en VideoCD, y compris «Mission Impossible II», actuellement projeté dans les salles européennes.
Côté logiciel aussi, les stocks sont intéressants: j’y ai trouvé la version finale de Windows Millenium Edition (successeur de Win98) qui ne sera en vente qu’en septembre aux Etats-Unis…
L’achat est archisimple. On indique ses choix à un vendeur, qui récolte l’argent, disparaît, puis revient une dizaine de minutes plus tard avec un paquet de CD’s sous sa chemise, chacun enveloppé dans un sachet plastique contenant une copie couleur de la pochette.
La plupart des logiciels et CD musicaux piratés changent de main sur ces stands pour une somme oscillant entre 4.50 et 6.50 francs suisses (25 francs français).
Parfaitement illégal, ce système prospère sous les yeux des flics locaux, dont on dit qu’ils réclament quelques dessous de table pour se constituer un salaire décent.
Certes, la police effectue quelques rafles sporadiques – relatées ensuite en une du Bangkok Post –, mais elle se préoccupe davantage de la saisie de matériel pornographique, hautement réprouvé en Thaïlande, que de logiciels, de musique ou de vidéo.
Les boutiques incriminées rouvrent habituellement le lendemain, sinon dans l’heure, avec une perte minime en marchandise.