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Bienvenue Ruth Metzler… C’est la guerre!

En Suisse, une femme de 35 ans fera son entrée lundi au gouvernement. Elle devra empoigner le dossier le plus casse-gueule du moment: celui de la politique d’asile.

L’habit de conseillère fédérale reste à inventer, Ruth Dreifuss l’a amplement prouvé. Il n’empêche qu’une fausse Appenzelloise mais vraie gagneuse s’apprête à rentrer dans son uniforme de ministre de la Justice et de la Police. Bienvenue Ruth Metzler, princesse aux foulards Christian Dior!

Avant de parler politique (même si tout est politique), encore un mot sur les couleurs. Tous les prédécesseurs mâles de Ruth Metzler, y compris l’autre nouveau, Joseph Deiss, ont au moins une fois été traités de «gris». C’est la couleur préférée des journalistes du Palais, les jours où l’ennui fédéral se fait plus fort que d’autres.

Notre joyeuse ministre, quelle chance, n’a jamais été et ne sera sans doute jamais traitée de grise souris. Cette brave économiste n’en a pas moins pris pour son grade avant de pouvoir compter parmi les sept nains du Conseil fédéral.

Comme le cénacle du pouvoir n’est pas près de s’agrandir dans un pays aux réformes escargots, Ruth Metzler échappera pour longtemps au sobriquet de Blanche Neige, puisqu’il faudrait huit sièges au Conseil fédéral. Mais il lui colle déjà aux basques suffisamment de surnoms plus ou moins affectueux.

«La petite», «Spice Metzler» ou «Lady Heidi»: voilà pour les faux tendres. Mais Ruth Metzler a subi des assauts bien plus féroces, dont un billet paru dans Le Temps où elle était traitée de «putain bon teint» au travers d’une lettre imaginaire que sa malheureuse rivale Rita Roos lui aurait adressée du fond de ses tripes.

Ruth M. est finalement sortie renforcée de cette première au royaume des douces moeurs politico-journalistiques hélvétiques. Dans son parcours de golden women à l’échelle fédérale, elle aura mis à terre un premier homme: l’auteur du billet, le metteur en scène Denis Maillefer, n’a plus voix au chapitre. Il s’est retiré la queue entre les jambes et, surtout, sans broncher.

La jeunette «lisse comme un fruit traité» doit cependant savoir que le plus dur reste à venir. Ce n’est ni son âge, ni ses tailleurs et encore moins son sourire pepsodent qui vont nous intéresser maintenant. Cette patriote faussement naïve et sincère a devant elle le dossier le plus poignardant du moment: celui de la politique d’asile.

Face au cauchemar balkanique, il ne s’agira plus de sortir ses fiches de bonne élève qui «apprend vite et aime travailler en équipe». Ruth Metzler va devoir se dégraffer dans l’urgence de la guerre. Et dévoiler quelle stature humaine et profondément politique elle cache derrière son goût assumé du pouvoir.

«La petite» tombe à pic pour redonner sa dignité et son sens à la trop fameuse tradition humanitaire helvétique. Si elle slalome, si elle échoue, nous pourrons alors revenir aux formules assassines. Mais nous n’avons aucune raison de le lui souhaiter.

Que notre Lady continue de nous surprendre en bien. Elle y gagnera sa toge de femme d’Etat, sous laquelle plus personne ne se sentira le coeur d’aller bassement lorgner.