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Animaux domestiques: un business qui frétille

Les Romands dépensent toujours plus pour leurs animaux de compagnie. De nombreuses entreprises exploitent cet engouement et affinent leur offre de produits et services pour chiens et chats.

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«Chaque semaine, huit nouveaux chiens, en moyenne, intègrent mes cours. Et je reçois une dizaine de coups de fil par jour.» Selon son directeur Julio Martinez, l’Ecole du Chien, un centre de dressage genevois, enregistre une croissance annuelle d’environ 50%. De quoi faire rêver beaucoup d’entrepreneurs… Le secteur des produits et services pour animaux domestiques ne cesse de croître.

Les chiffres sont spectaculaires. En 2005, les Suisses ont dépensé environ 540 millions de francs pour leurs animaux de compagnie, nourriture, accessoires et soins compris, selon la Protection Suisse des animaux (PSA). En 2013, cette somme s’élevait à près de 640 millions de francs, selon le cabinet Euromonitor international.

L’accroissement des dépenses est notamment dû au fait que la population des animaux domestiques augmente en Suisse. Selon les différentes sources, en 2012, en Suisse, les chiens ont dépassé les 526’000 et le nombre de chats frôle 1,5 million.

«Les gens achètent davantage d’animaux domestiques aujourd’hui, confirme Gina Buillet, directrice des enseignes Canicrok à Genève, des magasins d’accessoires et de nourriture pour animaux. Les aînés, dont la population augmente, vivent souvent seuls. Ils prennent donc un animal, pour avoir une compagnie.»

Par ailleurs, les propriétaires bichonnent leurs animaux. Et ce n’est pas un hasard: «D’un point de vue purement biologique, on sait que le simple fait de caresser son chien ou son chat augmente le taux d’ocytocine, l’hormone du bonheur, et diminue le cortisol, celle du stress, tant chez l’homme que chez l’animal, explique Blaise Pierrehumbert, chercheur en psychiatrie au CHUV et spécialiste des relations entre l’homme et l’animal. Afin de faire perdurer cette expérience, les humains préservent ces compagnons du mieux qu’ils peuvent.»

D’autres facteurs entrent encore en ligne de compte pour expliquer la progression du marché. En 2008, le Département fédéral de l’intérieur a introduit une nouvelle ordonnance, qui stipule que les nouveaux propriétaires de chiens devront suivre des cours obligatoires, destinés à améliorer leur connaissance et leur maîtrise de l’animal. Pour les chiens de petite taille, il est nécessaire de suivre quatre cours de dressage d’une heure. Les personnes qui acquièrent un grand animal doivent passer un examen. Au programme: des tests sur la sociabilité du chien.

«Cette législation a contribué à nous amener de nouveaux clients, relève Julio Martinez. Mais les gens ne viennent pas seulement éduquer leur chien par obligation. Une part importante de ma clientèle vient de manière volontaire. Et parmi les personnes qui suivent les leçons obligatoires, environ 30% continuent de fréquenter les cours durant une année ou deux, pour se perfectionner, alors même qu’ils ont déjà rempli les exigences légales.» La croissance de la demande enregistrée par l’Ecole du chien requiert de la souplesse d’organisation, mais aussi de proposer du sur-mesure. «Nous travaillons sept jours sur sept. Notre offre de cours s’étale du lundi jusqu’au dimanche matin. En outre, selon le souhait du client, nous proposons d’aller chercher le chien au domicile du propriétaire le matin, de le dresser et de s’en occuper durant la journée, puis de le ramener le soir.»

La demande suit, notamment grâce au bouche-à-oreille. Fondée il y a 25 ans, l’Ecole du Chien possède à présent deux terrains, à Bernex et à Vandoeuvres. Environ 2200 chiens y sont éduqués chaque année. Pour les cours privés, à 70 francs de l’heure, il faut compter deux semaines d’attente. Les cours collectifs sont au tarif de 25 francs.

Propriétaires mieux informés

Si le marché des produits et services pour animaux domestiques continue de croître, c’est aussi parce que les propriétaires s’informent plus qu’auparavant. «Les gens s’impliquent davantage dans les achats pour leurs animaux, assure Gina Buillet, chez Canicrok. Les clients recherchent désormais des produits naturels, qu’il s’agisse de la nourriture ou encore des shampoings. Depuis le scandale de la vache folle, ils se méfient des farines animales. Ils veulent savoir d’où proviennent les aliments et comment sont fabriqués les produits qu’ils utilisent. Ils traitent leurs animaux comme des êtres humains, en recherchant des produits de qualité.»

Comme l’Ecole du Chien, Canicrok a profité de cette tendance: en 2005, la société comptait un point de vente et deux employés. Aujourd’hui, deux commerces supplémentaires ont été inaugurés, ainsi qu’un site de vente en ligne. L’entreprise emploie sept personnes. Nicolas Nevoux, responsable des animaleries pour la chaîne de magasins de jardinage Schilliger, qui compte des enseignes à Matran (FR), à Plan-les-Ouates (GE) et à gland (VD), confirme l’importance grandissante pour les propriétaires de la qualité de l’alimentation de leurs bêtes: «La viande de boeuf ou de poulet utilisée dans certaines nourritures pour chats est similaire à celle utilisée pour les plats consommés par les êtres humains. Nous vendons uniquement de la nourriture «premium». Au sein de nos différents magasins, on observe une croissance annuelle de 15 à 20% sur le segment de l’alimentation pour chiens et chats.» Seulement, la qualité a un prix: il faut compter entre 15 à 20 francs pour un sac de 15 kilos de qualité standard, contre 90 à 100 francs pour du premium.

A gland, la Puce à l’Oreille, un salon de toilettage pour chiens et chats dans lequel travaillent quatre personnes, surfe lui aussi sur la vague des services pour animaux de compagnie. La société, fondée il y a vingt ans par Valérie Bollhalder, affiche un taux de croissance de 23% sur les trois dernières années, principalement dû à l’arrivée de nouveaux clients. Depuis le début de l’année, elle en a déjà acquis plus d’une trentaine. «Certaines personnes viennent depuis les grisons, Zurich, le Valais ou encore la France pour faire toiletter leur animal chez nous!», se réjouit la propriétaire.

Culte de l’apparence

L’ordonnance entrée en vigueur depuis 2008 a, en partie, contribué à ce succès. «Il est vrai qu’avec cette législation, les gens sont plus attentifs sur la manière dont il convient de prendre soin de son chien. Je remarque que les nouveaux propriétaires amènent davantage leur chiot qu’auparavant. Pour la plupart, ils deviennent ensuite des clients réguliers.» Tarifs horaires: de 66 à 76 francs, selon la taille de l’animal. Il faut compter entre une heure trente et trois heures de travail pour un toilettage complet.

Comme en alimentation, le segment «premium» est en vogue. Le succès des vêtements et produits de luxe pour chiens l’illustre. «Les gens veulent souvent être «représentés» par l’apparence de leur chien. Du coup, la tendance actuelle consiste à habiller son animal», indique Christina Clouvas, directrice de J’adore My Dog, une boutique genevoise d’habits et accessoires pour canidés, qui a ouvert ses portes en 2006.

Ses collections sont confectionnées par de grands couturiers comme Christian Audigier ou des marques comme Juicy Couture et comprennent une quarantaine de modèles de pulls ainsi qu’une vingtaine de parkas différentes. Sans oublier les laisses rétractables agrémentées de cristaux Swarovski, à 250 francs l’unité.

La boutique, qui enregistre une croissance annuelle moyenne de 10%, jouit d’une belle carte de visite depuis que le chien du film The Artist a porté un de ses colliers. «Il existe encore très peu de magasins en Suisse qui proposent des articles de luxe pour animaux, poursuit la responsable. Alors j’ai eu l’idée de lancer J’adore My Dog.» Sa clientèle principale: les propriétaires de petits chiens. «Les vétérinaires conseillent de les habiller lorsque le temps se rafraîchit. De plus, ma clientèle est surtout citadine. Et en ville, posséder un petit chien reste bien plus pratique!»

En matière de produits destinés aux animaux domestiques, être présent sur internet peut se révéler intéressant. La boutique de vente en ligne Shopanimal, créée par Florian gobet en 2011 affiche un joli taux de croissance. «J’observe une progression annuelle de 30% pour un chiffre d’affaires qui avoisine les 400’000 francs, confie le fondateur. Si je continue à ce rythme, j’engagerai prochainement du personnel afin de pouvoir gérer le stock et les commandes.»

La nourriture pour chiens et chats étant déjà bien présente dans les grandes surfaces, Shopanimal se concentre principalement sur les accessoires. Jeux, grilles de séparation pour la voiture ou encore niches, l’offre est vaste et comprend également des produits pour rongeurs, poissons, reptiles, oiseaux et animaux de ferme. «Pour réussir sur internet, il y a deux points essentiels: avoir une gamme de produits la plus large possible et disposer d’un maximum d’articles en stock.»

Selon Florian gobet, la tendance future à ne pas manquer concerne les produits high-tech comme les «petcams». «Il s’agit de mini-caméras qui se fixent au collier. Ce qui permet au propriétaire de savoir ce que fait son chat quand il sort ou d’immortaliser une balade avec son chien. Les gens commencent à s’intéresser à ce genre de gadgets.»

En revanche, pour des produits plus spéciaux, comme les habits, internet constitue plus une vitrine qu’un réel canal de vente. «J’ai commencé par la vente en ligne avant d’ouvrir ma boutique en 2006, raconte Christina Clouvas de J’adore My Dog. Les clients voulaient pouvoir essayer les produits sur place, surtout pour se rendre compte des tailles qui convenaient à leur chien. J’ai alors compris qu’un point de vente physique était essentiel. Aujourd’hui, internet représente environ 10% de mes ventes.»

Pour les enseignes Canicrok, présentes sur le Web depuis cinq ans, la Toile constitue un moyen d’atteindre des clients dans toute la Suisse romande. «Mais les ventes évoluent plus lentement que dans nos magasins, observe Gina Buillet. Les gens a
apprécient de voir les produits directement et sont plus prudents sur internet.»
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Une version de cet article est parue dans PME Magazine.