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Les mots de l’année 2011

large010112b.jpg«Tu peux t’arrêter, on a compris. Tu sais, avec tes théories, tu es vraiment attachiante.» Attachiante! Si, comme moi, vous deviez être traitée de la sorte, sauriez-vous quel sens accorder à cet adjectif?

Le contexte me laissait entendre qu’il ne s’agissait pas d’un compliment. Explication donnée par mon interlocuteur: «J’ai fait usage du lauréat du Festival XYZ. J’ai lu l’info quelque part.» Par la suite, j’ai appris que ce festival, créé par le sociologue Eric Donfu, consacre chaque année «le mot nouveau» apparu lors des 12 mois précédents.

«Attachiant», qui désigne une personne difficile à vivre mais dont on ne peut se passer pour autant, a été préféré à «aigriculteur», «eurogner» ou encore «bête seller». L’an passé, c’est «phonard» qui avait été retenu, un terme faisant référence à une personne qui utilise excessivement son téléphone.

En fait, de très nombreux jurys se réunissent en fin d’année pour déteminer les mots qui la reflètent le mieux. Une approche langagière aussi digne d’intérêt que les sempiternelles approches quantitatives. Vive l’abandon des chiffres et de leur apparence d’objectivité qui brouille une réalité plus complexe! N’en déplaise aux dévots des pourcentages et des graphiques, les mots aussi peuvent cerner le réel.

En voici quelques exemples avec une sélection des «mots de l’année 2011». Au Royaume-Uni, l’Oxford English Dictionnary a retenu «squeezed middle», l’expression inventée par le leader de l’opposition Ed Miliband, pour désigner la classe sociale la plus touchée par la crise.

La Société de la langue allemande (Gesellschaft für deutsche Sprache) a opté pour «Stresstest », un terme attribué à un test «à haute pression» dont ont été l’objet les banques, les centrales nucléaires et la gare de Stuttgart.

Après «bling bling» en 2008, «parachute doré» en 2009 et «dette» en 2010, en France, le Festival du Mot de la Charité-sur-Loire a retenu «dégage!» pour résumer 2011 et se réjouit que «le mot, signe privilégié des idées, confirme chaque jour sa capacité à élargir nos horizons, émoustiller nos imaginaires, attiser nos curiosités».

L’Université Karl-Franzens de Graz, en Autriche, a estimé qu’«Euro-Rettungsschirm» convenait au vécu autrichien de cette période.

En Espagne, pour l’Institut Cervantes, c’est «Querétaro» qui l’emporte, une référence aux Espagnols qui quittent en masse le vieux continent pour la ville mexicaine qui porte ce nom.

Et en Suisse? Après «Minarettverbot» et «Ausschaffung», «Euro-Rabatt» s’est imposé aux yeux d’un jury qui ne compte pas de Romands.

Dans la lointaine Chine, c’est le caractère «kong», soit contrôler, qui a été retenu après «zhang», hausse des prix, l’an dernier.

Enfin, dans un registre plus spécialisé, les deux mots stars de l’année 2011 sont «crise» et «vérité», selon le site L’Entreprise, qui a dressé le palmarès des mots du business en 2011. Un choix dicté par la fréquence de leurs citations dans cent journaux généralistes et économiques.

Et nous, les internautes, vers quels mots-clés nos clics se sont-ils orientés? Google s’y est intéressé. L’outil de navigation a compilé les requêtes soumises ces douze derniers mois. Le résultat est consultable ici. A l’échelle de la planète, on découvre en tête Rebecca Black (vous connaissez?), suivie de Google+, puis iPhone 5 (en 6e position), Steve Jobs (9e) et iPad 2 (10e). Apple se porte bien! Le nucléaire apparaît en 8e position dans ce classement.

Quant aux citoyens lambda, des sondages laissent entendre qu’ils seraient une majorité à répondre «les indignés», et non «l’indignation». Une appellation qui vient rappeler que sans des hommes pour leur donner vie, les mots sonnent creux. Ce choix évoque également «The Protester», le manifestant, «la personne de l’année» du magazine Time. Un hommage aux protestataires qui ont envahi les rues en 2011, du Proche-Orient à Moscou, en passant par les Etats-Unis. En 2009, c’est le président de la banque centrale américaine Ben Bernanke qui avait eu cet honneur.

En deux ans, les mots et les hommes de l’année ont changé. Le monde aussi.