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Le Forum de Davos expliqué à mon moniteur de ski

Comme chaque année à pareille époque, tout ce que la planète terre compte de «global leaders» effectue le déplacement des Grisons.

Le Forum de Davos, dont c’est la trentième édition, accueille pour la première fois un président américain en exercice: Bill Clinton effectuera en effet une visite éclair de sept heures le 29 janvier. Une trentaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus, tout comme 1200 capitaines d’industrie et plusieurs centaines de personnalités de la société civile.

La grande ambition du World Economic Forum est d’affronter les «révolutions de la mondialisation», notamment dans le domaine des biotechnologies, des télécommunications et des technologies de l’information, secteurs en plein bouleversement ainsi qu’en témoignent plusieurs fusions à grand spectacle depuis le début de l’année (AOL-Time Warner; Glaxo SmithKline).

On y évoquera également la place dans le monde des Etats-Unis, «unique superpuissance»; et l’avenir de la Chine, à la recherche d’un «nouveau modèle asiatique».

Au-delà des bonnes intentions traditionnellement affichées («réfléchir aux défis de demain»), le forum de Davos est avant tout un club très hermétique où des hommes d’affaires fortunés (ils paient très cher leur ticket d’entrée) et de préférence anglo-saxons viennent écouter l’élite politique débattre de l’état de la planète dans d’innombrables séances plénières et autres «workshops» en petit comité. Les vrais «deals» se concluent en général en coulisses.

Fascinés par la capitalisation boursière cumulée du panel de participants qu’ils ont sous les yeux, les 650 journalistes qui «couvrent» le forum rapporteront certainement comme chaque année les faits et gestes de ces chic people sans prendre la peine d’émettre le début d’un doute.

C’est le forum de la pensée unique, où les représentants de la presse, trop facilement subjugués par le ballet des limousines et des hélicoptères, oublient leur devoir d’esprit critique. A fréquenter de si près le tout grand pouvoir en représentation, ils se donnent l’illusion de leur propre importance, zappant la contestation, forcément ringarde et obsolète.

Ainsi, au fil des années, le forum est devenu un sorte de directoire mondial informel où sont prises d’importantes décisions dans le secret des salons feutrés de confortables hôtels. L’idée ne viendrait à personne de contester l’utilité d’un tel événement, ne serait-ce que parce qu’il privilégie les prises de contact informelles entre grands de ce monde, loin du protocole diplomatique parfois étouffant des chancelleries.

Il est par contre plus difficile de digérer l’impression de déficit démocratique du forum, à savoir son incapacité congénitale à entendre d’autres voix.

L’an dernier, les organisateurs avaient invité, grotesque alibi, l’écrivain français Viviane Forrester, auteur de «L’horreur économique», un essai au vitriol sur les ravages de la globalisation. De la même manière, ils se donneront bonne conscience cette année en acceptant la présence modeste de quelques ONG anti-globalisation comme Greenpeace ou Third World Network.

Diverses coordinations opposées à l’Organisation mondiale du commerce seront aussi présentes à Davos, comme la Confédération paysanne française de José Bové, personnage symbolique des manifestations de Seattle en janvier dernier. Les manifestants qui avaient alors passablement perturbé le sommet de l’OMC ont d’ailleurs promis de remettre ça à Davos, malgré l’interdiction des autorités cantonales grisonnes. L’armée suisse a été appelée en renfort pour les tenir à distance samedi prochain: silence, on globalise!

José Bové disait récemment qu’il ne s’agit pas d’être pour ou contre Davos, mais de forcer le Forum à effectuer sa mue, de contraindre «l’élite économique à ouvrir davantage les débats aux acteurs du Sud et de la société civile».

La question n’est pas tant de savoir s’il faut encourager ou combattre la globalisation, mais bien davantage de trouver un moyen d’en amoindrir la sauvagerie.

Le programme officiel de Davos version 2000 s’articule autour d’un thème central curieusement intitulé «Nouveaux débuts, faire la différence». Laquelle?

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Guillaume Dalibert est journaliste. Il se demande pourquoi les participants du forum ne profitent pas davantage des remontées mécaniques mises gratuitement à leur disposition par l’Office du tourisme de Davos.