KAPITAL

Ils transforment les ordures en carburant

L’entreprise Kompogas recycle les déchets pour produire du biogaz, une énergie neutre en CO2. Elle exporte aujourd’hui sa technologie dans le monde entier.

Transformer les déchets végétaux en biogaz, une énergie neutre en CO2, pour en tirer de l’électricité ou l’utiliser comme carburant automobile: c’est le procédé ingénieux développé par l’entreprise zurichoise Kompogas.

En sa qualité de pionnière, cette société fondée en 1991 jouit aujourd’hui d’une avance technologique considérable — qu’elle exporte dans le monde entier, de l’Espagne au Japon en passant par Doha, où elle a d’ailleurs inauguré en début d’année sa plus grande installation de fermentation, capable de produire 274 000 tonnes de biogaz par an.

Au total, plus de 40 sites, dont 17 en Suisse, sont ainsi dévolus à la transformation des ordures biodégradables. En croissance continue, Kompogas a généré l’an dernier un chiffre d’affaires de 58 millions de francs suisses et emploie actuellement 100 personnes.

Tout a pourtant commencé à tâtons, vers la fin des années 1980, quand le fondateur de la société, Walter Schmid, a entrepris ses premières expériences sur son propre balcon…

Par la suite, le processus de recyclage n’a cessé de se perfectionner et les récompenses ont suivi pour l’entreprise zurichoise: vice-lauréate de l’Energy Globe Award en 2002 et vainqueur du Prix suisse de l’environnement en 2004.

«Depuis février 2006, nous pouvons compter sur un partenaire puissant, le groupe énergétique suisse Axpo, qui a acquis 49% des parts», souligne Marcel Leibacher, responsable communication de Kompogas. Par rapport au traditionnel compostage, le procédé de Kompogas présente l’avantage évident de produire de l’énergie: privés d’oxygène, les déchets sont transformés en biogaz dans des réservoirs fermés, les digesteurs, sans dégager d’émissions.

Ce biogaz est essentiellement constitué de méthane, gaz à l’origine de la production d’électricité écologique (le gaz est brûlé dans des centrales de cogénération), de chaleur ou de carburant.

Aujourd’hui, en Suisse, plus de 200 communes remettent leurs déchets bio à des installations de Kompogas. En Suisse romande, outre l’installation de Lavigny, déjà opérationnelle, de nouveaux sites de production s’apprêtent à voir le jour, à Villeneuve en 2009, puis Posieux, Sierre et Chavornay en 2010, après le rachat de la Compostière de la Plaine de l’Orbe (CPO) par Kompogas.

«L’installation de Chavornay servira essentiellement à la production d’électricité, explique son directeur, Othmar Marbacher. Nous tablons sur 20’000 tonnes de déchets recyclés par an, ce qui permettra de produire 4 millions de kilowattheure par an, assez pour alimenter 1000 ménages de la région. La chaleur dégagée par la combustion servira aussi à chauffer les bâtiments à proximité du site.»

Kompogas vise également le marché du transport routier. En Suisse, la société commercialise son carburant bio à plus de 100 stations-service naturelles, s’imposant comme le plus grand fournisseur de carburant neutre en CO2 à l’échelle nationale.

Le biogaz, facturé 1,52 franc le kg (l’équivalent de 1 litre d’essence), propulse des véhicules déjà en circulation, en produisant nettement moins d’acide et de gaz à effet de serre que les moteurs à essence ou diesel. En Suisse, Migros Zurich, par exemple, confie déjà ses légumes invendus à Kompogas, dont le carburant alimente en retour une partie des camions du géant de la distribution.