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Une expérience lausannoise unique au monde

«La quantité et la qualité de sommeil est génétiquement déterminée. Il y a des familles de gros dormeurs et des familles de petits dormeurs», explique Medhi Tafti, codirecteur du Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil (CIRS) de Lausanne. On estime aujourd’hui que la qualité du sommeil est due pour 50% à l’action des gènes. C’est énorme, et jusqu’ici totalement négligé.»

Lors d’expériences avec des souris, un mammifère qui partage 99% de ses gènes avec l’homme, l’équipe du professeur Tafti a montré que même le besoin de sommeil est génétique. «Nous avons observé comment les souris répondent aux privations de sommeil. Certaines souches supportent relativement bien l’expérience et d’autres se retrouvent complètement K.-0. Or, intuitivement, on voit bien qu’un phénomène semblable existe chez l’homme: certaines personnes s’accommodent plutôt bien d’une privation ponctuelle de sommeil alors que d’autres sont très vite à plat.»

Dans le cadre du projet «CoLaus», une étude médicale effectuée sur plusieurs années et impliquant des milliers d’habitants lausannois, des expériences sur le sommeil liées à la génétique vont démarrer ce printemps. Au total, 6200 personnes ont passé des examens au niveau cardiovasculaire, mais également comportemental et psychiatrique (pour deux tiers d’entre elles). «Mais surtout, ces 6200 personnes ont été génotypées. C’est-à-dire que nous connaissons leur profil génétique individuel. Pour les personnes qui l’accepteront, nous allons maintenant obtenir des informations sur leur sommeil et les enregistrer durant la nuit. Elles seront équipées à domicile pour un encéphalogramme qui fournira de très précieux renseignements (plus les ondes de l’élec-troencéphalogramme sont amples et lentes, plus le sommeil est profond, ndlr). Nous souhaitons enregistrer environ 500 personnes par an. Cette mise en relation des génotypes et de l’analyse du sommeil sur un échantillon de population aussi large est pour l’heure unique au monde.»

Les expériences avec les souris ont déjà permis d’isoler le gène qui intervient dans la sensation de fatigue. Il s’appelle Homer1A et régule le taux de calcium dans les neurones. L’objectif consiste désormais à explorer son influence exacte chez l’homme, ce qui ouvrirait ensuite la voie à des traitements médicaux. «Nous espérons dans un premier temps mettre la main sur les gènes majeurs impliqués dans la qualité du sommeil. Par la suite, une application médicale consisterait par exemple à agir sur certains gènes pour améliorer la qualité ou modifier la quantité de sommeil.»

Ces découvertes pourraient aussi favoriser le traitement de symptômes psychiques. «Toutes les maladies psychiatriques (dépression, schizophrénie, troubles anxieux) sont caractérisées par une baisse de l’intensité du sommeil. On suppose que le gène Homer1A joue un rôle dans l’évolution de ces pathologies.»

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Une version de cet article est parue dans L’Hebdo du 14 mai 2009.