KAPITAL

Comment Mobility impose son modèle à l’Europe

Le leader du covoiturage, dont la clientèle augmente annuellement de 10%, séduit toujours plus d’entreprises. Son expansion passe par l’Autriche.

Ce n’est pas un hasard si 83’000 personnes et 2’100 entreprises se sont laissé séduire par la coopérative Mobility. Il y a d’abord la simplicité d’utilisation. Le client réserve sa voiture par Internet ou par téléphone vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours par semaine. Ensuite, il en prend possession à l’un des 1’050 emplacements répartis dans toute la Suisse, généralement à proximité immédiate des gares ou d’autres endroits stratégiques. Un emplacement où il ramène le véhicule après avoir effectué son trajet. La carte de membre, munie d’une puce, permet d’ouvrir tous les véhicules de la flotte sans clé.

Abonné à Mobility depuis deux ans, Philippe Schneider de Cressy (GE), 47 ans, s’est séparé de sa voiture personnelle: «J’utilise ce service au minimum trois fois par semaine pour aller chercher ma fille après son entraînement de football. Je réserve à l’avance sur Internet comme je le pratique pour les trajets ponctuels du week-end. Au final, cette solution me coûte un peu plus de 2’000 francs par an, essence comprise. Je trouve la formule très souple puisqu’il est aussi possible de réserver au dernier moment la voiture désirée. Le logiciel indique automatiquement le véhicule le plus proche et je dispose de quatre voitures dans un rayon d’un kilomètre.»

Pratique, écologique, mais aussi financièrement avantageux, le concept de la coopérative basée à Lucerne a trouvé son public: le chiffre d’affaires et le nombre de clients progressent de plus de 10% par an depuis son lancement en 1997. Les revenus annuels de la société, qui emploie 158 personnes, dépassent désormais les 50 millions de francs. Généralement réinvestis, les bénéfices atteignaient 625’000 francs durant le premier semestre 2008. Et ce n’est qu’un début puisque, selon une étude de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), le nombre de clients potentiels en Suisse pour Mobility s’élève à 500’000 personnes.

Pour gérer un tel parc automobile et coordonner les innombrables réservations, Mobility a mis au point son propre logiciel, baptisé MobiSys (lire plus bas). C’est l’une des forces de la coopérative, qui entend exporter sa technologie et part à la conquête de l’Europe. En début d’année, elle est entrée dans le capital de Denzel Mobility Carsharing, en Autriche, qui bénéficie d’une base de 200 véhicules et 11’000 utilisateurs. Mobility lui loue la licence de son système informatique. «Nous souhaitons développer de tels partenariats avec des entreprises déjà existantes», explique Viviana Buchmann, directrice de Mobility.

En l’espace de dix ans, l’image un peu ringarde des voitures rouges s’est radicalement transformée: «Pour les entreprises, rouler avec Mobility est aujourd’hui tendance. Arriver à un rendez-vous avec une telle voiture donne une image moderne et responsable», constate Janine Margiotta, responsable marketing de la coopérative. De Logitech à UBS en passant par l’EPFL, Migros ou Ikea, de plus en plus de sociétés et d’administrations, bien conscientes qu’un parc automobile mal exploité est source de dépenses importantes, misent sur la coopérative lucernoise. Mobility leur propose des solutions sur mesure et s’occupe de la maintenance (nettoyage, services, changement de pneus…).

«En nous abonnant à ce système, nous avons pu liquider notre ancien parc de voitures, précise Philippe Vollichard, responsable du développement durable à l’EPFL. La formule actuelle limite les abus car les frais d’essence sont imputés directement à chaque unité. Nous avons ainsi réduit de plus d’un tiers notre consommation de carburant depuis l’introduction du système en 2004.» Des économies intéressantes, surtout en période de crise. «Le domaine ‘business’ est un secteur clé de notre développement, confirme la directrice Viviana Buchmann. Il représente un cinquième du chiffre d’affaires total et sa croissance annuelle s’élève à 20%.»

Reste à relever un dernier défi: permettre de retourner le véhicule à un autre endroit que l’emplacement de départ. «C’est un problème de gestion complexe qui n’est pas encore résolu, admet Viviana Buchmann, mais nous y travaillons. Un jour, il sera possible d’emprunter une de nos voitures et de la rendre à un autre emplacement.»

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Réservation: aussi simple qu’un sms

De la réservation en ligne à la facturation, tout est automatisé.

Mobility réalise environ 1,5 million d’opérations par an. Ce qui nécessite un recours à un système informatique pointu pour gérer correctement le flux de commandes.
La réservation, effectuée en ligne ou par téléphone, est tout d’abord enregistrée au centre de facturation à Lucerne. Puis un SMS est transmis à la centrale de Swisscom. De là, les données sont envoyées à l’ordinateur de bord du véhicule concerné.
La télématique permet que seule la personne qui a réservé puisse ouvrir le véhicule avec la carte Mobility (ou avec une autre carte compatible, comme la carte d’étudiant de l’EPFL).
A la fin du trajet, l’ordinateur de bord retransmet les données du trajet à la centrale de Lucerne qui pourra en fin de compte établir la facture.

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Une version de cet article est parue dans le magazine économique suisse Bilan du 28 janvier 2009.