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Les petites vanités de la gauche bling bling

Accueillir en Suisse des détenus de Guantanamo? Ce serait en tout cas se moquer des autres requérants. Et probablement aussi indigne que d’aller parader dans les ruines de Gaza à seule fin de lustrer son image.

Bien sûr ils sont souvent frileux, nombrilistes, conservateurs jusqu’à la caricature. N’empêche, les cantons pour une fois, face à la Confédération, voient peut-être juste en se rebiffant contre une des initiatives les plus discutables jamais prises par Micheline Calmy-Rey. On veut parler bien sûr de cette offre d’accueillir, au titre de l’asile, des détenus de Guantanamo.

Après les fortes réserves de la conseillère d’Etat saint-galloise Karin Keller-Sutter – présidente de la Conférence des directeurs de justice et police – c’est le vaudois Philippe Leuba, dans Le Temps, qui enfonce sérieusement le clou.

D’abord, relève-t-il, les conditions plus que discutables d’incarcération à Guantanamo ne font pas de ces détenus extraordinaires des innocents automatiques. Ou comme le disait, autrefois, le romancier Graham Greene, le fait que le juge boive n’atténue en rien la gravité des faits qu’il juge.

Ensuite le statut ambigu de prisonniers dont ne veulent ni les Etats-Unis ni les pays d’origine: «Ces personnes ne peuvent être considérées comme le diable à la fois par les Américains et par les pays islamistes.» D’où cette conclusion sensée: «Accueillir des détenus de Guantanamo sans savoir à qui l’on a affaire est irresponsable.»

Le risque semble en effet plutôt conséquent. Surtout qu’il existe un précédent aussi fâcheux que spectaculaire, ce détenu libéré de Guantanamo en 2007, estampillé blanc comme neige, et qu’on retrouve quelques mois plus tard participant à l’attentat qui a fait seize morts devant l’ambassade américaine au Yémen. L’innocent était devenu entre temps numéro deux d’Al-Qaida dans ce pays.

De plus, selon le Pentagone, certes encore sous administration Bush, sur les 520 détenus déjà libérés, 61 auraient replongé. Même les ONG émettent des réserves. Human Right First estime ainsi que le simple fait de relâcher des prisonniers de Guantanamo «pourra entraîner des risques qui doivent être soupesés». Pour la bonne raison que le séjour dans ce camp de l’horreur n’aurait fait qu’attiser chez les détenus leur haine de l’Occident.

Enfin, l’administration Obama a reconnu avoir trouvé dans un état proche du foutoir absolu les dossiers concernant les détenus. Difficile donc d’établir aussi bien la culpabilité que l’innocence des intéressés.

Tout cela, à la limite, ne serait pas encore bien grave. Il y a pourtant pire: accueillir des détenus de Guantanamo, ce serait piétiner encore un peu plus un droit d’asile déjà mis à mal par une minorité de malfrats – cambrioleurs géorgiens, trafiquants africains. Ce serait aussi se moquer des requérants qui, eux, au lieu d’avoir participé à des combats, les ont fui. Se moquer des ces autres requérants dont les motivations ne sont qu’économiques, donc pacifiques, donc utiles au pays d’accueil comme au pays d’origine.

Pourquoi alors se précipiter? Sans doute par un réflexe plus bling bling que caviar, consistant, avec un acte spectaculaire, mais sans aucune portée réelle ni surtout le moindre risque politique, à se faire mousser à bon compte, à jouer les belles âmes sans mettre la main dans le cambouis. Micheline Calmy-Rey parle ainsi de «politique courageuse» et se vante de «contribuer à la fermeture de Guantanamo». Ce qui est sans doute faux et assurément très prétentieux.

C’est le même mécanisme vaniteux qui a poussé les quatre charlots du Conseil national à une visite éclair et indécente dans les ruines de Gaza. Les sieurs Hodgers, Zisyadis, Rielle et Sommaruga se moquent bien des Gazaouis, et ne craignent pas de se salir les mains en serrant celles du Hamas. Pour quelques dépêches, deux ou trois lignes, et de petites photos dans les journaux. Bref, bomber le torse, exhiber sa conscience nette, sur le dos d’un bon millier de morts. Dans ce conflit inextricable, l’apport des quatre touristes, poids légers de la politique suisse, est absolument nul. Leur balade médiatique ne sert même pas à leur propre édification puisqu’ils n’y ont trouvé que ce qu’ils étaient venu chercher, n’ont appris que ce qu’ils croyaient déjà savoir.

De son côté Micheline Calmy-Rey tente de donner une justification politique et machiavélique à sa naïve proposition.Ce serait un moyen de se faire bien voir d’une administration Obama déjà prête à en découdre sur la question des évasions fiscales dont UBS se serait rendu coupable aux Etats-Unis.

Accueillir des djihadistes, même potentiels, pour améliorer l’image de l’UBS, ce n’est plus Calmy-Rey, c’est Ubu-Reine.