- Largeur.com - https://largeur.com -

L’écologie industrielle entre dans l’histoire

Que nous réserve l’année 2009? Les comptes sont vite faits, il suffit pour cela de jeter un coup d’œil aux dépêches d’agence:

Quelle désolation! Où que l’on regarde, ce ne sont que plaintes amères sur la baisse de la consommation et interrogations désespérées sur les remèdes à apporter à la crise. Mais jamais, ou très rarement, sur les raisons profondes de cet effondrement de civilisation que l’on doit évaluer non pas sur les cycles courts comme le font les politiciens branchés sur l’immédiat, mais sur la durée.

Or sur la longueur, ce qui frappe cette fois-ci, c’est la débilité des arguments que les marchands d’illusions nous servent pour tenter de nous remonter le moral. «Consommez!», nous disent-ils comme pour faire écho au «Enrichissez-vous!» de Guizot il y a un siècle et demi. Mais alors que Guizot visait à donner une assise à un capitalisme industriel en plein élan, le «Consommez!» d’aujourd’hui n’est que palinodie stérile, expédient à quatre sou pour pousser au gaspillage d’une production qui tourne à vide. Et la palme de la stupidité est une fois de plus remportée avec panache par Sarkozy et sa prime de mille euros pour envoyer les voitures à la casse et les remplacer par des neuves.

Cette politique de gaspillage repose sur une conception de l’économie qui ne connaît d’autres impératifs que les taux de croissance, l’accumulation quantitative de biens, l’obsession du résultat qui se vérifie dans les phobies exprimées au niveau du vocabulaire: le recours à la «croissance zéro» à la place de la stagnation; ou encore cette fabuleuse «croissance négative» à la place de décroissance ou de récession.

Au-delà du mensonge et de la folle course à l’accumulation quantitative des marchandises, des biens et des fortunes, cette conception de l’économie repose toujours, un demi-siècle après l’apparition de l’automation, sur un usage esclavagiste et idéologique du travail, de la force de travail. Plutôt que mettre en place les instruments qui permettraient en profondeur à nos sociétés de travailler moins et de vivre différemment, les politiciens dont le cerveau est encore imbibé des idées du XIXe siècle, ne pensent qu’à abrutir les masses en les faisant travailler plus pour gagner moins.

Là encore Sarkozy (mais Couchepin, Merz, Leuthardt ne sont pas mal non plus) se distingue: travailler le dimanche, reculer l’âge de la retraite, développer le travail à temps partiel mal payé pour obliger le travailleur à prendre deux ou trois jobs et augmenter d’autant sa semaine de travail. Pour faire quoi? Consommer. Acheter encore et encore des télés ou des voitures jetables.

En continuant ainsi, l’Occident développé et encore un peu politisé (je pense aux grands pays de l’Espagne à l’Allemagne, de l’Angleterre à la France et à l’Italie), cet Occident-là va droit dans le mur. La crise économique ne peut que déboucher sur des crises politiques ou sociales. Or les instruments démocratiques pour résoudre une crise sociale se sont singulièrement réduits au fil de ces dernières années.

La France et l’Allemagne sont presque toujours en situation de grande coalition ou de cohabitation, soit de gestion univoque du pouvoir. Ailleurs, gauche et droite se sont tellement mimétisées que l’on n’arrive plus à les différencier. Plus personne en Europe ne croit encore à l’existence de clivages idéologiques qui plus qu’une alternance insipide permettraient une véritable relève politique. Cela signifie qu’en cas d’explosion sociale, la seule réponse possible ne serait que répressive, policière ou militaire. Là encore, en criminalisant d’avance la gauche alternative comme il le fait avec l’affaire de Tarnac, Sarkozy montre l’exemple à ses pairs. Comme s’il était Guizot en janvier 1848.

Malgré ces nuages menaçants, un faible espoir subsiste que l’année 2009 entre toutefois dans l’histoire comme le point de départ d’un nouveau cycle long de civilisation. Cet espoir nous vient des Etats-Unis de Barack Obama. Plus exactement des décisions qu’il vient de prendre en matière de politique intérieure en annonçant le tournant écologique de l’économie américaine.

La nouvelle est passionnante parce que, d’habitude, l’attente de renouveau provoquée par une nouvelle présidence américaine repose sur la politique extérieure ou sur la politique sociale. Obama ayant les mains liées par les désastres afghans et irakiens en politique étrangère, et par la crise économique en matière sociale, a décidé de miser sur l’écologie conçue très matériellement, concrètement, comme économie verte alternative.

A l’échelle du pays, cela signifie qu’une pluie de dollars (on parle de 700 milliards!) va irriguer la recherche d’énergies nouvelles dégagées de l’industrie pétrolière et, programme concomitant, elle va dynamiser la lutte contre le réchauffement climatique. Que le futur président ait nommé juste avant Noël des scientifiques de haut vol à des postes de commande dans ces domaines est la principale (l’unique?) raison qui nous permet de voir 2009 sous un jour encourageant.