Cameron Diaz, Cindy Crawford, Julia Roberts… La liste des stars américaines surprises en photo une bouteille Sigg à la main s’avère une véritable aubaine pour le fabricant suisse de gourdes en alu. «J’ai presque honte que nous profitions du travail discutable des paparazzis», confesse Mark Lang, chef de l’exploitation chez Sigg. Le succès américain est tel que la production dans la petite entreprise de Frauenfeld (90 employés) ne suit plus.
«C’est parfois difficile de choisir à qui livrer les bouteilles produites. Nous avons dû suspendre le commerce online ainsi que les ventes aux clients institutionnels suisses. Nous privilégions les clients les plus fidèles.»
La production a déjà doublé cette année, car 6 millions de bouteilles devraient être vendues en 2008, dont 3 millions sur le seul marché américain. «Nos employés ont fourni un effort extraordinaire. Ils travaillent 24 heures/24 en trois rotations, également le samedi, parfois le dimanche.» Les autorisations de travail de nuit et de week-end ont-elles été difficiles à obtenir? «Aucun problème», répond Mark Lang, qui se déclare très heureux de la rapidité de l’administration helvétique. Outre-Atlantique, les gourdes de Frauenfeld sont devenues un objet culte.
Ces bouteilles en alu que les petits écoliers suisses prenaient avec eux en course d’école figurent depuis 1993 au Museum of Modern Art de New York. Avec l’aide du magazine Elle, elles se sont maintenant offert le luxe de se voir décorées par des designers célèbres, tels que Stella McCartney, Tommy Hilfiger ou encore Donna Karan. Pour la bonne cause, bien entendu, les produits de la vente aux enchères allant dans la poche de Stopglobalwarming, une association luttant contre le réchauffement climatique.
Comme tant d’autres, le marketing de la firme helvétique est axé sur la bonne conscience environnementale. Son slogan a le mérite d’être clair: «Simply Eco-logical». Ses bouteilles réutilisables sont très visibles sur les forums et blogs dédiés aux comportements écologiques. «En Amérique, 10% seulement des bouteilles en PET sont recyclées, avance Mark Lang. Le reste finit dans les décharges.»
La consommation d’eau minérale est dès lors devenue la cible des militants écologiques. Selon Elizabeth Royte, auteur de Bottlemania, 17 millions de barils de pétrole seraient utilisés chaque année aux Etats-Unis pour la seule fabrication des bouteilles en PET – soit l’essence consommée par l’ensemble des véhicules américains pendant deux jours. Les Etats-Unis se sont ainsi détournés de l’eau minérale en faveur de l’eau du robinet. Cette dernière étant quasiment gratuite, il faut simplement trouver une bouteille réutilisable…
Mais surtout pas une bouteille en plastique, soupçonnée par les médias écolos et bio de laisser s’échapper des composés chimiques nocifs. En particulier, le BPA, dont on retrouve des traces dans des récipients en polycarbonate. «C’est une décision des autorités canadiennes qui a déclenché, en Amérique du Nord, une véritable vague antiplastique», raconte Mark Lang. En avril dernier, les biberons en plastique polycarbonate sont interdits au Canada.
Les grands distributeurs américains sont prompts à réagir et les bannissent de leur assortiment. Ils sont suivis par les magasins de sport qui renoncent à vendre des bouteilles réutilisables en polycarbonate. «Cette réaction est probablement exagérée, confie Mark Lang, beau joueur. Elle a noirci l’image de la concurrence plus qu’elle ne le mérite.»
La santé est en effet un sujet des plus délicats et l’avis des internautes est sans pitié. Déjà, ces mêmes blogs font circuler les premiers soupçons sur les bouteilles Sigg… L’entreprise thurgovienne, qui fête cette année son centenaire, ne compte pas se diversifier dans un proche avenir, car la priorité est d’augmenter la production. L’usine va donc s’agrandir cet hiver pour que chaque Américain puisse transporter son eau sans polluer, et en toute sécurité.
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Une version de cet article est parue dans L’Hebdo du 14 août 2008.