Libellules, éléphants, dauphins, grenouilles… Les motifs animaliers marquent leur grand retour en matière de bijoux. Zoom sur un engouement.
Les animaux ont envahi le monde des bijoux. Qu’il s’agisse de créations à 200’000 francs ou de petits pendentifs en plastique, on ne compte plus les collections représentant bêtes sauvages, oiseaux ou même insectes − papillons et libellules chez Van Cleef & Arpels, abeilles et araignées pour Chaumet, grenouilles chez Delfina Delettrez Fendi, ou encore tigres, panthères et dauphins…
Même la collection de Kirsty Bertarelli pour Audemars Piguet comporte une petite vache stylisée censée marier le monde de la voile avec la culture suisse. De leur côté, des marques de grande consommation telles que Thomas Sabo ou H&M proposent toutes sortes de «charms» animaliers pour quelques dizaines de francs.
Ce retour du figuratif, qui frôle parfois le kitsch, s’explique par l’utilisation de nouvelles techniques à disposition des grandes maisons. «Le laser, le découpage au jet d’eau ou l’utilisation de logiciels 3D de plus en plus pointus rendent possible la création de pièces d’une grande complexité», relève Catherine Sciarini-Zambelli, bijoutière et enseignante à l’Ecole des arts appliqués de Genève.
Autre élément explicatif: la clientèle s’est élargie et masculinisée. Elle compte désormais des artistes, des rappeurs et des sportifs, «plus ouverts aux fluctuations de la mode». Ce n’est pas tout. Au-delà des références plus ou moins explicites (la grenouille symbolise la résurrection, l’abeille renvoie à l’emblème napoléonien), les motifs animaliers offrent une occasion en or de cibler des marchés émergents, chaque espèce disposant dans toutes les régions du globe d’une signification bien précise. Ainsi, sur les montres de son «cirque animalier» exhibées au salon SIHH, Cartier reprend trois figures respectées en Asie: le panda, le tigre et l’éléphant.
La technique au service de la créativité. L’utilisation d’animaux permet aussi aux marques de prouver leur maîtrise technique. Comme en taxidermie, le joaillier cherche à redonner à la créature toute son authenticité. Et éviter, par exemple, qu’une panthère ne ressemble à un simple chien. Ainsi, avec leurs variétés de formes et de couleurs, «les animaux permettent aux joailliers d’exprimer toute leur créativité et leur savoir-faire», comme le résume Christophe Massoni, directeur général de Cartier Suisse.
La thématique animalière n’est pas nouvelle dans le secteur. Dès le XIXe siècle, des créateurs parcourent le monde à la recherche d’inspiration auprès des faunes locales. Les techniques se développent au gré de commandes, souvent extravagantes, émanant d’une clientèle prospère.
En 1948, Cartier réalise pour la première fois une broche en forme de panthère destinée à la duchesse de Windsor. La marque française crée diverses pièces exubérantes pour l’actrice mexicaine María Félix. Passionnée de reptiles, celle-ci possédait une incroyable collection de bijoux, dont le plus mythique fut créé en 1968: un collier en forme de crocodile entièrement serti de diamants, qui avait nécessité plusieurs années de travail…
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Une version de cet article est parue dans L’Hebdo du 8 mai.
