- Largeur.com - https://largeur.com -

Le bois: une économie qui cartonne

L’industrie forestière connait un véritable boom en Suisse. «Le retournement est historique. L’année dernière, les prix du bois ont crû de près de 20%», souligne Pierre Lancoud, directeur de La Forestière, coopérative de propriétaires et d’exploitants forestiers.

Aujourd’hui, 1 m3 se négocie entre 70 et 130 francs, selon le type et la qualité du bois. C’est 50% de plus qu’en 2000. A cette époque, l’ouragan Lothar avait déversé d’énormes quantités de bois sur le marché, faisant chuter durablement les prix.

Les stocks de Lothar sont maintenant écoulés et l’année 2008 devrait confirmer la tendance: «Nous nous attendons à une stabilité, voire une légère hausse des prix», confie Marco Zanetti, chef de la section exploitation des forêts et économie du bois à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV). Un avis partagé par Pierre Lancoud: «Nous sommes confiants. Dans le bâtiment, les carnets de commande sont bien garnis et la part du bois ne cesse d’augmenter dans les nouvelles constructions.»

Même la sciure

Le bois a aussi le vent en poupe en matière de chauffage. «Grâce à l’augmentation des prix du pétrole et à la prise de conscience environnementale, le bois de chauffage retrouve ses lettres de noblesse», se réjouit Pierre Lancoud. Conséquence inattendue: les scieries vendent désormais leurs sous-produits. «En 2000, je donnais ma sciure, se souvient Thierry Zahnd, responsable achat vente de la scierie familiale du même nom. Aujourd’hui, je la vends 10 à 15 francs le m3, car elle est utilisée dans la confection de pellets.»

Toutes utilisations comprises, les coupes peinent à satisfaire la demande. «Actuellement, je ne peux pas dire que je manque de bois, mais le flux est très tendu», dit Thierry Zahnd. Une situation qui risque de s’aggraver, avec l’arrivée de nouveaux acteurs.

Au printemps dernier, la société autrichienne Stallinger a ouvert dans les Grisons une gigantesque scierie, qui vise une production de 600’000 m3, dès 2008. D’autres projets d’importance sont actuellement à l’étude.

«Pour résister à cette concurrence, nous sommes obligés d’accroitre nos volumes, afin de diminuer nos coûts de production», explique, Thierry Zahnd. Son entreprise prévoit de faire passer sa production 100 000m3 en 2006, à 150 000 m3 en 2008.

Anticipant une situation de carence, l’OFEV milite pour augmenter les coupes de bois suisse. «Actuellement, nos forêts sont sous-exploitées. Elles occupent 31% de notre territoire et s’accroissent chaque année, rapporte Marco Zanetti. Sans que cela porte préjudice à l’environnement et sans diminuer les surfaces boisées, nous pourrions extraire jusqu’à 1,3 million de m3 de bois commercialisables en plus chaque année.»

Il ne s’agit pas de raser complètement des zones arborées, mais essentiellement de rajeunir des forêts naturelles. «Non entretenues, celles-ci se fragilisent, s’assombrissent et deviennent plus vulnérables aux vents», explique Walter Schwab, chef du Service des forêts et de la faune du canton de Fribourg.

Le déficit d’exploitation a des raisons historiques: le très grand morcellement des parcelles. En Suisse, près de 30% des surfaces boisées sont tenues par des propriétaires privés.

«Leurs forêts regorgent de bois de très bonne qualité. Mais, comme il n’y a aucune obligation légale de les entretenir, beaucoup de propriétaires ne le font pas», souligne Walter Schwab chef du Service des forêts et de la faune du canton de Fribourg. D’autant que l’exploitation n’est pas forcément rentable: tout dépend de l’étendue boisée et de la situation géographique.

«En montagne, il est difficile de gagner de l’argent avec une forêt. Les frais de coupe et de déblayage sont beaucoup trop importants, explique Marco Zanetti. Mais, en plaine, le nombre d’entreprises forestières légèrement bénéficiaires augmente.»

Si l’envol de la demande a joué un rôle moteur dans ce retour à la rentabilité, il n’explique pas tout. Il a également fallu baisser les coûts de production, rationaliser l’exploitation et diminuer les charges salariales. Pour ce faire, les propriétaires se sont regroupés pour améliorer la gestion de leurs forêts.

«En nous unissant, nous réalisons des économies d’échelle et nous avons plus de poids pour négocier les prix de vente», explique Philippe Humbert, le président de l’Association du groupement forestier de la Serine (AGFORS).

Les forêts publiques, elles aussi, utilisent ce système de regroupement. Depuis le 1er janvier 2007, La Forestière, par exemple, s’occupe de la commercialisation des 17 000 m3 de bois coupés chaque année à Lausanne. Malgré cela, les surfaces boisées publiques restent dans le rouge. En 2006, elles ont encore cumulé un déficit proche de 35 millions de francs pour l’ensemble de la Suisse, contre 56 millions en 2005.

Pour Marco Zanetti, «l’amélioration devrait se poursuivre en 2007, sans toutefois atteindre la rentabilité». La raison est simple: les forêts publiques occasionnent davantage de frais que les privées. En montagne, par exemple, elles sont entretenues, mêmes si cela coûte très cher, parce qu’elles jouent un rôle important en limitant les éboulements et les avalanches.

——–
Aujourd’hui, la forêt suisse recouvre une surface de 1,27 million d’hectares (31 % du territoire suisse), ce qui représente une hausse de 4,9 %, depuis le deuxième Inventaire forestier national (IFN2, 1993 – 1995). Près de 5,7 millions de m3 de bois ont été extraits et vendus en 2006, soit 8 % de plus qu’en 2005.

L’augmentation des prix de ce matériau tient à une demande accrue aussi bien pour le chauffage (+13% par rapport à 2005), la construction (+6%), qu’industriel (+13,3%). Les exportations vers l’Europe ont, elles aussi, évolué à la hausse à 2,5 millions de m3 en 2006, contre 2,1 millions en 2005 (+16%).