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L’Union européenne va droit dans le mur

Cela fait plus de 18 ans que le Kosovo revient sporadiquement à la une de l’actualité mondiale. A l’époque, feu Slobodan Milosevic avait choisi la date historique du 28 juin 1989, 600ème anniversaire de la bataille fondatrice pour les Serbes de Kosovo Polje, pour réunir plus d’un million de partisans sur le site de la bataille et les lancer à la reconquête d’une grande Serbie. On sait ce qu’il est advenu de ce qui aurait dû être une épopée serbe.

Brutalement secoués par l’agression serbe, les Kosovars ont peu à peu pris conscience (notamment par les allers et retours des proscrits et des travailleurs émigrés) de la marginalisation où les avait confinés la domination serbe. S’ensuivit une lutte nationale pour le progrès économique et culturel et pour l’indépendance sur une ligne pacifique (Ibrahim Rugova) et militaire (Hashim Thaci). Les bombardements de l’OTAN en 1999 séparèrent le Kosovo de la Serbie dans les faits mais pas dans le droit, la province restant sous la protection armée de l’OTAN (KFOR) et sous administration onusienne.

Depuis des années, la communauté internationale, par l’intermédiaire d’une «troïka» formée par les Etats-Unis, l’Union européenne et la Fédération russe, tente de régler en droit international les relations entre l’Etat serbe et sa province du Kosovo.

Par la voix du président Bush de passage en Albanie cet été, les Américains se sont prononcés pour une indépendance immédiate. La Russie, par solidarité slave, soutient sans condition la position serbe accordant une large autonomie à la province, mais sans modification des frontières. L’UE, sous influence américaine, penche en faveur de l’indépendance, mais elle est divisée.

Suite aux élections législatives du 17 novembre dernier qui ont donné l’avantage aux indépendantistes purs et durs, les nouvelles autorités kosovares s’apprêtent à proclamer leur indépendance de manière unilatérale avant la fin de 2007.

Cette détermination annonce une nouvelle crise balkanique dont il est difficile de prévoir les développements. Depuis le début de l’année (lire notre article), les fronts se sont durcis. La Russie de Poutine a pris plusieurs initiatives pour retrouver son statut de grande puissance continentale en marquant visiblement son territoire. Le soutien apporté à Belgrade s’inscrit dans cette perspective. Comme Poutine est en campagne électorale pour tout l’hiver, aucun accommodement n’est à attendre de ce côté-là.

Au sein de l’Union européenne le débat fait rage en sourdine. Forte de son expérience de 1991, l’Allemagne dont la reconnaissance hâtive de la Croatie n’avait pas été étrangère à l’accélération de la guerre serbo-croate de 1991, s’inquiète de probables dérapages autour de la question kosovare. L’Espagne travaillée en profondeur par les nationalismes provinciaux se méfie elle aussi d’exemples malsains. Des pays slaves comme la Slovaquie ou orthodoxes comme la Grèce ne sont pas insensibles au malheur serbe.

Dans le dernier round de négociations, la Serbie a apporté divers exemples d’autonomies réelles dont les diplomates pourraient s’inspirer. Par exemple le régime spécial de Hong Kong au sein de la Chine. Ou moins exotique, celui de d’Åland, l’Etat libre associé à la Finlande, petit chef d’œuvre de diplomatie en Europe du Nord. Cette proposition est loin d’être stupide et pourrait sauver la face de tous les partenaires.

En raison des préjugés négatifs envers les Serbes, personne n’a apparemment envie d’entendre ces suggestions. Or si ces préjugés sont compréhensibles, ils ne sont pas excusables en diplomatie. Mal gouvernée, la Serbie ne doit pas rester le paria des Balkans alors que les mafias règnent ailleurs, au Monténégro, en Albanie et au… Kosovo! L’UE, déjà affaiblie par ses déboires récents, joue sa crédibilité dans l’affaire.

Si les nationalistes serbes et kosovars sont laissés libres de leurs actes, le désastre est inévitable. Belgrade menace déjà de démantibuler la Bosnie-Herzégovine en favorisant la sécession de la Republika Srpska quitte à rallumer la guerre. Comme par hasard, le premier ministre bosniaque, le Serbe Nikola Spiric, a démissionné il y a trois semaines.