Un message clignote sur l’écran pour annoncer qu’un scan du cerveau vient d’arriver, en attente d’un diagnostic. Le docteur Arjun Kalyanpur se met immédiatement au travail. Il analyse l’image avec toutes ses compétences de praticien formé à l’université de Yale, si bien qu’une demi-heure plus tard, le rapport est sur le bureau du médecin traitant. Sauf que celui-ci ne se trouve pas dans le même hôpital. Il est installé à New York, de même que son patient, alors que le Dr Arjun est à Bangalore, en Inde.
C’est en 2002 que le Dr Arjun Kalyanpur et sa femme Sunita Maheshwari, également médecin, ont créé l’entreprise Teleradiology Solutions, considérée comme la première société indienne à offrir en sous-traitance des diagnostics en ligne aux hôpitaux du monde entier. Ils n’avaient pas encore 40 ans quand ils ont démarré ce service dans leur appartement d’une zone résidentielle. Avec le développement des affaires, ils ont vite dû déménager et investir 2,4 millions de dollars dans des locaux de 7000 m2, au cœur du quartier technologique de Bangalore. Ils emploient aujourd’hui 130 personnes, et traitent en moyenne 600 images par jour.
Teleradiology Solutions a connu une croissance de 50% par an. «Grâce à la technologie, la distance n’est plus un problème», dit le docteur Arjun. Il explique que les images nécessaires à un diagnosic peuvent être envoyées d’un hôpital à un autre situé n’importe où sur la planète avec simplement une bonne connection haut débit, des précautions de sécurité adéquates et le logiciel d’imagerie qui convient. En capitalisant sur son avance technologique et sur le manque de radiologues en Occident, sa société a engrangé des contrats avec des hôpitaux et cliniques de premier plan, principalement aux Etats-Unis et à Singapour.
Un des avantages de l’établissement de diagnostics depuis l’Inde est bien sûr la différence d’heure: le radiologue de Bangalore qui examine un scan quand il est trois heures du matin dans une ville américaine est bien réveillé, en forme et vigilant, contrairement à son collègue de New York en service de nuit, qui a plus de risques de commettre une erreur. Ce n’est pas un hasard si plus de 50 hôpitaux américains ont décidé de renoncer à un radiologue de nuit et d’envoyer plutôt leurs scans au docteur Arjun. En cas d’urgence, celui-ci peut établir un diagnostic en trente minutes.
Un autre facteur décisif est bien entendu le coût : un radiologue indien gagne entre 15’700 et 21’000 dollars par an, soit une fraction du salaire de son confrère américain. Plus important encore: «En Inde, nous disposons des médecins, des équipes techniques et des informaticiens les plus compétents, affirme le docteur Arjun, et c’est la clé de notre succès.» Il cite une étude menée avec l’Université de Yale selon laquelle les résultats des radiologues de Bangalore correspondaient à ceux de leurs homologues américains dans 81% des cas. Et quand les résultats divergeaient, Bangalore était correct dans 65% des cas.
Actuellement, le docteur Arjun s’intéresse au marché européen, qui représente un défi pour sa société. En effet, l’Union européenne impose des restrictions à l’exportation de données médicales. De plus, tous les médecins européens ne travaillent pas en anglais. Mais comme l’Europe sous-traite déjà tout, de la comptabilité aux réservations en ligne, il serait surprenant que la radiologie reste longtemps à l’écart de la libéralisation. Surtout si le patient est, au final, le grand gagnant.
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