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La France ne s’est pas propulsée vers l’avenir. Elle s’est figée

Nous avons à peine commencé à nous familiariser avec les sautes d’humeur du climat que nous voici happés par les soubresauts souvent tempétueux de la politique française.

Quel monde. Mais quel régal aussi pour les stratèges du café du Commerce: le patron n’a qu’à lancer le sujet pour que les ballons de blanc et les pastis filent à la vitesse grand V!

Il est vrai que le bilan des deux mois d’élections à la française est décapant. Les institutions en ont pris un solide coup. Par charité, je ne reviendrai pas sur les sondeurs patentés et leur annonce d’une vague bleue prête à se transformer en tsunami. L’erreur est humaine, or les sondeurs sont humains, donc…

Non, les grandes victimes de ce dernier rendez-vous électoral sont les partis politiques. A gauche, le parti communiste rejoint les Verts et les radicaux de gauche dans le statut de coterie impuissante à faire passer un discours mais toujours prête à donner des leçons. Historiquement le PCF s’est éteint, ce qui n’est pas une mauvaise chose pour le grand parti stalinien occidental.

A droite, Jean-Marie Le Pen (député poujadiste élu en 1956) s’est fait bluffer comme un gamin par Sarkozy qui lui a piqué son fonds de commerce avec une habileté démoniaque. A tel point que le Vieux n’a rien vu venir et n’a commencé à se bouger que deux semaines avant le premier tour de la présidentielle.

Pour faire ensuite un inutile forcing: en Alsace comme sur la Côte, la droite nationaliste et raciste s’est mise au garde-à-vous pour rejoindre le grand prêtre de l’identité nationale.

Comme François Bayrou est juste parvenu à faire élire 4 députés (juste assez pour une belote, ironisait un confrère), le président Sarkozy peut se flatter à juste titre d’avoir pour la première fois depuis la dernière réuni toutes les droites sous sa flamboyante bannière. Chapeau!

Dans le camp d’en face, le cimetière des éléphants s’est transformé en une marre de basse-cour où coqs, canards et dindons suivis de quelques poules, une ou deux canes et une belle dinde se disputent les miettes d’une idéologie et d’un appareil qui ont volé en éclats. Le désastre.

On ne peut pas ne pas penser que depuis dimanche dernier, la France a dit adieu à de Gaulle et Mitterrand en enterrant une certaine manière de faire de la politique. Face à cette évolution, les analystes se gargarisent sur la démocratie d’opinion, sur l’irruption de la politique à l’américaine avec deux grands camps prêts à alterner au pouvoir au cours des prochaines décennies.

Je n’y crois guère. La France ne s’est pas propulsée vers l’avenir, elle s’est figée dans une régression favorisée par l’incompétence et les luttes intestines de la gauche, par l’habileté tactique — à droite — d’un Bonaparte au petit pied, capable de cacher la vacuité de son discours sous une bonne couche de cosmétique et une agitation permanente propre à séduire un électorat qui lui aussi passe ses journées à courir.

L’effet cosmétique, je le vois surtout dans la saupoudrage de l’ouverture à gauche. Une ouverture qui, prenant le visage de soixante-huitards officiellement honnis, est tout de même un peu trop à «contre-droite» pour durer, encore qu’il faille un boulier chinois en France et ailleurs pour compter les gauchistes convertis au conservatisme. Ce n’est pas André Glucksmann ou Paul Wolfowitz qui me contredirons.

Vaincue, la gauche est contrainte de se réformer. On voit se profiler une alliance Ségolène Royal — Dominique Strauss-Kahn qui chercherait à occuper le centre-gauche en faisant du blairisme rosâtre.

Une telle option revient à pousser Laurent Fabius dans les bras de la gauche noniste et trotsko-communiste. Essaieront-ils de jouer la carte qui d’un parti de l’extrême gauche unifiée comme l’ont fait les Allemands? C’est probable. Mais si c’est le cas, ils devraient passer par Rome avant d’aller à Berlin. Car en Italie, Refondation communiste est en train d’éclater.